Page images
PDF
EPUB

sivement jusqu'à 3000, à mesure que les ouvriers se formeront à ce genre de travaux.

Les ateliers de Paris fourniront d'ici à la fin de l'année plus de 200,000 fusils ; les manufactures impériales en fabriqueront 300,000, et sous peu l'on aura en réserve, dans les magasins, plus de 600,000 fusils, pour armer au besoin la population entière des contrées qui pourraient être menacées par

l'ennemi. Les 150 places ou forts qui défendent nos frontières ont été armés et approvisionnés en munitions de guerre.

Les côtes de l'Empire ont été armées et les compagnies de canonniers garde-côtes ont été réorganisées.

Vingt places dans l'intérieur ont été mises en état de défense, armées et approvisionnées.

La fabrication des poudres est dans la plus grande activité, et il existe des approvisionnemens en salpêtre, pour en confectionner des quantités considérables.

Enfin les arsenaux on trepris depuis le 21 mars le cours de leurs travaux, et ont mis en état tous les équipages d'artillerie de campagne, de place, de siege et de pont, nécessaires à la défense de la patrie.

Génie. L'Empereur, après avoir reculé les bornes de l'Empire, avait fait fortifier les places des nouvelles frontières, et assigné pendant les dix dernières années un fonds de 125 millions

pour

la construction des nouvelles places et la restauration de celles qu'il importait de mettre en état de défense.

On ne connaît que trop le traité approuvé par le comte d'Artois, comme lieutenant-général du royaume, sous le titre de convention du 25 avril 1814, par lequel 53 places et forts occupés par les troupes françaises au-delà des limites de l'ancienne France, furent remis aux ennemis dans un délai de vingt jours, en Allemagne, en Italie, en Espagne, acte aussi humiliant qu'inconsidéré dont la postérité jugera les mctifs et les effets, et qui nous desaisit en un instant de tous les moyens de compensation qui restaient à la France pour obtenir une paix plus honorable. Un matériel immense, de grands dépôts de toutes sortes d'effets militaires, 12,600 bouches à feu, dont 11,300 en bronze; abandonnés sans réclamation, consommérent une perte de plus de 200 millions.

Les places des frontières de l'ancienne France, se trouvant alors en troisième et quatrième lignes furent mises au simple entretien, et ce ne fut que pour les places maritimes qu'il fut assigné des fonds pour augmenter leur valeur et leur degré de résistance.

Lorsque le traité de paix de Paris restreignit la France dans ses anciennes limites, il était d'une sage prévoyance de restaurer les places de première ligne et de les mettre en état de défense ; mais le gouvernement royal, formé en haine de l'armée nationale, et qui ne voulait d'économie que pour la réduction des dépenses du département de la guerre n'accorda aucun fonds pour faire réparer nos places.

Depuis le 20 mars dernier, on a entrepris et exécuté les travaux qui ont mis en état de défense toutes nos places de guerre; on a restauré celles dont les fortifications étaient abandonnées, et l'on a fortifié les villes ouvertes et les positions les plus importantes de nos frontières.

Ces travaux ont été poussés avec une étonnante rapidité dans toutes les places de première, deuxième et troisième lignes. Les autorités civiles concourent de tous leurs moyens aux travaux de défense; et ces places, même celles qui étaient hors d'entretien, arrêteront l'ennemi à chaque pas, le forceront à des sièges réguliers et lui présenteront, sur plusieurs points, des obstacles insurmontables,

Soissons, Laon, Lafère, Saint-Quentin, Guise, ChâteauThierry, Vitry, Langres, ect., sont en état d'opposer une vive résistance; on travaille avec la plus grande activité à la défense de Châlons, Reims, Dijon, etc. Les Vosges, le Jura, l'Argonne, déjà fortifiés par la nature, reçoivent encore toutes les défenses de l'art: la population entière exécute ces travaux sur tous les points.

Paris et Lyon auront, sous peu de jours, tous le moyens de résister aux plus grands efforts de l'ennemi, et ces travaux occupent cinq à six mille ouvriers dans chacune de ces villes.

Retraites et pensions, invalides. Les soldes de retraite, accordées depuis le premier avril 1814, à plus de mille émigrés vendéens, ou veuves d'hommes morts en combattant dans les rangs ennemis, se montant ensemble à la somme de 1,500,000 fr., ont été supprimées.

L'Empereur s'est aussi empressé de réparer le tort et le désordre qu'avait occasionné, à l'hôtel des invalides, la suppression des succursales, et le renvoi dans leurs foyers, avec une modique solde de retraite, d'un grand nombre de vétérans mutilés auxquels on enlevait ainsi les secours et l'aisance que la patrie reconnaissante leur avait assurés.

Tous ont été rappelés dans ce noble asile de la valeur.

Dépenses de la guerre. Il est reconnu que le dernier gouvernement, s'attachant à déprécier toutes les opérations administratives de l'Empereur, a exagéré, dans ses comptes rendus, la dette arriérée du ministère de la guerre, tandis qu'il dissimulait une partie des ressources qui devaient y faire face.

C'est dans cette vue que le ministre des finances, dans le compte qu'il rendit en juillet 1814, de la dette arriérée de la guerre, en porta la somme à 487,000,000 fr. Mais d'après une appréciation raisonnée des renseignemens donnés par les bureaux du ministère de la guerre, on peut penser que, par le résultat d'une liquidation exacte des dépenses qui remontent à plusieurs années, et dont l'évaluation repose sur des élémens primitifs que les événemens de la guerre ont considérablement changés, la dette effective n'ira pas en réalité audelà de 140 à 150 millions.

Mais il ne suffisait pas au ministère du dernier gouvernement de tromper la nation sur sa véritable situation ; il lui fallut encore limiter tellement les dépenses de la guerre,

à dater du 1er octobre 1814, que le ministre de la guerre, ne pouvant obtenir les fonds qui lui étaient indispensables, fut forcé de réduire l'effectif des corps, et à renvoyer le tiers de soldats en congé limité ou illimité et sans solde.

Toutes les dépenses de la maison militaire du roi et des princes furent mises au compte du département de la guerre, et elles devaient monter, dans la première année, à plus de 25,000,000.

L'ordonnance du 12 mai promettait à tous les officiers de l'armée, mis en non-activité, la moitié du traitement de leur grade dans leur arme: mais malgré la teneur formelle de l'ordonnance, le traisement fut fixé pour tous à la moitié de celui de la dernière classe d'infanterie, qui est le plus faible. Et tandis qu'on faussait ainsi une promesse solennelle, on accordait par une suite de la versatilité qui se faisait remarquer dans la marche du gouvernement, la solde entière à tous les officiers mis en non-activité qui avaient concouru à la formation des régimens du roi et de la reine, et qui avaient été renvoyés dans leurs foyers.

Le budget des dépenses de la guerre, réglé par la loi du 23 septembre 1814 pour l'année 1815, en fixait la quotité à la somme de 200,000,000 francs, dont il fallait défalquer celle de 80,000,000 francs pour la maison militaire, les retraites, les pensions, et les officiers à la demi-solde.

Il ne restait donc que 120,000,000 francs pour l'armée active et les services du génie et de l'artillerie. Les dépenses de l'armée, réduite comme elle l'était au

VOL. 11.--App.

K

mois de mars dernier, devaient s'élever, malgré toutes ces reductions, à 298,000,000 fr.

Garde nationale. C'est dans l'institution de la garde nationale que réside la plus solide garantie de l'indépendance de la nation, produite par ce sentiment inné chez les Français.

Sa première formation au mois de juillet 1789, décida du triomphe de la cause de la liberté des peuples. Les bataillons sortis de son sein apportèrent dans nos armées, nonseulement la force numérique devant laquelle durent s'arrêter les efforts présomptueux de la première coalition, mais encore tous les sentimens généreux qu'enfante l'amour de la gloire, lorsqu'il s'exalte par l'amour de la patrie ; c'est cette force morale qui renversa tous les obstacles, et qui porta si haut le renom de nos armées.

Dès les premières campagnes, les frontières de la république furent promptement reculées, par les plus mémorables opérations de guerre, et depuis cette époque, les conquêtes du plus grand capitaine qu'aient jamais en les Français, portèrent si loin, couvrirent si long-tems les limites de l'Empire, que le service de la garde nationale, spécialement voué à la défense du territoire, offrit moins d'intérêt. Les modifications de son organisation avaient peu d'importance, quand la victoire, fidèle à nos aigles, confondait les projets de nos éternels ennemis, et trompait les veux impuissans d'une faction presqu'éteinte.

Cependant la prévoyance de l'Empereur provoqua une réorganisation qui fut l'objet du sénatus-consulte du 2 vendémiaire an 14. Cette mesure ne fut encore appliquée qu'aux départemens frontières jusqu'à la fin de1813. Mais quand les tems de mauvaise fortune de la France furent arrivés, la garde nationale reparut et s'organisa; elle s'accrut au milieu de nos revers, en partageant les fatigues et les dangers, comme les malheurs de l'armée,

A Monmirail, à Montereau, dans toutes les places, les gardes nationales eurent leur part de gloire.

Le dernier gouvernement qui détruisit les élémens de l'armée, n'osa dissoudre ceux de la garde nationale. La grande masse toujours soutenue par son esprit patriotique, garda son caractère d'indépendance.

Aussitôt que l'Empereur, en reprenant les rênes du gouvernement, a connu la situation des gardes nationales, il s'est hâté de faire révivre une institution dans laquelle la nation trouve la garantie la plus positive de son indépendance, et le plus prompt déploiement de ses forces.

Le décret impérial du 30 avril, basé sur les anciennes lois,

[ocr errors]

á organisé les gardes nationales de l'empire, a ramené à une formation simple et par-tout semblable, les masses détachées, les corps isolés et composés d'élémens divers, comme les diverses circonstances qni les avaient fait créer.

Cette organisation générale avance rapidement ; elle ne présente pas moins de 2,254,320 gardes nationaux, qui, régulièrement formés et encadrés dans 3,131 bataillons, comprennent à peu près le treizième de la population.

Une élite de 751,440 hommes de 20 à 40 ans, formés en compagnies de grenadiers et de chasseurs, pouvant être extraite de cette masse, et rendue mobile, l'Empereur a, par des décrets successifs, ordonné la formation de 2,500 compagnies de grenadiers et chasseurs formant 417 bataillons et présentant une force de 300,240 hommes uniquement destinée à la défense des places, des postes fermés, des défilés retranchés.

Il faut soustraire des bataillons à former ceux de quelques départemens maritimes, qui, à cause de la défense des côtes, n'ont pas été mobilisés, et ceux des frontières des Pyrennées, dont la formation doit être différente, et ont été soumises à des dispositions particulières, que réclamaient les localités.

Les départemens de l'intérieur et ceux du nord, en exceptant quelques arrondissemens sur l'extrême frontière, sans cesse menacés et travaillés par les intrigues de l'étranger, ont rivalisé de zèle. Ceux de l'est ont donne l'exemple du dévouement et la plus forte impulsion.

Indépendamment des bataillons d'élite, de nombreuses compagnies de canonniers ont été formées dans toutes les places, dans les villes fermées et nouvellement retranchées, et dans les principaux chefs-lieux. Toutes les écoles spéciales, tous les lycées ont organisé des compagnies dont les canonniers sont déjà instruits, et s'exercent sous le commandement d'officiers et de sous-officiers d'artillerie. Le nombre de ces canonniers volontaires, s'élève environ à vingt-cinq mille, en comptant les dix-huit compagnies de l'artillerie de Paris.

resterait encore une partie considérable de la population en état de porter les armes, qui, ne se trouvant point aux termes des lois, comprise dans la garde nationale, n'en montrait

pas moins la plus ferme volonté de concourir à la défense de la patrie, et de toute part demandait des armes et une organisation régulière. On a formé de ces volontaires fédérés, de forts beaux bataillons, et S. M. a organisé les cadres avec d'anciens officiers.

Une formation si prompte d'une armée d'élite aussi considérable offrirait déjà les résultats les plus satisfaisans, si le travail de l'habillement et de l'équipement eût pu marcher

« PreviousContinue »