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CHAPITRE PREMIER.

Négociations de 1814 a 1825.

Précis des négociations entre la France et Saint-Domingue, de 1815 à

1825. – L'intérêt maritime et colonial durant les premières années de la Restauration.—Situation créée par le traité de Paris. -Clause secrète, et jusqu'ici ignorée. — Correspondance à ce sujet entre le prince de Tal. leyrand et le baron Malouet. – Texte de la clause secrète. - Son habileté. - Sa portée. — Elle suscite à la France l'antagonisme de l’Angleterre quant à la reprise de possession de Saint-Domingue. — Premières missions à Saint-Domingue. — Dauxion-Lavaysse, Medina, Draveman.

Désaveu. - Intrigue habilement ourdie. — Le principe de l'indemnité est posé par Pélion. - Fin mystérieuse de Medina. — La commis. sion militaire qui le juge. – Ce que produisit la mission de Dauxion. Lavaysse.— Il avait sainement apprécié la situation.-Seconde mission. - MM. de Fontanges et Esmangart, commissaires royaux. - Accueil différent que reçoivent les commissaires dans l'Ouest et dans le Nord. - Pétion continue à poser la question sur le terrain de l'indemnité. La politique anglaise dans les Antilles en 1815. — Celte seconde mission fixe l'opinion du gouvernement. — Négociations secrètes jusqu'en 1824.

Mission du général Boyé en France. — Préoccupations de la colonie dont le président Boyer tire parti. — Deux nouveaux agents haïtiens arrivent à Paris. — Caractère de la nouvelle négociation qu'ils suivent. Protectorat. — Projet de M. de Villèle. — Rupture de la négociation. Haïti aurait pu alors obtenir que le chiffre de l'indemnité fut fixé à 100 millions. — Lettre de M. de Villèle à M. de Clermont-Tonnerre.--La vérité sur la négociation de 1824.

Il faut être juste, même avec les gouvernements déchus : nous ne pouvons aborder cette partie de notre travail, sans rendre un éclatant témoignage aux hommes d'État qui ont inauguré en France le gouvernement de la Restauration. Les recherches que nous avons été obligé de faire dans les archives de plusieurs ministères, pour saisir le premier fil des négociations entre la France et Saint-Domingue, nous ont appris ce qu'avaient été les questions maritimes et coloniales pour les hommes politiques qui ont mis la main aux affaires, sous le gouvernement du roi Louis XVIII. A la première, comme à la seconde Restauration, au milieu des graves préoccupations qui assiégeaient du dehors, et des douloureux tiraillements de l'intérieur, l'intérêt maritime et colonial fut considéré comme l'un des plus grands intérêts de la monarchie. Des délibérations approfondies, des instructions savamment méditées, une correspondance où les ministres, échangeant leurs impressions, se demandaient mutuellement conseil, tout révèle une sollicitude intelligente et élevée, un sentiment religieux du devoir". Quels que soient les résultats obtenus , justice doit être rendue; et c'est un devoir pour l'écrivain auquel il a été donné de pénétrer ces nobles secrets de la politique, de payer un tribut d'hommage aux noms

Dans la seule négociation de 1822, nous avons compté plus de vingt lettres ou billets autographes de M. de Villèle à M. de Clermont-Tonnerre.

des Malouet, des Portal, des Clermont-Tonnerre et des Villèle.

Quelle position firent à Saint-Domingue, dans le droit public européen, les grandes conventions régulatrices de 1814? — Cette question n'a été approfondie par aucun des écrivains qui ont traité la matière. A cette question se rattachent pourtant et les mécomptes qu'a éprouvés la France dans les négociations entamées avec son ancienne colonie, et le caractère peu définitif de la solution qui a mis fin à ces négociations. Chacun a cité le traité de Paris qui réserve les droits de la France sur la partie française de Saint-Domingue, et tout a été dit. — Il est d'abord à remarquer que le traité de Paris ne pouvait rien stipuler et ne stipule rien de précis à cet égard. Cette convention porte seulement que S. M. T. C. rentrera en possession de tout ce qu'elle possédait en Amérique, au 1er janvier 1792'. Une époque est fixée pour la remise des lieux occupés par S. M. B.; mais Saint-Domingue ne pouvait être compris dans cette clause, attendu que cette colonie n'était occupée ni par l'Angleterre ni par aucune des autres puissances contractantes.

Voy. le texte de cette stipulation, déjà cité.

Voilà pour le traité patent du 30 mai 1814. Son caractère peu explicite aurait dû faire comprendre aux écrivains qui l'ont cité, qu'il ne disait pas tout ce qui avait dû être dit, et que quelque article additionnel suppléait à son silence. En effet, huit jours après sa signature définitive, le souverain négociateur de la France minutait de son écriture imperceptible le billet suivant, adressé à son collègue dans les conseils du roi, le baron Malouet, ministre de la marine et des colonies. « Monsieur le « Baron, il a été signé, à la suite du traité défi« nitif de paix avec l’Angleterre, un article secret a relatif à la colonie de Saint-Domingue : -- Je dois « naturellement vous en donner connaissance, et, « à cet effet, j'ai l'honneur de vous en adresser, « pour vous seul, une copie certifiée. -- Signé : le

prince de Bénévent. » Cet article secret, qui est un chef-d'æuvre de diplomatie britannique, était ainsi conçu : « Dans le cas où S. M. T. C. jugerait « convenable d'employer quelque voie que ce soit, « même celle des armes, pour récupérer Saint-Do

mingue, et ramener sous son obéissance la popu« lation de cette colonie, S. M. B. s'engage à ne point y mettre, ou permettre qu'il y soit mis

par « aucun de ses sujets, ni directement, ni indirecte

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