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malgré le peu de succès des premières. Toute relation étant suspendue avec l'Allemagne, et nos courriers se trouvant arrêtés aux frontières, Votre Majesté, plus occupée du véritable intérêt des peuples, qu'attentive aux procédés inusités des princes, m'a permis d'essayer d'autres voies pour ouvrir des rapports avec les ministres des affaires étrangères de plusieurs souverains. Une nouvelle lettre que j'ai adressée le 16 avril au prince de Metternich a été arrêtée à Lintz, envoyée à Vienne, et communiquée par le cabinet autrichien aux ministres des autres puissances. Je joins ici cette lettre (Pièce No. 8), dans laquelle, fidèle interprète des sentimens de V. M., j'exprimais avec un entier abandon tous les veux de son ame pour le maintien de la paix et pour le retour de S. M. l'impératrice et du prince impérial. C'est sur cette nouvelle tentative de ma part que roule la dépêche adressée par lord Clancarty à son gouvernement. Dans cette dépêche, comme dans tout ce qui est sorti récemment des cabinets alliés, on ne retrouve encore, à travers de longues circonlocutions, que ces vaines allégations déjà tant de fois répétées, et qui ont pour unique but d'établir que les droits et l'indépendance des peuples sont compromis par le fait seul du retour de y. M. Quels sont donc les monarques irréprochables qui montrent aujourd'hui tant de sollicitude pour les droits et l'indépendance des peuples, lorsque ces droits sacrés n'ont à redouter aucune atteinte ?

Ne sont-ce pas les mêmes princes qui, après avoir appelé toutes les nations aux armes, sous le prétexte de les délivrer du joug de la France, les ont accablées du poids d'une domination plus odieuse que celle qu'ils avaient prétendu détruire ?

Ne sont-ce pas les mêmes princes qui, au 31 mars, lorsqu'il existait encore une armée nationale, tendirent un piége à la nation française, par la promesse de respecter en elle le droit de se donner une constitution, pour lui imposer un gouvernement sous lequel, au lieu de cette constitution, elle n'eut que la charte qu'il plut à ce gouvernement de lui octroyer?

Ne sont-ce pas les mêmes princes qui, trompant l'espoir qu'ils avaient donné aux Génois du recouvrement d'une existence nationale, ont fait de cette ancienne république une province du roi de Sardaigne ?

Ne sont-ce pas les mêmes princes qui, secondés dans leurs efforts contre la France par les Etats germaniques, ont tenté, pour les recompenser de leurs sacrifices, de les dépouiller de tous les droits de souveraineté que leur assure la bulle d’Or, que leur garantit la paix de Westphalie, et qu'ils ont conservés même dans cette Confédération du Rhin, que l'on a representée comme si oppressive pour eux?

Ne sont-ce pas enfin ces princes qui, après avoir à Leipsick tiré tant d'avantages de la défection des troupes saxonnes, ont voulu, pour mettre le comble à la déloyauté de leur politique, effacer la Saxe du nombre des nations, et faire descendre du trône le plus vertueux des monarques ? Les ministres des affaires étrangères d'Angleterre et d’Autriche n'ont-ils pas, par des notes du 10 et du 22 octobre, signé la spoliation totale du Nestor des souverains ? Et si l'indignation publique a cette fois limité l'injustice, ne lui ont-ils pas cependant enlevé près de la moitié de ses Etats?

La note du prince de Metternich, du 9 mai, ne renferme que l'adhésion particulière du cabinet autrichien à l'interprétatien donnée au traité du 25 mars, par l'article explicatif de l'Angleterre.

Quant à la déclaration du 12 du même mois, comme elle est l'ouvrage commun des puissances alliées, il semblerait qu'elle dût ajouter quelque poids à leur première déclaration. La raison s'étonne d'y chercher en vain des motifs qui soient de nature à servir de base à ses conclusions. Tout se réduit à dire que le titre de V. M. à régner sur la France n'est pas légal, parce qu'il ne plaît pas aux puissances de le reconnaître pour tel: en annonçant que l'on respecte la volonté de la France, on se réserve le droit de protester contre l'usage qu'elle en peut faire. Certes, ce droit de protester contre les actes d'une nation serait légitime le jour où l'usage qu'elle ferait de sa liberté attaquerait les droits des autres peuples ; mais lorsqu'immobile dans le cercle qu'on a tracé autour d'elle la nation française ne s'occupe que de ses lois et de ses intérêts domestiques, à quel titre les puissances se croient-elles autorisées à la frapper de l'anathême d'une protestation meurtrière, pour l'application de laquelle un million d'hommes doit être mis en mouvement?

Pour appuyer les efforts des puissances continentales, la trésorerie de Londres se dispose à salarier les combattans; jamais à aucune époque le gouvernement anglais ne se soumit à des engagemens aussi onéreux. Indépendamment des sommes exorbitantes qu'il se charge de payer aux puissances, indépendamment de l'obligation qu'il contracte de tenir sur pied 50,000 hommes effectifs de troupes anglaises, il fournit les fonds nécessaires pour l'entretien séparé de 100,000 hommes de troupes russes et allemandes; ensorte que son contingent doit être considéré comme s'élevant à 150,000 hommes. Seulement dans la manière de le fournir, on retrouve cet usage réprouvé depuis long-tems par l'opinion publique, si déshonorant pour les cabinets, mais trop souvent renouvelé par eux, de vendre à l'Angleterre le sang des peuples, et de mettre dans une horrible balance les hommes du continent et les guinées de l'Angleterre.

La

communication des divers traités de subsides a été fait aut chambres le 22 mai; elle avait été précédée d'un message du prince-régent en date du 21, que je joins ici. (Pièce,

No. 9.)

V. M. remarquera que ce message est conçu dans le même esprit, et presque dans les mêmes termes que celui du 5 avril dernier. On y répète encore que ce sont les événemens qui ont eu lieu récemment en France, en contratention aux traités conclus à Paris, qui motivent des préparatifs d'agression, comme si les traités qui tracent des démarcations de territoire pouvaient prescrire d'autre devoir aux nations que celui de rester dans les limites qui leur sont assignées; comme si les traités conclus à Paris en 1814 avaient pu imposer au peuple français l'obligation de conserver à jamais la forme de gouvernement qu'il avait à cette époque. Si par le traité du 30 mai, la France avait subi de pareilles conditions, la France alors eût été asservie, et les suites de cet asservissement, qui aurait porté sur son administration intérieure, n'auraient eu rien d'obligatoire pour elle; mais lorsque même il n'existe aucune stipulation de cette espèce, comment la France, usant d'une faculté qui est sans rapport de dépendance et d'analogie avec le droit public, a-t-elle pu enfreindre un traité qui, par sa nature et son objet, est renfermé dans les limites de ce droit? La Pologne a offert un exemple éclatant des suites d'une intervention étrangère dans les affaires intérieures d'une nation, et l'on en connait trop le déplorable dénouement.

Les feintes inquiétudes des alliés sur les suites du retour de V. M., leur zèle apparent pour la défense de nations dont ils sont les seuls oppresseurs, ne sauraient tromper la véritable opinion publique. Il est trop évidemment démontré que leur union contre nous à un tout autre principe ; qu'elle a un principe, non de résistance, mais d'invasion, et que l'affectation à prevoir des dangers qui n'existent pas n'est qu'un voile pour couvrir des projets réels d'envahissement.

Il existe, on n'en peut douter, des vues secrètes, des vues hostiles contre l'intégrité de notre territoire, vues habilement déguisées sans doute, mais qui n'ont pu cependañit échapper à une juste prévoyance. On sait maintenant, et la correspondance des plénipotentiaires du gouvernement royal au congrès en renferme la preuve, on sait que les cabinets des puissances alliées, au milieu de leurs démêlés pour la démarcation de leurs territoires respectifs, se sont reproché d'avoir signé la paix de Paris. Il semblait qu'ils regretassent de n'avoir pas pris dans l'Alsace et la Lorraine les bases du réglement de leurs limites en Gallicie. Ce regret des cabinets se transformait pour eux en espoir, et c'est cet espoir

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qui les a portés à suspendre tout arrangement définitif. La désorganisation intérieure de la France, la dissolution de son armée, son état de dépérissement qu'aggravaient chaque jour les mesures destructives du ministère royal, présentaient le territoire français comme une proie qui devait, dans un tems plus ou moins prochain, fournir à toutes les prétentions de riches moyens d'accommodement. Le retour de Votre Majesté vient tromper ce calcul. Le projet est déjoué pour jamais, s'il n'est consommé à l'instant même. C'est la le vrai motif qui porte à en précipiter l'exécution. Il serait dérisoire de vouloir persuader que les alliés n'ont d'autre intention que de combattre un principe, un système, un homme, lorsque cet homme, ce principe, ce système sont circonscrits dans un espace limité, au-delà duquel ils ne songent point à s'étendre; on ne fait point marcher d'innombrables armées contre un péril idéal, contre une chance à venir, mais pour porter des coups actuels, pour créer des chances prochaines dans lesquelles une ambition illimitée puisse trouver à se satisfaire.

L'une des publications les plus extraordinaires que les circonstances ont fait naître est la proclamation du roi de Prusse (Pièce No. 10.) Cette pièce à blessé les cours français par le côté le plus sensible. On croirait entendre encore les outrageantes menaces du duc de Brunswick. Vingt années de triomphes n'avaient pas produit en France le degré d'ivresse auquel une année de succès à porté l'orgueil de quelques gouvernemens. Pourquoi rappeler que les drapeaux prussiens, mêlés aux étendards de l'Europe entière, ont flotté à Paris, quand V. M. ne veut plus se souvenir qu'une injuste aggression l'a forcé de planter les drapcayx français à Berlin? La question est bien établie entre les étrangers et nous: c'est pour marcher au caur de l'Empire français que le roi de Prusse appelle ses peuples aux armes, tandis que V. M. borne tous ses veux et attache toute sa gloire à la défense de nos frontières.

Un manifeste de la cour de Madrid, en date du 2 du mois de mai (Pièce No. 11), présente aussi un trait remarquable. L'état présent des choses n'offrant point à cette cour de juste sujet de plainte, elle va chercher des griefs contre nous jusques dans les premières années de notre révolution. La véritable politique des deux pays ne pouvant que chercher à unir de nouveau leurs intérêts, la France ne doit voir qu'avec peine cette puissance se ranger du côté de nos ennemis.

L'animosité de plusieurs puissances, la rivalité des mesures violentes qu'elles s'empressent d'adopter ne sont pas cependant sans exception.

VOL. II.-App.

M

Au premier rang de ses amis la France peut compter une nation appellée à un grand rôle dans la politique générale, sur-tout dans la politique maritime, les Américains, qui, après une honorable guerre, sont sortis de la lutte par une honorable paix. Le peu de rapports qu'ils ont eu avec le gouvernement royal pendant sa courte existence a suffi pour les convaincre qu'ils n'avaient rien à en attendre; dans leurs discussions avec l'Angleterre, ils l'ont vu favoriser, à leur détriment, les prétentions britanniques. L'intérêt des Américains est simple, c'est qu'il y ait en France un gouvernement fort. Par ce fait seul, leur position actuelle envers la France se trouve décidée d'elle-même.

Un prince qui avait eu précédemment des torts envers la France, mais

que

l'intérêt de sa sûreté devait ramener à de meilleurs sentimens, le roi de Naples aurait pu offrir en Italie un point d'appui utile à la cause des nations. Ce prince dont la perte avait été résolue au Congrès, a cru pouvoir la prévenir en allant au-devant du danger. Votre Majesté, à peine arrivée à Paris, lorsque le roi de Naples engageait avec l'Autriche un combat qu'il n'était pas en état de soute. nir, n'a pu apprendre qu'avec chagrin la nouvelle d'un éclat imprudent dont l'issue ne devait guères être douteuse ; et elle a dû regreter sur-tout de voir sacrificer ainsi la liberté des peuples d'Italie qui, dans les jours de son adversité, lui ont témoigné un intérêt dont elle aime à se souvenir.

Une déclaration que les alliés ont publiée le 20 mars (Pièce No. 12,) et par laquelle ils modifient l'existence antérieure de la Suisse, porte qu'ils reconnaissent sa neutralité. Cependant, presque dans le même moment, ils cherchent à la faire entrer dans le systême des opérations aggressives (Pièce No. 13.). Pour résister à de telles propositions, la Suisse n'a besoin que de consulter ses propres intérêts. Ce n'est qu'à son détriment qu'elle peut s'écarter d'un système dont le maintien est nécessaire à son indépendance et à sa prospérité. Les dispositions de la majorité des habitans ne sont pas douteuses ; celles même de la diète ne devaient pas l'être (Pièce No. 14.) Votre Majest les sentimens pour la confédération helvétique n'ont jamais varié, n'a pas balancé à lui en faire donner de nouvelles assurances (Pièce No. 15.); mais la confédération se composant de petites républiques dont les intérêts et les vues ne peuvent pas être d'accord, comme il est à craindre

que la convention conclu le 20 mai (Pièce No. 16.) entre la diète et les ministres des puissances ne soit adoptée par les cantons et qu'une influence ennemie ne parvienne, même contre le gré de la diète, à rendre inutiles tous les moyens de défense, Votre

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