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gement n'est que dans la forme extérieure, peu essentielle. Il n'est pas dans le fond. Le crime qui a été puni en eux, et qui a motivé l'ordre de la séparation, n'est point effacé par la rétractation et par la pénitence. Vous devez voir toujours en eux ce crime, et vous tenir encore aujourd'hui dans la séparation rigoureusement commandée.

Cette séparation d'avec les réfractaires a toujours été présente comme nécessaire à la conservation du dépôt sacré. Ce dépôt n'est venu jusqu'à nous intact, entier, parfait sans la plus légere altération ou variation, que par l'inflexible et constante rigueur de la séparation d'avec tous les novateurs.

De là le relâchement sur l'indispensable nécessité de la séparation entamerait le dépôt, l'anéantirait. Il n'existe plus du moment qu'il n'est pas tout entier. L'unité périt avec lui et il n'y a plus d'église catholique dans le pays où le devoir de la séparation absolue n'a pas été maintenu, et où, à la faveur de cette indifférence pour une pratique inviolable, les catholiques se sont réunis aux sectaires non rétractés.

La réunion aux novateurs de France est jugée par ces grands principes. Ceux qui se sont laissés amalgamer ont cessé d'appartenir à l'église catholique ainsi que ceux auxquels ils se sont associés. Il ne reste que les sept mille qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal. Le Seigneur m'a fait cette grâce de tenir ferme dans la défection presque générale. Puisse-t-il vous la faire à vous-même, Monsieur, qui, auparavant tranquille et sans inquiétude, êtes venu vous jeter au milieu d'une tentation où tant de gens en apparence courageux et inébranlables en Angleterre, sont venus depuis peu faire une triste chute et vous scandaliser!

Après cette digression sur les principes, le généreux prêtre reprenait ainsi l'exposé des faits, et ces faits me paraissaient encore plus décisifs que les principes euxmêmes, soit qu'en effet ils soient tels ou plus à la portée de mon esprit.

« Il y a véritablement aujourd'hui en France, continuait-il, trois clergés, savoir, le constitutionnel, le concordatiste et le clergé toujours fidele ou catholique. Je crois devoir vous les faire tous connaître par leurs propres caracteres; et je ne m'appuyerai que sur des faits. Vous êtes à la vérité, et de prendre ainsi votre détermination avec une pleine connaissance de cause. Vol. LII.

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“ Le clergé constitutionnel tire son nom de la constitution civile du clergé qu'il a jurée, sans avoir jamais rétracté ce serment. Ce nom seul, ce nom de secte annonce par lui-même que celui qui est forcé de le recevoir ou de le prendre, n'est pas catholique. Vous avez vu, avant votre départ pour l'exil, ce clergé saisir les siéges épiscopaux, les cures, les autres bénéfices ecclésiastiques à main armée, comme s'ils eussent dû être le prix d'une sanglante conquête; et cette main armée véritablement contre le Seigneur et contre son Christ, était celle des impies, des mortels, irréconciliabtes ennemis de la religion chrétienne. Vous les avez encore vus complices des crimes et propagateurs infatigables d'une révolution qui les tirait de la poussiere et les élevait aux honneurs; honneurs honteux en eux-mêmes, mais qui ne l'étaient pas à leurs yeux. Ce que vous avez vu n'était que le prélude de ce qu'ils ont fait depuis votre départ et dont nous avons été témoins. Dans la grande apostasie commandée par Robespierre, au nom des Jacobins, pour porter le dernier coup au christianisme, ils ont presque tous abjuré la religion du Christ. La haine de cette religion sainte l'emportant en eux sur le soin le plus naturel, le plus fort sur l'esprit de tous les hommes, et le dernier que perdaient les hommes les plus corrompus: la haine du christianisme, dis-je, l'emportant sur leur propre honneur, ils ont déclaré à la face de toute la France que jusqu'alors ils avaient joué le rôle le plus infâme; qu'ils ne croyaient pas ce qu'ils enseignaient ; que volontairement et avec connaissance de cause, ils avaient trompé les peuples; qu'enfin ils étaient des imposteurs publics, volontaires, sur les objets les plus saints, les plus importants, et qui exigeaient le plus de sincérité!

Après cette apostasie, quel crime eût pu leur coûter ? Ils ont donc prêté tous les serments exigés, jusqu'à celui de baine à la royauté, où l'absurdité et l'impiété vont de pair. Ils ont consacré tous les vols révolutionnaires. Ils ont béni le Ciel qu'ils avaient renié, de tous les crimes de la révolution. Ils ont persécuté les prêtres qui étaient restés fideles. C'est un d'eux qui m'a dénoncé, c'est à l'un d'eux que je dois ma longue prison. Il est sur un siége épiscopal. Il exerce ainsi un zele tout nouveau qui a passé au milieu d'une apostasie non-expiée. Aucun de ces hommes ne s'est refusé à rien de ce qu'ont exigé les meneurs impies qui ont successivement dominé en France. Dans ces deux mots, j'ai tout dit. Pour récompense de tant de forfaits, ils occu

pent des cures et des siéges épiscopaux ; et il est vrai, dans toute la force des termes, que les jureurs d'un acte condamné, les esclaves les plus dévoués de l'impiété, les apostats publics du christianisme ont été institués pasteurs d'une église que l'on nomme catholique ; et qu'ils l'ont été par l'autorité et au nom du chef de cette église, qu'ils ont bravé, auquel ilsont ouvertement résisté, quand il leur a demandé une rétractation, et qui leur a enfin cédé ! Voilà, Monsieur, les principaux traits qui caractérisent les constitutionnels. Que serait-ce si je pouvais entrer dans le détail, et ouvrir à vos yeux cet abîme dans toute sa profondeur!

“ Le clergé concordatiste a pris son nom du concordat arraché par la violence à Pie VII, auquel il s'est soumis. Ce clergé, comme le précédent, souscrit à une transaction qui non-seulement renouvelle, mais étend les bouleversements religieux de la constitution civile du clergé. Il approuve la spoliation totale de l'église gallicane et celles des familles. Il consacre ainsi l'injustice la plus certaine, qui n'a été commise que comme moyen d'opérer une révolution qui a répandu la plus affreuse désolation et dans la France et dans l'Europe entiere. Il approuve comme légitime la suppression de tous les siéges épiscopaux, à la demande des persécuteurs, sans égard au droit des titulaires, à celui des peuples, à l'avantage de l'église, aux regles les plus saintes et les plus inviolables. Il approuve la destitution de tous les évêques et de tous les pasteurs, cette destitution jugée par Pie VI au-dessus des pouvoirs de son siège comme opposée aux Saints Canons et contraire aux lois de la justice. Il rompt toute communion ecclésiastique avec les évêques légitimes, confesseurs de la foi. Il prête le serment de tidelité à l'usurpateur du trône. Il abjure le légitime souverain. Il a dépouillé toute horreur pour les constitutionnels. En arrivant de l'exil, en sortant de ses retraites, il les retrouve tels qu'ils étaient, quand l'éloignement le plus juste et le mieux prononcé de leur communion le conduisit en exil, ou le confina dans des antres obscurs, et il se réunit à eux ! Le changement ne s'est pas fait dans les constitutionnels restés les mêmes. Il est tout entier dans le clergé auparavant catholique, mais devenu enfin constitutionnel, soit par lassitude de vertu, soit par intérêt, par ambition ou par une aveugle déférence pour le chef de l'église intimidé et en opposition directe avec son prédécesseur. La violence

publique faite au Souverain Pontife Jdevait arrêter l'obéis sance de ces prêtres. En obéissant au Pape forcé, ils, obéissaient au persécuteur qui lui faisait violence; en désobéissant aux ordres du Pape forcé, ils obéissaient aux ordres du Pape libre; et de plus, ils obéissaient au Pape son prédécesseur appuyé de toute l'église. En ne déférant pas à Pie VII, ils rendaient donc hominage à l'église entiere, ils conservaient leur foi, leur honneur, le mérite de leurs premieres souffrances. Par leur fatale obéissance, ils ont tout perdu pour eux-mêmes et enlevé à leur patrie le flambeau de la foi, invariablement allumé dans cet heureux

pays

depuis la naissance du Christianisme.

“ Un prêtre français que vous avez peut-être connu en Angleterre, a prouvé solidement que les deux clergés réunis n'en composaient plus qu'un seul, indivisible pour les sentiments et la conduite extérieure. Nous avons appris que ce prêtre passait parmi vous pour une tête exagérée. Quand ses ouvrages nous sont parvenus, nous les avons trouvés exacts quant aux principes, et ce qui nous a le plus étonnés, même quant aux faits. Nous ne comprenons pas comment il a pu se procurer un si grand nombre de renseignements précis dans les temps orageux qui se sont écoulés et dans l'extrême difficulté pour ne pas dire impossibilité des communications.

“ Après être entré dans les plus grands détails, cet auteur termine son article par ces paroles qu'il me fit lire et que j'ai trar'scrites.

“ Le clergé non-constitutionnel reconnaît aujourd'hui avec les constitutionnels, dans le Pape, le droit de destituer les évêques légitimes et confesseurs de la foi ; dans une assemblée de laïques, le droit d'aliéner toutes les propriétés de l'église; dans les usurpateurs des trônes le droit de s'emparer aussi des biens des sujets fideles; il reconnait dans le Pape le droit de destitution puisqu'il a consenti à monter sur les siéges des évêques destitués; dans une assemblée civile le droit d'aliéner les propriétés de l'église puisqu'il admet le concordat qui consacre ce droit, et qu'il absout les acheteurs de ces propriétés; evfin, dans les usurpateurs, le droit de ravir les biens des sujets fideles, puisqu'il réconcilie les injustes détenteurs de ces biens. Par l'effet inévitable de la réunion, les principes sont également foulés aux pieds par les deux clergés réunis, les saintes lois sont également méprisées et la religion également avilie. La religion est devenue dans les mains de l'une et de l'autre un instrument fiexible au gré d'un gouvernement injuste et oppresseur. La religion dénaturée par l'un et par l'autre se prête à tout, consacre l'injustice, applaudit à la cruauté, frappe l'innocence la plus avérée, exalte les crimes heureux, etc., etc.:" ainsi parle M. l'abbé Blanchard. Le prêtre continue en ces termes.

“ Le clergé toujours fidele ou catholique n'a point de nom particulier, parce qu'il n'a, ni rien innové, ni rien adopté des innovations récentes. Pour vous en donner, en deux mots, une idée complette, il n'a rien fait de ce qu'on peut si justement reprocher aux deux autres clergés, et dont je vous ai rapporté une faible partie. Il n'a prêté aucun serment à aucun des dominateurs successifs del a France. Il n'a jamais trahi la fidélité envers le souverain légitime. Tandis que les deux autres faisaient retentir les temples de noms odieux pour lui, de la république, des consuls, du prétenda empereur, il priait en secret pour Louis XVIII. Le nom de Louis XVIII, cher à son cæor, était seul dans sa bouche au pied des saints autels. Le dépôt de la morale évangélique, comme celui de la foi, est confié à l'église catholique. Dépositaire de l'un et de l'autre par l'institution divine, elle les conserve avec le même soin, avec une égale sollicitude, aussi ferme contre l'injustice qu'inaccessible à l'erreur. Ce clergé, fidele à la voix de l'église dans ces deux cas, n'a jamais absous l'injustice, ni rompu avec les évêques légitimes, ni reconnu les évêques usurpateurs des siéges, soit qu'ils fussent du nombre des anciens constitutionnels, soit qu'ils appartinssent à cette partie du clergé, séduite ou ambitieuse, pusillanime ou corrompue, qui s'était réunie à eux. Il avait vu tout s'écrouler autour de lui. Il était demeuré inébranlable, comme une colonne immobile au milieu d'un temple en ruine, qui semble n'exister que pour retracer l'image du superbe édifice abattu, pour exciter de justes regrets, et en faire désirer le prompt rétablissement. Il a toujours été ce flambeau allumé dans un lieu ténébreux, suivant l'expression des écritures ; ce fanal qui pouvait guider dans le port les vaisseaux égarés sur une mer orageuse, incertains de leur route et toujours exposés à se briser contre les rochers; enfin un reste précieux dans Israël, qui pouvait sauver la masse et ne la laissait pas du moins sans espoir. Ce clergé est sans doute soutenu au dedans par une grâce puissante qui le destine à une grande cuvre, à la conversion de ses freres. Il était encore soutenu au dehors par les instructions et par

les tations des évêques légitimes, qui ne l'ont jamais perdu de vue, qui l'encourageaient sans cesse dans ses pénibles

exor

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