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I.

L'évènement le plus important au moyen âge fut sans contredit le couronnement de Charlemagne à Rome (800). La restauration de l'Empire Romain, qui apparaissait comme le point de départ pour l'accord entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique, fut au contraire la cause de forts et perpétuels différends. Charlemagne, en prenant le titre d'Empereur se trouva placé dans une position supérieure à tous les autres Princes barbares et, se croyant héritier direct des anciens Empereurs de Rome, il se considera supérieur au Pape même; mais d'un autre côté Charlemagne, en recevant des mains du Pape la couronne impériale, se plaçait dans une condition de dépendance envers celui qui se déclarait ouvertement le représentant de Dieu sur la terre. La restauration de l'Empire d’Occident contenait donc en elle-même les germes d'une lutte, qui était purement une lutte de suprématie entre l'Empereur et le Pape. Quelle est la première autorité du monde, la religieuse ou la civile? Qui est-ce qui est la source de tout Droit, le Pape ou l'Empereur ? D'un côté l'on dit: La source de tout Droit est Dieu, devant lequel tous les hommes sont égaux; de sorte que l'Église est la dispensatrice de ces droits, et pour elle le Pape, qui en est le chef supréme (1). D'un autre côté l'on raisonne d'une manière contraire: « L’Empire Romain-Chrétien est la restauration de l'ancien Empire Romain; l'Empereur, héritier des Césars, est le seigneur universel, il est la source du Droit, et c'est de lui que non seulement les feudataires et le rois reconnaissaient leur existence, la puissance, les possessions et la juridiction, mais les Papes mêmes tiennent leur domination temporelle. » (2) Pen

(1) Voici le raisonnement de l'Église: « Le Pontif tient la place de Dieu , en gouvernant le Royaume sur la terre; sans lui il n'y a pas de Royaume; sans lui la Monarchie est ébranléc comme un navire brisé... L'Église doit être indépendante de tout pouvoir temporel. L'épée du prince lui est assujettie... L'Église ne se trouve pas à présent à sa place car elle n'est pas libre, car elle sert l'État. Et elle doit ètre libre dans son chef, qui est le soleil du monde, le premier Personnage de la Chrétienneté; c'est-àdire le Pontif. L'Église se soutient sur ses possessions temporelles, et par conséquent les princes sont nécessaires à l'Église, qui n'existe que pour le Pontil... L'autorité apostolique ressemble au soleil, la puissance royale à la lune... Les empereurs et les rois n'existent que gràce au Pontil... Le roi est assujetti au Pontif et lui prete obéissance... Comme le Pontis vient de Dieu tout lui est soumis les affaires spirituelles et les temporelles... Celui qui menace ou chagrine l'Église doit être tué par elle, par la societé humaine , (Epistolae: Append. liv. I. II. III. IV. VI. VIII. Voigt: Hildebrand und sein Zeitalter).

(2) Voici au contraire le raisonnement de l'Empire, comme nous l'apprenons par une lettre de Henri VII adressée à Grégoire VII. - Henri, roi non par violence, mais par la volonté de Dieu à Ildebrand faux moine et non pas souverain Pontif. Voici le salut que tu mérites à cause du désordre

dant le douzième siècle la lutte entre la Papauté et l’Empire avait été une lutte entretenue pour la suprématie; on l'avait combattue pour voir lequel des deux pouvoirs, le spirituel ou le temporel, devait prévaloir, mais à la fin de ce siècle, les conditions politiques d' Italie s'étant changées, bien que la lutte continuat, ses bases se transformerent. Guillaume II, roi des deux Siciles, mourant sans fils, laissait héritiers du trône sa tante Constance et son mari Henri VI, fils de Frédéric Barberousse. A sa mort, Henri VI ne laissait qu'un enfant de deux ans, que Constance, sa mère, confiait à la tutelle du pape Innocent III. Cet enfant, Frédéric II, était ainsi l'héritier des couronnes d'Allemagne, d'Italie et de Sicile. En attendant, en Allemagne les Gibelins avait élu, comme successeur d'Henri VI, son frère, Philippe de Suède (1197); Innocent III s'opposant au parti guelfe, lui opposait dans le même temps Othon de Brunswick pour la couronne impériale et Frédéric II pour le diadème des Deux Siciles, afin d'empêcher que ces deux couronnes ne se réunissent encore sur la même tête. L'empereur Othon IV, reconnu par le Pape, une fois délivré de son adversaire, descendit en Italie (1208) et essaya de s'emparer du royaume des Deux Siciles, mais frappé d'anathème, il retourna en Allemagne et fut vaincu à la bataille de Bovines (1214).

que tu as mis dans l'Église. Tu foules aux pieds les ministres, comme des esclaves, et de cette manière tu as acquis la faveur du bas peuple. Nous ne pouvons plus te supporter — tu t'es rendu audacieux et lu t'es élevé sur l'autorité royale et tu l'as menacée, comme si elle était damnée par loi. Tu t'es servi des intrigues et des fraudes. Tu as cherché la faveur moyennant de l'argent; et par la faveur tu as cherché des forces armées. Et par l'un et l'autre de ces moyens tu as acquis la Papauté; et de ce siége tu as chassé la paix. De sujet que tu étais, tu t'es élevé au dessus de celui qui était ton supérieur... Excommunié, vas dans les prisons supporter notre jugement et celui des évèques. Nous l'ordonnons: descends, descends de ton siége » (Voit. idem).

II.

Son successeur dans la dignité impériale fut Frédéric II, qui au moment même où il était couronné par Innocent III, promettait d'observer les pactes qu'on lui imposait. Premièrement, de respecter les biens et les droits de l'Église ; secondement d'entreprendre une croisade; en troisième lieu, de ne jamais réunir le royaume des Deux Siciles à l’Empire, mais de donner ce Royaume à son fils Henri, en retenant pour lui l'Allemagne et l'Empire. Mais Frédéric n'eut pas le courage de laisser la Terre où il était né, où il avait passé son enfance, où il avait eprouvé les premiers sentiments de l'amour, et avait appris les premières inspirations de la beauté. Il confia l'Allemagne à son fils Henri, et décida coute que coûte de s'italianiser. Dès ce momentlà la lutte entre la Papauté et l’Empire, assoupie pour un peu de temps, recommençait volontairement, sans besoin d'être déclarée. Ce n'était pas un simple changement de Provinces, que Frédéric avait pratiqué avec son fils, mais il avait déchiré entièrement la tradition de la politique de l'Église dans les affaires d'Italie; cette politique, qui formait la condition d'ètre du pouvoir temporel. L'Église fut inexorable (1). La Papauté ne crai

(1) Voici la signification de la nouvelle lutte entre la Papauté et l'Empire; ce n'était pas une lutte de haines personnelles entre le Pape et l'Empe

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