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quérir 4,000 mètres de terrain en expropriant les propriétés voisines. Cette acquisition pouvait entraîner une dépense de 1,500,000 francs à 2 millions, somme qui venait s'ajouter aux frais de la consiruction.

« Lorsque le projet de loi fut présenté, on fit dans presque tous les bureaux celte objection : pourquoi consacrer 2 millions en achat de terrain ? Ne serait-il pas plus simple de placer le Ministère des affaires étrangères dans la dépendance de l'ancien Palais-Bourbon que nous avons acquise l'année dernière ?

« Je faisais partie de la Commission, et je n'étais pas d'abord partisan de cette opinion, mais je fus bientôt forcé de me rendre à l'évidence. Lorsque j'examinai les plans, je vis qu'il était impossible de rien faire de bon et de raisonnable dans les terrains que le projet de loi nous proposait ; tandis que, dans celui qu'on nous avait indiqué, on trouvait toutes les conditions d'un excellent projet.

« En effet, Messieurs, ce terrain, par son isolement, par sa forme, par son étendue, ne laisse rien à désirer, et se prête à toutes les exigences d'un bon programme, tout en laissant au palais de la Chambre un vaste espace et toutes les dépendances nécessaires à son service.

« Aussi, Messieurs, il m'est impossible d'attacher une sérieuse importance à la principale objection que nous oppose le préopinant.

« Il prétend qu'on attente à la dignité de la Chambre, parce qu'on lui enlève une portion de son jardin. Je n'aurais jamais imaginé, je l'avoue, qu'on pût mesurer l'importance et la dignité d'un corps politique à la grandeur de son jardin ; la question de savoir si cette promenade, dont vous ne vous servez même pas, aura plus ou moins d'étendue, n'intéresse en rien, croyez-moi, votre considération.

« Il m'est impossible d'admettre que la dignité de la Chambre soit le moins du monde en cause dans la question qui se débat devant vous. Permellez-moi même de vous rappeler que, lorsque le projet d'acquérir les terrains dépendant du Palais-Bourbon fut discuté devant la Chambre,

il y a deux ans, la principale objection qui partait des bancs de l'opposition, c'était l'inutilité de la dépense. On prétendait qu'il était de la dignité de la Chambre de ne pas accepter pour elle ce qui n'était qu'un luxe superflu, que c'était la compromettre vis-à-vis du pays, que de lui faire acheter au prix de tant de millions, un terrain si considé. rable; que si l'on pouvait l'utiliser un jour, à la bonne heure, mais que certainement on ne l'utiliserait pas. Eh bien, aujourd'hui on propose de l'utiliser, et l'on vient dire que c'est manquer à la dignité de la Chambre ! Je vous demande quelle est la valeur de cet argument, aussi bien dans un sens que

dans l'autre. « Quelle est donc la question ? c'est de savoir si l'emplacement est convenable. Eh bien, si l'orateur, au lieu de se faire une idée préconçue d'un projet qu'il ne connait pas, était allé examiner les plans, il aurait vu toutes ses craintes s'évanouir.

« Que demande-t-on ? que la Chambre soit isolée du Ministère des affaires étrangères, L'isolement sera complet; il n'y aura aucune mitoyenneté de bâtiments; la séparation sera infranchissable, et en même temps l'espace actuel de votre jardin ne sera presque pas modifié. Vous conserverez encore un jardin, et un jardin plus considérable que ne paraît le croire l'orateur, puisqu'il aura plus d'un hectare.

« Maintenant, j'arrive à la question d'économie. L'oraleur a prétendu que l'économie est illusoire. La Chambre me permettra d'établir que cette économie est sérieuse et incontestable.

« Si vous ne placez pas le Ministère des affaires étrangères dans un local appartenant à l'Etat, comme celui que nous proposons, il faut acquérir un terrain. Ce terrain devra avoir l'étendue jugée nécessaire pour l'exécution du programme; or, en se réduisant aux proportions les plus modestes, il faut au moins 15,000 mètres. Eh bien, à moins de reléguer le ministère des affaires étrangères aux extrémités de quelque faubourg, ce terrain de 15,000 mètres vaudra au moins 2 à 3 millions. Voilà donc une dépense que vous ima

posez à l'État, dépense indépendante de toutes celles qu'entraînera la construction. En effet, que vous construisiez dans la rue des Champs-Élysées, que vous construisiez dans les terrains du Palais. Bourbon, le prix de la construction sera partout le même. Vous ne pouvez faire qu'une seule économie, celle du prix du terrain. Quand on vous proposait de bâtir sur l'emplacernent de l'hôtel de La Reynière, vous aviez à supporter une dépense de 2 millions pour acquérir les terrains d'alentour, et à ce sacrifice, il fallait ajouter la valeur de l'hôtel de La Reynière, valeur qui n'est pas moindre de 17 à 1,800 mille fr. Vous faites donc, en bâtissant sur un emplacement appartenant en totalité à l'Etat, une économie bien nette et bien réelle de 3 à 4 millions. C'est là un fait que je défie qui que ce soit de contester.

« Je conçois que l'on dise : ne bâtissons pas, laissons tomber le Ministère des affaires étrangères en ruine : je le comprends, c'est un système; système dont je n'accepterais pas la responsabilité, mais qui aurait au moins le mérite d'être franc. Est-ce là ce qu'on veut ? Non, on reconnaît qu'il faut construire; dans ce cas vous ne pourrez disconvenir qu'il y ait économie à construire sur un terrain qui ne nous coûte rien.

« Le préopinant nous dit : les devis ne sont jamais exacts. Qu'importe, est-ce là la question ? Je crois, moi, que les devis sont exacts dans cette circonstance ; je le crois parce que je les ai examinés. Mais en supposant que ma prévision fût en défaut, que faudrait-jl en conclure ? Est-ce un motif pour acquérir un terrain à grands frais? Les devis seront-ils plus exacts pour les constructions que vous éleverez sur ce terrain que pour celles que vous bâtirez sur le terrain que vous possédez ? L'argument ne prouve absolument rien.

« J'étais donc fondé à dire que les objections de l'orateur n'avaient rien de sérieux. Le projet de loi, quoi qu'il en dise, procure au Trésor une économie.

« En somme, Messieurs, il me paraît prouvé que le projet de loi ne blesse en rien la dignité de la Chambre; qu'il vous propose l'exécution de travaux aussi convenables qu’u

tiles ; qu'il vous procure une considérable économie qu'on peut évaluer au moins 3,600,000 fr. ; qu'il ne blesse aucune convenance, qu'il ne nuit en rien à la dignité de la Chambre; et je persiste, au nom de la Commission, à vous demander de l'adopter, »

UN MEMBRE regrelle qu'on n'ait pas cru devoir présenter un projet particulier pour une loi qui est relative au voisinage de la Chambre; on aurait pu le discuter sans se préoccuper des autres monuments compris dans la proposition. L'orateur espère, toutefois, que la Chambre rejettera l'article compris dans le premier paragraphe, S'il est nécessaire de rebâtir l'hôtel des affaires étrangères, on ne doit pas le faire aux dépens de la Chambre et sur un terrain qui lui appartient. La nécessité d'éloigner tout voisinage étranger a été invoquée lorsque l'on a voulu faire acheter à la Chambre la propriété dont il s'agit. Cette nécessité n'est pas moins applicable aux bâtiments que l'on veut construire qu'aux maisons et hôtels que des particuliers auraient fait élever. Ces raisons tirées de la grandeur et de la dignité de la Chambre ne sont pas insignifiantes pour l'étab?issement d'un des grands pouvoirs de l'État. La Chambre des Pairs est, sous ce point de vue, convenablement placée, et chaque jour l'on agrandit et l'on embellit sa propriété. La Chambre des Députés se trouve en ce moment isolée, et on va lui faire perdre cet avantage qu'on faisait tant valoir il y a deux ans; il y a d'ailleurs des parties de son service qui ne sont pas bien établies. La bibliothèque ne suffit pas pour ses richesses actuelles ; on pourrait doubler ses salles sans qu'il y eût luxe, et d'ailleurs il faut songer aux agrandissements que l'avenir rendra nécessaires. ' Les bureaux ne sont pas non plus convenablement établis; il serait à désirer que tout l'ancien hôtel Condé fût réservé pour eux et que les logements fussent placés plas loin. Si, après cela, il reste de l'espace pour un jardin un peu vaste, qui donne à la fois plus de facilité pour le circulation de l'air et un aspect plus agréable, cela n'excède certainement pas les convenances de la Chambre. L'entrée de ce jardin n'a d'ailleurs jamais été refusée au public.

L'orateur vote contre le projet de loi.
M. LE MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS a la parole, il dit :

« Messieurs, le préopinant a adressé un premier reproche au projet de loi : suivant lui, c'est à tort que le Gouvernement a renfermé dans un seul projet plusieurs édifices que le Gouvernement demande l'autorisation de construire.

« Si le préopinant eût voulu jeter les yeux sur l'ensemble du projet de loi, il aurait vu que cette réunion n'a jamais été mieux justifiée.

« Il ne s'agit pas seulement de demander des crédits sur le Trésor pour la construction des édifices publics, il s'agit de vendre des propriétés que l'État possède, el, à l'aide du prix provenant de ces propriétés, de construire des édifices nouveaux.

« L'hôtel du Ministère des affaires étrangères existe, celui du timbre existe, les archives de la cour des comptes existent; pour des raisons diverses, qui ont été soumises à la Chambre par le Gouvernement et approuvées par la Commission, ces édifices ne sont plus propres aux services qu'ils doivent rendre. Il s'agit de les vendre, et, à l'aide des fonds provenant de la vente de ces propriétés, de construire un hôtel nouveau pour le Ministère des affaires étrangères, un bâtiment nouveau pour le timbre, et un bâtiment nouveau pour les archives de la cour des comptes.

« Il y a donc, comme vous le voyez, dans la nature de l'entreprise, dans l'origine des fonds qui seront employés, une unité qui ne permettait pas de séparer les trois édifices qui sont compris dans le projet. Après avoir répondu à cette objection, quant à la forme, j'arrive au fond de la question.

« Le préopinant a essayé de placer le rejet du projet sous la protection de la dignité de la Chambre. Il est de mon devoir de montrer que la Commission dans sa proposition, et que le Gouvernement dans l'assentiment qu'il y donne en en prenant la responsabilité, puisque c'est lui qui le prospose

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