Page images
PDF
EPUB

roi

de traduction et de reproduction réservés

pour tous les pays.

Copyright, 1919, by ERNEST_FLAMMARION.

A MARCEL PRÉVOST

Vous vous souvenez, cher ami, comment cela se fit.

C'était au début de 1918. J'étais passé à la Revue de Paris, vous parler de je ne sais plus quel article. Puis la conversation vint sur la reprise de la vie littéraire et sur l'intérêt qu'il y aurait pour la Revue à s'en occuper... Voilà! Il faudrait quelque chose de vivant, et, bien entendu, d'absolument indépendant, des chroniques qui, sans s'interdire, à l'occasion, d'étudier les nouveautés marquantes, ne seraient pas de simples comptes rendus de livres, viseraient plutôt à noter les grands courants de la production littéraire, les contacts de la vie extérieure avec la vie des lettres et leurs mutuelles réfractions... En quelques minutes, nous étions d'accord. Vous

670720

avez tout de suite trouvé le titre : Les Lettres et la Vie. Et nous sommes partis ainsi, vous sans autre garantie que votre confiance en moi moi, sans autre viatique que cette flatteuse confiance.

S'embarquer si brusquement dans une grande rubrique de grande revue, avec un programme si sommaire, cela pouvait sembler de notre part bien osé. Mais les plus graves exposés de doctrines n'ont jamais rien ajouté à la critique qui vaut moins par les théories que par la pratique, plus par ce qu'elle réalise que par ce qu'elle professe; et finalement, l'aventure nous a donné raison.

Peu à peu la formule que nous « sentions » plus que nous ne la définissions, a pris corps, a pris tournure. Quoique foncièrement réfractaire à la solennité et au dogmatisme, elle s'est fait lire, elle a duré. Et si, rien que pour la première année, nous en considérons le bilan, il ne parait pas en déficit.

Outre les divers problèmes littéraires ou philosophiques que nous proposaient les livres et les pièces du jour, nous avons eu le plaisir de mettre en lumière des débutants ou des auteurs moins novices que le succès a adoptés depuis. En ce qui concerne les maitres et les répulations établies, nous avons tenté, de temps à autre, des classements plus conformes à la sensibilité actuelle. Du côté prose comme du côté poésie, nous avons tâché d'initier le public à des cuvres ou à des tendances nouvelles que lui masquaient encore les jeunes d'hier. Enfin, sans nous exagérer le peu que peuvent des articles pour ou sur les lettres, il ne semble pas que celles-ci aient eu trop à se plaindre de nous.

Oui, cher ami; je dis bien « nous ». Et dans mon insistance à répéter ce pronom gardez-vous de voir une élégance de rhétorique. C'est au propre que j'emploie ce terme, pour marquer nettement toute la part qui vous revient dans notre entreprise.

Avec vos responsabilités de directeur, votre situation littéraire, vos attaches académiques, et tous les ménagements afférents, combien d'autres, en effet, m'auraient, sinon entravé, du moins gêné dans mon action! Combien d'autres n'eussent cessé de me convier à plus de respect des idées reçues et des situations acquises! Or, loin de , je n'ai jamais trouvé chez vous que faveur pour les nouveautés, sympathie pour le franc-parler, sou

rires devant les murmures

bref, après le crédit du début, la constante volonté de m'assurer 'toutes mes aises...

Certes, je n'en attendais pas moins de votre clair et ferme esprit. Mais pourquoi tairais-je ce libéralisme qui me rendit la tâche si facile? Et : comment mieux vous en remercier qu'en vous dédiant affectueusement cette première série ď'articles ?

F. V.

« PreviousContinue »