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En effet, je dois l'avouer, la liberté personnelle n'a pas été jusqu'ici suffisamment mise hors des atteintes que des autorités des différeds ordres se croient en droit d'y porter. 11 en résulte une inquiétude générale, un mécontentement secret, un établissement réel et progressif du pouvoir; car le pouvoir ne commande pas toujours l'obéissance: l'obéissance est au contraire la mesure et la limite du pouvoir; elle résulte chez les peuples civilisés de l'assentiment des citoyens.

Il est urgent, Sire, que les chambres veuillent s'occuper des lois que les circonstances exigent, et sur lesquelles je viens de fixer votre attention.

Toute fois, en attendant que la puissance législative ait prononcé, je n'ai que deux règles à suivre; je me conformerai aux lois, et si je trouve une circonstance où un devoir impérieux m'oblige à m'en écarter, je recourrai à un remède dont les lois anglaises nous donnent l'exemple, et que les chambres ajouteront sans doute à notre législation, comme un moyen sans lequel il serait impossible de gouverner. Je serai prêt à déclarer par quel motif j'aurai excédé les bornes de mon pouvoir dans les actes de mon ministère envers les citoyens, et la nation entière jugera si je n'ai pas du m'exposer à toutes les chances de la responsabilité ministérielle, plutôt que de compromettre le salut de l'Etat,

(Signé,) le duc D'OTRANTE.

No. XXI.

Address of the Emperor Napoleon to the Army, on taking the

Field.

Aresues, le 14 juin, 1815. Soldats, C'est aujourd'hui l'anniversaire de Marengo et de Friedland, qui décida deux fois du destin de l'Europe. Alors, comme après Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes trop généreux! Nous crûmes aux protestations et aux sermens des princes que nous laissâmes sur le trône ! Aujourd'hui cependant, coalisés entre eux, ils en veulent à l'indépendance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont commencé la plus injuste des aggressions. Marchons donc à leur rencontre. Eux et nous ne sommes-nous plus les mêmes hommes?

Soldats, à Jéna, contre ces mêmes Prussiens, aujourd'hui si arrogans, vous étiez un contre trois, et à Montmirail, un contre six !

Que ceux d'entre vous qui ont été prisonniers des Anglais, vous fassent le récit de leurs pontons, et des maux affreux qu'ils ont soufferts !

Les Saxons, les Belges, les Hanovriens, les soldats de la confédération du Rhin, gémissent d'être obligés de prêter leurs bras à la cause de princes ennemis de la justice et des droits de tous les peuples; ils savent que cette coalition est insatiable! Après avoir dévoré douze millions de Polonais, douze millions d'Italiens, un million de Saxons, six millions de Belges, elle devra dévorer les Etats du deuxième ordre de l'Allemagne.

Les insensés! un moment de prospérité les aveugle. L'oppression et l'humiliation du peuple français sont hors de leur pouvoir! S'ils entrent en France, ils y trouveront leur tombeau.

Soldats! nous avons des marches forcées à faire, des batailles à livrer, des périls à courir ; mais avec de la constance, la victoire sera à nous; les droits, l'honneur et le bonheur de la patrie seront reconquis!

Pour tout Français qui a du cæur, le moment est arrivé de vaincre ou de périr.

(Signe) NAPOLEON.

Pour ampliation,
Le maréchal de l'Empire, major-général,

duc DE DALMATIE.

No. XXII.

Bulletin of the Battle of Fleurus.

Fleurus, le 17 juin à quatre heures du matin. La bataille d'hier s'est prolongée jusqu'à dix heures du soir. On est encore à la poursuite de l'ennemi qui a éprouvé un mal affreux. Nous avons jusqu'ici 8000 prisonniers, 20 pièces de canon, et plusieurs drapeaux, beaucoup d'officiers de marque, entr’autres le comte Lutzow. On croit à la pointe du jour ramasser bien du monde dans les villages de Saint-Amand et autres, qui ont été emportés par le mouvement que l'Empereur a fait faire à sa garde. Les grenadiers

et chasseurs de la vieille garde ont massacré des masses en. tières, et n'ont perdu que peu de monde.

Il parait que c'est un charge à la baïonnette de la garde impériale à pied, qui a décidé la bataille.

L'ennemi devait être extrêmement nombreux.
Je n'ai jamais vu pareil enthousiasme dans nos soldats.

Les colonnes qui marchaient au combat, les blessés qui revenaient du pansement, ne cessaient de crier vive l'Empereur!

Copie d'une lettre du major-général au ministre de la guerre.

Fleurus, le 17 juin 1815. Monsieur le maréchal, J'ai annoncé hier, du champ de bataille de Ligny, a S. A. I. le prince Joseph, la victoire signalée que l'Empereur venait de remporter. Je suis rentré avec S. M. à onze heures du soir ; et il a fallu passer la nuit à soigner les blessés. L'Empereur remonte à cheval pour suivre les succès de la bataille de Ligny. On s'est battu avec acharnement et le plus grand enthousiasme de la part des troupes. Nous étions un contre trois.

A huit heures du soir l'Empereur a marché avec sa garde: six bataillons de vieille garde, les dragons et grenadiers à cheval, et les cuirassiers du général Delort ont débouché par Ligny et ont exécuté une charge qui a partagé la ligne ennemie. Wellington et Blücher ont eu peine à se sauver : cela a été comme un effet de théâtre. Dans un instant le feu a cessé, et l'ennemi s'est mis en déroute dans toutes les directions. Nous avons déjà plusieurs milliers de prisonniers et 40 pièces de canon. Le 6e et le 1er corps n'ont pas donné. L'aile gauche s'est battue contre l'armée anglaise, et lui a enlevé de canon, et des drapeaux.

La nuit prochaine, je vous donnerai d'autres détails, car à chaque instant on nous annonce des prisonniers. Notre perte ne paraît pas énorme, puisque sans la connaître, je ne l'évalue pas à plus de 3000 hommes.

Le maréchal major-général, (Signe)

duc de DalMATIE, Pour copie, Le maréchal ministre de la guerre,

prince d’ECKMUHL.

No. XXIII.

Account of the same Battle in the Moniteur of the 20th of June.

Les armées françaises viennent encore de s'immortaliser dans la plaine de Fleurus.

Nous sommes entrés en Belgique le 15. L'ennemi a été culbuté dans une première affaire sur tous les points où il a voulu nous opposer

de la résistance. Devant Charleroi, plusieurs de ses carrés ont été enfoncés, et pris par quelques escadrons seulement: 1700 prisonniers ont pu être sauvés sur 5 à 6000 hommes qui composaient ces carrés.

Hier 16, nous avons rencontré toute l'armée ennemie en position près de Fleurus, sa droite, composée des Anglais sous les ordres de Wellington, était en avant de Mellet, son centre à Saint-Amand, et sa gauche à Sombref : position formidable et couverte par la petite rivière de la Ligne.

L'ennemi occupait aussi le petit village de Ligny, en avant de cette rivière. Notre armée déboucha dans la plaine; sa gauche, sous les ordres du maréchal Ney, par Gosselies ; le centre, où était l'Empereur, par Fleurus; et sa droite, dirigée par le général Gérard, sur Sombref.

L'affaire s'engagea à deux heures sur la gauche et le centre. On s'est battu avec un acharnement inconcevable de part et d'autre. Les villages de Saint-Amand et de Ligny furent pris et repris plus de quatre fois. Nos soldats se sont tous couverts de gloire. A huit heures, l'Empereur, avec toute sa garde, a fait attaquer et enlever Ligny. Nos braves se sont portées au pas de charge sur la principale position de l'ennemi. Son armée a été forcée au centre, et obligée de se retirer dans la plus grand désordre. Blücher, avec les Prussiens, sur Namur, et Wellington sur Bruxelles.

Plusieurs pièces de canon ont été enlevées par la garde, qui a tout culbuté devant elle. La feu n'a cessé qu'à dix heures du soir. Tout marché aux cris mille fois répétés de vive l'Empereur ! Ce sont aussi les dernières paroles que prononçaient les braves qui succombaient. Jamais on n'a vu un semblable enthousiasme.

Une division anglaise, de 4 à 5000 Ecossais a été taillée en pièces; on n'en a pas vu de prisonniers. Le noble lord doit être confondu.

Il y a, sur le champ de bataille, huit ennemis pour un Français.

On dit que leur perte est de 50,000 hommes. La canonnade ressemblait à celle de la Moskowa.

Ce matin 17, la cavalerie du général Pajol s'est mise à la poursuite des Prussiens sur la route de Namur. Il est déjà à deux lieues et demie. On les ramasse par bandes. Ils ne savent où sont leurs chefs.

La déroute est complette de ce côté, et j'espère qu'on n'entendra pas parler de sitôt des Prussiens, si toutefois ils peuvent se railler.

Quant aux Anglais, on verra aujourd'hui ce qu'ils deviendront. L'Empereur est là.

No. XXIV. Bulletin of the Loss of the Great Battle, given in the Second

Edition of the Moniteur of the 21st of June.

, Bataille de Ligny-sous-Fleurus. Le 16 au matin l'armée occupait les positions suivantes :

L'aile gauche, commandée par le maréchal duc d'Elchina gen, et composée du 1er et du 2e corps d'infanterie et du 2e de cavalerie, occupait les positions de Frasne.

L'aile droite, commandée par le maréchal Grouchy,. et composée des 3e et 4° corps d'infanterie et du ze corps de cavalerie, occupait les hauteurs derrière Fleurus.

Le quartier-général de l'Empereur était à Charleroi, où se trouvaient la garde impériale et le 6* corps.

L'aile gauche eut l'ordre de marcher sur les Quatre-Bras, et la droite sur Sombre. L'Empereur se porta à Fleurus avec sa réserve.

Les colonnes du maréchal Grouchy étant en marche, appercurent après avoir dépassé Fleurus, l'armée ennemie, commandée par le feld-maréchal Blücher, occupant les plateaux du moulin de Bussy, par la gauche, le village de Sombre, et prolongeant sa cavalerie fort avant sur la route de Namur: sa droite était à Saint-Amand, et occupait ce gros village avec de grandes forces, ayant devant elle un ravin qui formait sa position.

L'Empereur fut reconnaître la force et les positions de l'ennemi, et résolut d'attaquer sur-le-champ. Il fallut faire un changement de front, la droite en avant et en pivotant sur Fleurus.

VOL. 11. App.

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