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mais d'une considération de telle nature qu'elle s'unit à tout, qu'elle environne tout, et qu'elle tient encore en suspens les grandes espérances que tant de motifs puissans autoriseroient à concevoir. On est justement effrayé de l'insubordination générale qui règne dans le Royaume, etlespectacle des désordres qui éclatent de toutes parts, entretient dans les esprits la plus pénibleincertitude. On voit, en considérant votre grand ouvrage, les plus hardies conceptions, la marche la plus imposante; mais toutes les parties de votre vaste édifice ne sont encore unies que par des combinaisons nouvelles dont aucune espérience ne démontre la stabilité. Vous avez bien décrit l'ordre successif des autorités, vous avez bien fixé l'échelle graduée du commandement; mais jusques à présent les derniers rangs n'obéissent point aux premiers, et l'on ne

voit pas encore établis ces rapports de crainte et d'espérance, ces justes proportions de considération et de puissance, qui, en suppléant à l'ascendant des anciennes distinctions, devront entretenir la subordination par des moyens simples et par des mouvemens faciles. Enfin, dans le temps où la surveillance active du pouvoir exécutif suprême est devenue infiniment plus difficile et plus néessaire que jamais, l'influence du Gouvernement s'affoiblit chaque jour, parce que chaque jour il y a moins d'intérêt à mériter son approbation. Il ne peut néanmoins vous échapper que dans un Royaume de vingtcinq mille lieues carrées, et qui contient une population de vingt-six millions d'ames, le maintien de l'ordre ne peut jamais dériver uniquement des forces inilitaires; ce moyen n'eût pas été suffisant dans le temps de la

plus parfaite subordination de l'armée, il l'est encore moins aujourd'hui. L'autorité efficace du Monarque, celle des corps intermédiaires entre le Peuple et le pouvoir exécutif suprême, celle même du Corps Législatif, dépendront toujours, dans l'exécution, d'une juste harmonie entre le respect com. mandé par l'opinion et les degrés de supériorité réelle que les loix auront établis.”

« La nécessité d'un pareil équilibre peut être moins sentie dans les premiers temps d'une révolution, où un mouvement général et prédominant produit une réunion de volontés, qui supplée momentanément au de faut de l'autorité; ! mais à mesure qne les voeux personnels des Corps et des Particuliers se marqueront, à mesure qu'ils viendront ensemble ou séparément traverser ou combattre l'intérêt public, on reconpoítra davantage encore la nécessité absolue d'un pouvoir suprême, occupé continuellement à rallier tout ce qui tend à se disjoindre, d'un pouvoir qui soit en état de remplir ce but, non parl'usage habituel, et si souvent inutile de la force et de la contrainte, mais par cette domination morale dont l'action est plus sure, plus rapide, et qui n'entraîne après elle ni malheur, ni oppression."

« Je sais que pour vous déterminerà concourir efficacement à toutes les dispositions que l'ordre et le bien de l'Etat exigent, il faut que les défiances finissent ; mais vous rendez sans cesse un juste hommage aux vertus du Roi, à des vertus dont chaque jour il donne un nouvel exemple, et ses Ministres ne doivent jamais faire embarras dans vos combinaisons, puisqu'ils renonceront avec empressement à leurs peines et à leurs tra

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vaux, dès l'instant

que

d'autres personnes désignées par votre confiance ou par l'opinion publique, attireront sur elles l'attention du Roi. En attendant ils chercherent, dars la pureté de leur conscience et dans la sagesse de leur corduite , le dédommagement de beaucoup d'injustices, et le soutien dont ils ont besoin contre les attaques multipliées auxquelles ils sont exposés.

Je redoute peu, pour ma part, les déclamations de ceux qui voudroient inspirer aux autres des sentimens qu'ils n'ont pas euxmêmes. C'est à la vérité, c'est à elle seule que je remets ma défense , et j'ai toujours trouvé qu'elle étoit l'allié le plus sûr et l'ami le plus fidele.«

« Ce qui m'afflige véritablement, ce qui me rend souvent malheureux, c'est de voir encore entouré de hasards le succès de vos nobles travaux, c'est de voir traversés , par tant de passions, les efforts des véritables eitoyens et des sérieux amis du bonheur général. Vous avez besoin sans doute de redoubler de courage, de prudence et de patriotisme. On ne peut calculer tous les effets du désordre, quand il s'introduit dans une vaste contrée ; car trop de causes, toujours subsistantes, tendent constamment à l'ac, croître. La plus nombreuse classe des hommes sera toujours prête à se joindre à tous ceux que des circonstances particulières mécontentent; car les plus sages Législateurs n'ont

procurer que des bienfaits passagers, parce que le prix des salaires n'a jamais été dans leur dépendance; augsi quand on excit, le Peuple, quand on cherche à l'unir aux passions qui nous. divisent, on nuit cruelle ment à ses véritables intérêts. Il a besoin

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par-dessus tout que la paix règne autour de lui , afin qu'une libre circulation multiplie les occasions d'employer son travail et son industrie, afin que, dans les temps de calamité et dans ses jours de détresse , de justes sentimens d'affection et de paternité, de la part des citoyens aisés, s'empressent de suppléer à l'insuffisante protection des lois d'ordre et de propriété. Mais le Peuple est facile à tromper, parce que , souvent malheureux, toute idée de changement le séduit et doit le séduire jusqu'à ce qu'il soit éclairé par l'expérience."

Au milieu cependant de ce cours immuable des choses et au milieu de l'inégalité des lumieres, suite inévitable de l'inégalité des fortubes, ce fut le chef-d'oeuvre des institutions politiques d'avoir soumis la multitude aux Lois failes et maintenues par ses Représentars; mais une telle dépendance, si nécessaire au bonheur général et à la tranquillité publique , ne peut être conservée sans une autorité tutélaire et sans une vigilance continuelle. Ainsi c'est à un même résultat que l'on est également ramené, et par les idées générales, et par les considé rations du moment».

* Mais il convient , je crois , de l'avoir sans cesse présent à l'esprit, afin

que

l'éta. blissement solide d'un pouvoir qui doit être le protecteur de l'ordre et le gardien des Lois, se combine avec toutes vos disposi

tions politiques , et s'adapte ainsi sans effort à l'élévation progressive du grand ouvrage de la Constitution ».

Je n'en doute point, le temps, cet invincible appui de la raison , antenera dans sa course tout ce qui est de l'essence d'un grand Empire ; mais la sagesse des Législateurs consiste à prévoir ce qui sera commandé par la nature des choses, afin d'user de leur science pour fixer à tous les genres d'a:torité leurs véritables limites celles dont la défense est facile, celles qu'on tenteroit en vain de franchir. Une telle mode, ration n'est point dans une Nation un, sacrifice de ses forces, c'est leur prudente destination, c'est même une extension de leur Empire, puisque le Législateur par çe moyen influe autant sur l'avenir que sur le présent, et revêt ainsi son ouvrage d'un ca. ractère indestructible ».

« Ah! comme tout s'applaniroit, comme on trouveroit aisément le point de vérité , si nos passions pouvoient se calmer , si un sentiment de paix, un commencement d'union venoient ranimer nos espérances ! Je ne cesserai jamais de former ce veu, car je ne pense pas que tous les chemins soient égaux pour arriver au but qu'on se propose. Sans doute la liberté obtenue par les plus grands efforts, est toujours la liberté ; mais elle perdroit l'un de ses plus précieux caractères', si, pour la conserver, il falloit employer les mêmes moyens que pour l'acquérir. C'est sous la garde du bonheur commun qu'on voudroit pouvoir la remettre ; c'est aux sentimens d'une douce fraternité, qu'on desireroit de l'associer. Ne peut-on point encore l'espérer ! c'est tout ce qui manque à la plus mémorablé des époques ; c'est tout ce qui obscurcit, aux yeux de l'Europe, le tableau de notre avenir",

« Il me semble toujours qu'avec un esprit de conciliation, avec des dédommagemens nécessairement passagers, avec tous

les

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