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M. Haze se réunit peu après à eux. Mais on nouvel orage alloit fondre sur le diocèse. Le 23 avril 1813, on apprit que M. l'abbé de Saint-Médard, grand vicaire de Lü Ro., chelle, venoit d'être nommé à l'évêché de Tournay, le 16 du même mois, el que le gouvernement s’altendoit, que le chapitre lui donneroit des pouvoirs. Le chapitre effrayé députa MM. Gallouin el Haze à Paris, pour faire des représentations motivées sur le canon du concile de Lyon, et sur la crainte des troubles qu'il étoit aisé de prévoir. Le ministre des cultes n'eut pas même l'air de comprendre ce qu'on lui disoit. On se flatla d'être plus heureux en s'adressant à M. de Saint-Médard lui-même, et on lui envoya un homme de confiance pour l'en. gager à se désister de ses prétentions. Il parut d'abord sensible au tableau des derniers troubles et à la perspective de nouvelles divisions; mais l'influence ininistérielle se fit bientôt sentir, et il laissa peu d'espérance au négociateur. Le ministre se flatloit de forcer tous les obstacles par une nouvelle déclaration de M. Hirn, qiri confirmeroit celle du mois de novembre. On tira en effet de lui, le jer. juillet 1813, in acle portail que tons les pouvoirs accordés précédemment par lui étoieut nuls, et que rien ne devoit empêcher, de son côté, que son successeur, en altendant l'institution canonique, n’adıninistrât le diocèse de Tournay, conformément aux règles établies pour la vacance des siéges. Celle pièce, dont on se promettoit un grand effet, ful envoyée au chů. pitre, dont elle augmenla les anxiétés. Deux chanoines allèrent à Mons représenter au préfet les inconvéniens de la marche qu'on paroissoit vouloir suivre. Ce voyage fut aussi inutile que celui de M. Gosse, à Gand, pour se concerter avec les grands vicaires de ce diocèse. Le 9 juillet, le chapitre reçut une lettre de M. de Saint-Médard , qui annonçoit son prochain départ de Paris, et qui arriva en effet le 16, et descendit à l'évêché. Le lendemain, le chapitre en fut informé, et fut invité à se rendre, le 18, à l'évêché. M. de Saint-Médard dit qu'il apparloit

la paix dans son cour, et il demanda pourtant à concourir au gouvernement du diocèse en allendant ses bulles. M. Haize lui fii observer l'embarras du chapitre. La dé. mission de M. Hirn étoit-elle bien libre? Elle n'étoit pas d'ailleurs, acceptée par le saint Siége. Cet entretien, qui fut long, et qui se passa en présence du préfet, aboutit par demander un délai auquel l'évêque-nommé consentit. ' · Le 19, M. Haže proposa , dans le chapitre, de s'adresser aux corés et rectenrs du diocèse, et de prendre leurs avis sur ces deux questions ; D'après l'acte du jer. juillet, doit-on établir des vicaires généraux pour : administrer le diocèse? M. de Saint-Médard peut-il leur être associé? Celui-ci agréa ce moyen, 'a'où on lui représenta qu'il devoit résulter plus d'uniformité et d'ensemble dans les sentimens et la conduite du clergé. Le 20, les lettres furent expédiées. Le 25, le chapitre en: fendit le rapport d'un agent qu'on avoit envoyé à Fontainebleau pour tâcher d'en obtenir quelques règles de conduite. Il ne rapportoit aucune réponse. Les communications avec les cardinaux étoient difficiles, et ceux-ci étoient trop rigoureusement surveillés pour qu'on pût attendre d'eux des instructions bien précises. * · Le 31, on reçut une lettre du ministre des cultes, qui se plaignoit des délais apportés par le chapitre, et qui les qualifioit de révolte. L'abbé de Saint-Médard, deson côté, pressoit vivement, et assigna le jeudi 5 pour tout délai. Le chapitre s'assembla tous les jours pour délibérer. Le 3, on convint de nommer 'grands vicaires MM. Gosse et Maton. Le premier proposa de donner à l'évêque-nommé le litre de grand vicaire' ad honores, et sans pouvoir entrer dans l'administration spirituelle. Ce mezzo termine fut approuvé des chanoines ; mais M. de Saint-Médard déclara ne pouvoir' s'en contenter, et parut peu touché de la crainte des troubles qu'on lui fit entrevoir. Cette réponse étant rapportée au chapitre, on ne nomma pour grands vicaires que MM. Gosse et

Maton, en se réservant de leur en adjoindre d'autres si le besoin l'exigeoit. On instruisit de celle délibération le ministre des cultes, le présel et l'évêque-nommé; et aussitôt après, les chanoines, et particulièrement les grands vicaires, songèrent à leur sûreté. Les séminaTistes se dispersèrent aussi. Qu s'attendoit à un orage; il éclala bientôt.

Le 5 avût, le préfet arriva à Tournay, et manda l'abbé Gosse, qui lui répondit, le lendemain, par écrit, et proposoit encore que M. de Saint-Médard se conteniât du titre de grand vicaire, ou du moins se bornât à la correspondance avec le ministre, et aux objets civils et politiques. Le présel manda également les autres chanoines; ils avoient disparu, à l'exception de MM. Harden pont et Dedam. Le préfet irrité, prit coup sur coup, le 6 aoûl, plusieurs arrêtés fort singuliers, Par le premier, il ordonnoit au maire de Tournay de prendre possession du temporel de la cathédrale, et d'apposer les scellés sur lout ce qui appartenoil à la fa: brique. Par le second, il prescrivoii la niême opération sur le séminaire, et mettoit en surveillance les supérieurs et les jeunes gens, qui ve pouvoient s'absenter san's permission. Par le troisième arrêté, il annulloit la délibération du 3 août, comme suspecte et irrégulière, défendoit å MM. Gosse et Maton de s'en prévaloir, et å qui que ce soit de les reconnoître comme grands vicaires. Suivant ces arrêtés, le diocèse de Tournay t'auroit eu aucune espèce de gou rernement, puisqu'on ne vou. loit reconnoître ni les grands vicaires de l'evêque, ni ceux du chapitre, et que l'abbé de Saint-Médard n'avoit évidemment aueuns pouvoirs. On mit les scellés à loules les portes du chour de la caihédrale et à celles de la sacristie. Cependant celle mesure parut si ridicule, que, le lendemain, on leva les scellés, qui restèrent seulement apposés sur la caisse de la fabrique.

Le 22 avûl, le préfet revint à Tournay, manda M. Gosse, et lui fit de vifs reproches d'avoir pris part

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à la délibération du 3 août. Il lui présenta ensuite sept Questions, ülixquelles le grand vicaire devoit répondre par écrit : comment il avoit été nommé président du chapilie; s'il aroit accepté ce titre; où étoient les registies de la délibération; s'il déclaroit renoncer aux pouvoirs qu'il avoit reçus; s'il les avoit transmis à d'au. tres, elc. M. Gusse répondit, le même jour, qu'il avoit d'abord refusé la présidence, en alléguant qu'il n'étoit point chauoine, et qu'il ne l'avoit acceptée que pour ramener le chapitre à des voies de conciliation ; qu'il ne savoit où éloient les registres; que d'ailleurs il ne feroit usage de ses pouvoirs qu'avec l'agrément de M. de Saint-Méıları, et qu'il ne les avoit transmis à personne. Cette excessive coudescendance ne garantit pas l'abbé Gosse de toute traverse, comme nous le verrons bientôi.

Cependant la police employoit tous ses soins à découvrir Ja reiraite de M. Maton, l'autre grand vicaire, nommé le 5 août. On recherchoit tous ceux qui éloient soupconvés d'avoir des liaisons avec lui. MM, Ducobu et Duquesne, curés de Tournay, furent inquiélés, et disparurent. M. Lefèvre, curé d'Ath, et M, Lefranc, rec, ieur de Gaurain, accuses d'avoir donné asile à M. Mar ton, furent arrêtés et conduits dans les prisons de Mons, où ils moururent, Sur la fin du mois, on reçul on décret impérial, du 14 août, qui supprinait le sérninaire, et ordonnoit que les élèves continueroient leurs études à Cambrai, à Arras et à Saint-Omer, et que les bourses et demi-bourses de 'Tournay seroient transportées à ces trois séminaires; ce qui fut exécuté. On vendit les pro'visions du séminaire de 'Tournay, et le produit en fut versé dans les caisses du gouvernement. Dans les premier's jours de septembre, le maire de Tournay vint trouver M. Gosse, et lui annonça qu'il étoit chargé de lui demander une déclaration signée, portant qu'il n'ą. voit aucun droit de présider et de voter à l'assemblée du 3 août; que son opinion étoit que les pouvoirs de vicaire capitulaire dcvoient être accordés à l'abbé de Saint

Médard, et que si celui-ci étoit nommé, il donneroit å tous les autres l'exemple d'une pleine et franche soumission. C'éloit le conseiller d'Etat, Réal, chargé de la police des départemens du Nord, qui avoit donné de sui-même cette commission au maire. Il ajoutoit dans ses dépêches que c'étoit le seul moyen de préserver M, Gosse d’être mis en prison; mais il ordonnoit que ce grand vicaire fût exilé à Arras ou à Cambrai, el y restât en surveillance jusqu'à ce que le chapitre eût donné des pouvoirs à l'abbé de Saint-Médard. M. Gosse, intimidé, signà la déclaration, excepté qu'il énonça que les pouvoirs réclamés par M. de Saint-Médard, pouvoient lui être accordés, au lieu de devoient. Il n'en fut pas mieux. On le priva de son traitement, et on lui donna le choix de se retirer à Cambrai ou à Arras. Quelques-urs prétendirent que cet exil n'éloit qu'un jeu concerté entre la police et M. Gosse pour cacher leur concert. Une telle collusion est-elle vraisemblable? M, Gosse choisit. Cambrai , et s'y rendit le 8 septembre; et l'évêque, sous la surveillance duquel il étoii mis, lui recommanda de s'abstenir de tout commerce par lelties. I t is

· NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES. ROME. Le 25 novembre, S. S. quitta le palais Quirinal, et vint habiter le Vatican. Le premier dimanche de l’Arent, elle y tint chapelle papale, el après la messe solennelle, elle porta le Saint-Sacrement dans la chapelle Pauline, où commencèrent les prières de quarante heures.

- Le collége de Saint-Bonaventure, fondé par SixteQuint dans le couvent des XII A pôtres occupé par les Mineurs Conventuels, a toujours été une pépinière d'hommes qui se sont distingués par leur doctrine, et qui se sont élevés aux plus grands emplois. On y vit entr'autres pour régent et pour recteur, dans les derniers teinps, le vénérable serviteur de Dieu, Antoine

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