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d'un pas égal avec celui de l'organisation ; mais l'activité de l'administration, le zèle des préfets, le concours de la bonne volonté des citoyens, n'ont pu vaincre sur ces points les difficultés qu'opposait presque par-tout le manque de ressources pécuniaires et de matières à confectionner.

En supposant la formation complète des 300,240 grenadiers et chasseurs, mobilisés par les décrets spéciaux des 10, 15 et 27 avril, 1er et 10 mai, la dépense totale pour

leur habillement et équipement complet, à raison de 135 fr. 39 centimes par homme (prix inférieur à celui fixé

par

les tarifs du ministre de la guerre), exigerait une dépense de 40,649,493 fr. 60 centimes.

Le gouvernement n'a pas douté que les grenadiers et chasseurs de la garde nationale ne dussent être aussi complétement habillés, équipés et armés, et dans une tenue aussi parfaite que ceux des troupes de ligne; mais outre que les draps, les étoffes et les matières nécessaires étaient devenus rares, en raison de l'immense consommation qu'en a faite le ministre de la guerre ; la pénurie de fonds réellement disponibles a forcé de restreindre cette fourniture aux objets les plus indispensables, tels que les capottes, les schakos, les effets de petite monture, et cette dépense, ainsi réduite pour chaque homme à 79 fr. 67 c., s'élève pour les 300,240 grenadiers et chasseurs, à la somme de 23,920,120 fr. 80 c. laissée à la charge des départemens.

La répartition proportionnelle entre les contribuables n'en pouvant être faite que par la loi, il a fallu y pourvoir par des moyens divers, comme les circonstances, comme les localités, et par-tout insuffisans.

Un décret du 24 avril a affecté aux dépenses de l'habillement et de l'équipement:

10. Le produit de la taxe de remplacement fixée à 120 fr. par homme se faisant remplacer;

2o. Le prélèvement d'un dixième sur les revenus communaux ;

30. Un prélèvement sur le produit du quart de réserve des bois communaux ;

40. Un fonds de secours de 6 millions à prendre dans la caisse d'amortissement, moitié sur les fonds de 50 pour 100 sur le produit de la vente des bois communaux, moitié sur les fonds provenant des communes aujourd'hui étrangères à la France.

Le produit de la taxe de remplacement, en l'évaluant de 10,000 à 15,000 fr. par département, où la garde nationale d'élite a été mise en activité, donnera à peine un million.

Les offrandes patriotiques sont venues accroître cette res,

source.

Un dixième des hommes mis en activité s'est habillé et équipé à ses frais.

On a considéré que les trois produits pourraient couvrir un tiers de la dépense des 23,920),120 fr. 80 c.

Il restait donc à faire face à une dépense présente de 15,916,747 fr. 20 c., et à rembourser les divers emprunts faits aux caisses communales, afin d'y réintégrer les fonds qui ont une application necessaire.

Mais les produits du prélèvement du dixième, sur les revenus communaux, et ceux du quart de réserve sur les bois, ont été bien au-dessous de leur évaluation, et comme on a pu disposer librement de cette ressource, à cause du mode de coniptabilité établi par la loi du 23 septembre 1814, pour les fonds spéciaux, elle a été presque nulle.

Le fonds de secours de 6,000,000, accordé par l'Empereur, sur lequel une somme de 18,000,000 a d'abord été ordonnancée et mise en distribution, a du moins servi à fonder le crédit des préfets.

Presque tous ont passé des marchés et hâté avec beaucoup de zèle le .versement et la distribution ou l'envoi à leurs bataillons d'élite, des divers objets d'habillement et d'équipement; mais il est de la dernière urgence de mettre à leur disposition, et dans les valeurs les plus disponibles, les fonds nécessaires pour acquitter à mesure des livraisons, les engagemens qu'ils ont pris. On peut dire qu'avec ces prompts secours, l'habillement et l'équipement des gardes nationales seraient complettement assurés et terminés sous un mois.

Quant à leur armement, le grand nombre de fusils de calibre qui ont été retrouvés et réparés, et les distributions d'armes neuves ordonnées par le ministre de la guerre, ne Jaissent, à cet égard, aucune inquiétude. Le retard que l'armement de quelques bataillons a pu éprouver jusqu'à ce moment, tient à de légers embarras de transport ou de distribution, selon les localités.

Marine. Jamais, jusqu'au Gouvernement impérial, la marine de France ne fut plus imposante qu'en 1791, où elle comptait quatre-vingt-deux vaisseaux de ligne et soixante-onze frégates de tous rangs.

Deux ans après, le port de Toulon fut livré aux Anglais, par une infâme trahison ; ils en furent chassés, et signalèrent leur fuite par la destruction et l'incendie. Après ces désastres, il ne resta plus à la France

cin

que quante-cinq vaisseaux et quarante frégates.

Des actions de mer, sanglantes, multipliées, souvent mal

heureuses, mais toujours honorables, n'ont cessé, depuis cette époque, de prouver notre constance dans la lutte pour la défense de la liberté des mers.

Nous étions parvenus à réparer une partie de nos pertes, et l'accroissement succesif de nos forces navales nous permettait d'entrevoir le terme de la tyrannie de l'Angleterre.

Au mois de mars 1814, nous avions cent deux vaisseaux de premier rang et cinquante-trois frégates, armés de 60,000 hommes marins, accroissement sans exemple, pendant la continuation et à travers toutes les difficultés d'une aussi longue guerre !

L'Angleterre nous opposait alors un développement de forces navales qui lui coutait annuellement 450,000,000.

Les Bourbons qui n'avaient pas balancé à remettre toutes nos places fortes à l'ennemi, hésitèrent encore moins à livrer nos flottes.

Trente-un vaisseaux et douze frégates ont disparu à cette époque, il ne nous reste aujourd'hui que soixante-onze vaisseaux et quarante-une frégates.

Nous avions de nombreux équipages fortement organisés : on les a désorganisés, dispersés ; nous les réunissons; cette classe précieuse de marins est propre à tout pour la défense de la patrie.

Le sol de la France fournit à sa marine presque tout ce qui lui est nécessaire.

Nos ports sont dans l'état où ils étaient en 1813; celui de Brest a été entretenu, assaini, agrandi, sous le gouvernement impérial.

A Toulon, le bassin dégradé, des chantiers avariés ont été restitués au service par des réparations du premier ordre, et l'on ne peut s'empêcher d'admirer les difficultés vaincues dans la création du port de Cherbourg où l'on voit une ère nouvelle pour nos opérations navales.

Nos constructions sont ce qu'elles ont toujours été : les plus parfaites de l'Europe.

Conservons donc nos avantages, occupons-nous de les accroître, et bientôt notre système maritime perfectionné, replacera la marine française au rang d'où notre situation géographique, nos ressources, la force de nos institutions, le courage et l'honneur français n'ont pu la laisser déchoir que pour une courte période.

Finances. La situation de l'Empire, sous le rapport des finances, sera, suivant l'usage, présentée dans tous ses détails, par les ministres de ce département; les comptes généraux des deux ministères des finances et du trésor, prouveront combien les

rapports faits l'année dernière aux deux Chambres avaient exagéré l'importance des dépenses arriérées antérieures au 1er avril 1814: quels devaient être les funestes résultats du système irréfléchi qui a été proposé pour le paiement de ces dépenses; enfin tout ce que l'imperfection des budjets de 1814 et de 1815 devait préparer, dès l'année prochaine, d'embarras au dernier gouvernement. On ne craint point de le dire : deux années d'une semblable administration auraient jeté les finances dans un désordre qu'il fût devenu extrêmement difficile de réparer. Heureusement nous sommes à tems encore pour porter remède au mal et en prévenir les conséquences. Le devoir du Gouvernement est de présenter avec franchise aux représentans de la nation les besoins que font naître les circonstances graves dans lesquelles la France se trouve engagée, et ce devoir sera fidèlement rem, pli. Soit que la guerre éclate malgré tout ce que l'Empereur

fait pour conserver la paix, soit que l'état défensif seulement, doive être plus ou moins prolongé, les dépenses extraordinaires et urgentes qui en sont la suite inévitable, exigeront que des moyens promptement disponibles assurent la partie du service courant qui repose sur des valeurs dont la réalisation entraînera des retards inévitables, telles que les produits des ventes de bois et de biens des communes; mais le trésor pourra être aidé conyenablement sans qu'il soit besoin d'imposer aux citoyens de nouveaux tributs.

Une simple avance, dont le remboursement serait garanti par la loi, suffirait pour donner au service l'aisance qui contribue si puissamment à l'économie par la confiance qu'inspire la fidélité dans l'exécution des engagemens contractés.

Ces idées recevront, dans le compte général de l'administration des finances, pendant les années 1813 et 1814, les développemens dont elles sont susceptibles.

Affaires étrangères. La situation de la France à l'égard des puissances étrangères porte un caractère absolument nouveau dans notre histoire. Les puissances coalisées ayant ramené les Bourbons, le mauvais génie de cette maison ne leur a pas permis de se faire aimer; ils se sont vus contraints de quitter leur patrie une seconde fois, sans que personne ait songé à les défendre, sans qu'on ait répondu aux appels qu'ils ont fait à toutes les classes de citoyens.

Cette révolution domestique ne devait rien changer à nos relations extérieures, parce qu'un peuple est toujours le maître de se choisir un chef, pourvu qu'il continue à remplir les engagemens contractés avec les puissances étrangères. Or, l'Empereur a déclaré, lors de son second avénement,

qu'il voulait s'en tenir aux limites fixées par le traité de Paris, et un assentiment universel a sanctionné cette sage résolution; il n'existait donc pas le plus léger prétexte aux puissances étrangères pour nous déclarer la guerre. Cependant la même coalition, déchue des espérances qu'elle avait fondées sur la faiblesse du gouvernement des Bourbons, et croyant trouver la France divisée en factions, a conçu le projet de la démembrer. C'était le moyen de nationaliser la guerre: aussi les menaces de cette coalition ont été le signal de cet enthousiasme, qui fait accourir les jeunes citoyens de toutes les parties de l'Empire pour se ranger sous les drapeaux de l'indépendance nationale, qui sera toujours notre cri de ralliement.

L'Empereur n'a oublié aucun des moyens de négociation, compatibles avec la dignité du chef de l'Etat, pour prévenir une nouvelle effusion du sang humain ; mais toutes ses démarches ont été inutiles, il a bien fallu se préparer enfin à repousser une injuste agression : le Gouvernement se seraît rendu coupable s'il en eût négligé les moyens, et, sans doute, Messieurs, vous applaudirez aux efforts extraordinaires qu'il a dû faire pour compléter les armées, approvisionner les places, et nous assurer une campagne glorieuse.

L'Empereur pouvait, suivant sa coutume, prévenir les ennemis ; mais il n'a pas voulu qu'il pût rester le moindre doute sur les sentimens pacifiques dont il était animé, et sur la question de savoir quels sont les véritables agresseurs. Les ennemis ayant donc non-seulement publié des actes qui contiennent formellement déclaration de guerre,

mais commis grand nombre d'hostilités, tant sur terre que sur mer, ce serait visiblement compromettre le salut de l'Etat, que de différer encore et d'attendre qu'ils fussent réunis.

Police générale. Au milieu des touchantes acclamations qui l'accueillirent à son retour, S. M. s'était flattée qu'un tel peuple pouvait, pour ainsi dire, être livré à lui même, et qu'il n'avait en quelque sorte, besoin d'aucune police; elle s'empressa de proclamer la liberté de la presse ; mais S. M. n'avait pas pensé qu'au sein de cette masse du peuple toujours excellente, il se trouvait une multitude d'ennemis cachés, qui, d'abord stupéfaits et silencieux, n'en méditaient

pas

moins le désordre dans l'intérieur et la guerre au dehors. Les agens de Louis XVIII. et des puissances étrangères s'appliquèrent aussitôt à convertir en poison le bienfait des idées libérales qui venaient d'être proclamées. Les diatribes les plus odieuses contre l'Empereur lui-même furent répandues avec profusion. Les journaux dévinrent le réceptacle des actes

encore

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