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les plus secrètes de Bonaparte. Je crains ces deux femmes, observait - il souvent à Joséphine, c'est une double raison pour qu'on ne les admette auprès de vous que très-difficilement. Il fallait obéir au maître. Ainsi contrariée dans toutes ses affections, l'épouse du Consul dévorait ses chagrins et cherchait le plus souvent qu'il lui était possible à se dédommager à la Malmaison, de l'ennui qu'elle éprouvait au cercle des Tuileries. Mais dans l'un comme dans l'autre Château , elle était perpétuellement observée. Ce fut au point , que l'une de ces dames lui écrivait unjour une lettre affectueuse; elle fut surprise en la recevant par D***. Certaine alors que son époux le saurait l'instant d'après, elle affecta de dire hautement : Madame de Chat*** Ren*** me demande un service; voici la réponse en présentant une bourse au messager : dites-lui bien surtout , que je me trouve heureuse de pouvoir l'obliger. Le fait était inexact. C'était madame Bonaparte au contraire qui redevait quelques bagatelles à son ancienne amie. Elle crut devoir saisir un à propos pour conserver la paix. Le présent, comme l'on doit s'en douter, fut froidement accueilli, la délicatesse de madame de Chat*** R*** fut blessée. Un moment on fut sur le point d'avoir une explication des plus vives. La future reine fut forcée d'avouer qu'elle manquait de courage pour résister à un époux despote. Les choses en restèrent là, et pendant un temps les deux amies furent au beau froid ; l'une ne pouvait pardonner à madame de Beauharnais, d'avoir voulu l'humilier, et l'autre, parvenue au premier rang, trouvait qu'un cadeau de sa main dans toute circonstance pouvait et devait être honorable. Il ne s'agissait en tout cela que de la manière d'offrir, ou de celle d'accepter.

(117) Page 362. Leurs femmes et leurs enfans. Madame Bonaparte aimait beaucoup la jeunesse, elle en avait sans cesse autour d'elle, et se plaisait à lui faire les plus agréables questions, souvent elle y joignait un petit souvenir, il fallait voir cette femme admirable au renouvellement d'une année. Son appartement ressemblait à un Bazar. L'on y voyait des joujoux de toutes espèces, des sucreries de tous genres, des étoffes de goût, des bijoux précieux et des armes d'un travail fini. Les manufactures de Sèvres, de Versailles, etc., brillaient là dans tout leur éclat. Les jeunes gens qui se destinaient à l'une de nos écoles , recevaient un présent analogue à l'état qu'ils voulaient embrasser ;les-uns recherchaient des cartes, des plans avec l'élui de mathématique ; d'autres, une épée, des pistolets, etc. Les demoiselles recevaient assez ordinairement un peigne enrichi, une montre, un collier, etc. que Joséphine leur offrait elle-même avec la grâce qui la caractérisait. Les enfans choisissaient des tambours, des casques, des fusils, des poupées, des ménages. Cette troupe joyeuse faisait les éclats les plus bruyans ; les mères étaient satisfaites , la plupart étaient les épouses ou les sœurs de généraux ; tout cela faisait merveille. En donnant son cadeau, madame Bonaparte disait quelque chose d'aimable qui se rattachait toujours à la famille de l'obligé, cela resserrait encore les neuds qui attachaient la plupart de ces militaires à Bonaparle ; les épouses des officiers avaient aussi leur part aux élrennes; en un mot on sortait du château , enchanté de la réception que l'on venait d'y recevoir, et singulièrement flatté de cette marque de distinction toute particulière. Chacun avait grand soin de rapporterà soi ce qui n'était réellement que le fruit d'une politique adroite et concertée , à l'avance , entre le premier Consul et son épouse.

(118) Page 363. De la Suisse.

Depuis l'avènement de Bonaparte au Consulat, la Suisse était restée telle que le Directoire l'avait constituée , le premier Consul voulut lui donner un nouveau gouvernement; et vingt-quatre heures suffirent pour accomplir ses volontés. Le 8 du mois d'août 1800, la commission exécu. tive signifia au corps-législatif, que l'heure était venue d'abdiquer le pouvoir ; et lui présenta un projet de décret pour l'organisation d'une législature provisoire ; Jes me. surés avaient été prises pour assurer l'exécution de cette démarche. La garnison était sous les armes , des patrouilles parcouraient la ville, deux forts détachemens d'infanterie et de cavalerie veillaient aux portes de la salle des délibérations ; le conseil intimidé obéit. Un meunier de Zurich, seul, osa opposer quelque résistance, il fut obligé de céder à la supériorité du nombre.

Le sénat , plus courageux, renvoya le décret à l'examen d'une commission ; mais on lui intima i'ordre de délibérer sur-le-champ, vingt-quatre de ses membres se séparèrent de leurs collègues, et le reste, mutilé, céda à la nécessité; la tranquillité publique ne fut pas troublée un instant.

Ainsi, tout recevait les formes de gouvernement qu'il plaisait à Bonaparte d'imposer aux peuples, et ses volontés tenaient lieu de loi, tant était forte la haine du passé et l'espérance de l'avenir. La France, fière des succès de ses armes, rassurée contre les excès de la révolution, tranquille dans son intérieur, jouissait du plaisir secret de voir ses tyrans abattus, et retournait avec joie à ses goûts les plus chers.

(Mén. pour servir à l'histoire.)

(119) Page 364. De les avoir protégces.

Les alliances forcées sont sujettes aux vicissitudes de la guerre.....

Qu'un peuple libre, (les descendans de Guillaume-Tell), sûr de son indépendance et de sa neutralité, ait résolu de la maintenir ; que ce peuple en état de le faire , y ait cependant renoncé, et ait traité pour le sacrifice d'un droit si important pour son payé , et dont l'inviolabilité venait d'être si solennellement proclamée. C'est ce qui ne peut être conçu que par ceux qui prétendent que les vertus publiques n'existent qu'en théorie.

(Pensées attribuées à sir Rob. Wilson.)

(120) Page 377. Les bases de la puissance papale.

Formule du serment prêté par les ecclésiastiques, conformément à l'article 6 du concordat , portant :

« Leclergé, avant d'exercer ses fonctions, prêtera serment de fidélité au premier Consul. Le serment de fidélité exprimé dans les termes suivans : je jure et promets , etc., de demeurer soumis et fidèle au gouvernement établi par la constitution de la République française. Je promets également de n'entretenir aucune correspondance, n'être présent à aucune conversation,

former aucune liaison , soit au dedans, soit au dehors de la République, qui puisse en aucune manière troubler la tranquillité publique ; et si je découvre dans mon

diocèse ou

dans ma paroisse, ou ailleurs, des choses préjudiciables à l'état, jecommuniquerai immédiatement au gouvernement toutes les informations que j'aurai , etc. »

Le négociateur de la cour de Rome , fut dans cette cir. constance, M. Gonsalvi, ancien ami du cardinal Chiara

de ne

monte , qui, devenu pape, l’éleva à la pourpre. Lucien Bonaparte concourut à la négociation comme diplomate; mais encore il étendit ses soins à tout ce qui lui parut propre à en compléter le succès. Il fallait ramener des prélats aigris par une longue persécution ; il fallait les réconcilier franchement avec le nouveau systême politique, sans pouvoir restituer au clergé ce que ce systéme lui avait ôté ; enfin il fallait attacher les ministres d'une religion sainte , au nouveau gouvernement de la France, pour qu'ils devinssent les utiles auxiliaires de son autorité. Lucien s'y employa tout entier et réussit. Ses attentions délicates, ses prévenances aimables contrastaient singulièrement avec la maladresse que Bonaparte montrait toujours dans ces sortes d'occasions, jusqu'à ce que , parvenu à la toute puissance, il se fût affranchi de toutes les contraintes et de tous les égards que les convenances auraient dû lui faire observer. Citons un exemple; un jour il donna un grand diner dont quelques évêques, nouvellement promus , et de l'ancien clergé de France, étaient les principaux convives. Il était convenu que le premier Consul les accueillerait avec distinction et amabilité. A table, rien de particulier à cet égard ; on en sort , et Bonaparte, tout rempli de l'idée de son rôle, s'empresse auprès du nouvel archévêque de Tours, et, d'un air caressant , lui dit : « Eh bien! M. de Boisgelin , avez-vous bien dîné ?... il n'avait rien imaginé de plus heureux que cette question. (D.P***.)

(121) Page 387. Et la personne qu'il accusait.

La déclaration de Georges Cadoudal fut que Pichegru et Moreau ne s'étaient point réconciliés, et par conséquent n'avaient pu se revoir, que quant à lui Georges, il persistait à nier avoir jamais vu Moreau de sa vie, avant le jour où ils furent mis en jugement ensemble. On demanda

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