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telle est leur nature, que de leur masse sortira la preuve

du crime dont le maréchal est 'accusé. Je vais même avoir sur lui ce bien triste avantage, que je puis ne m'arrêter qu'à ceux dont il est convenu lui-même; les commissaires du Roiabandonoeront tout ce qu'il n'a point avoué : c'est sur ce qui a été avoué par le maréchal, que vous jugerez et l'accusation et l'accusé. » Il est tombé d'accord

que,

le
7 mars,

il du ministre de la guerre l'ordre de se rendre dans son gouvernement. Il arrive à Paris ; il y séjourne vingt-quatre heures ; il faii une visite au Roi; je ne veux point vous en rappeler les circonstances; elles jettent un odieux sur le maréchal, queje voudrais pouvoir lui épargner. Il part pour son gouvernement : il arrive à Besançon ; il y trouve des ordres dont je dois vous donner lecture.

(On dit l'ordre du jour du 13 mars).

» Je serai sobre de réflexions dans le court résumé que je vais vous sonmellre ; je ferai cependant celles-ci : Que le maréchal a eu une bien fausse idée de ses devoirs, quand il a cru, et qu'il nous a ici répété qu'il n'avait rien à faire à Besançon; qu'il y allait pour s'y croiser les bras. C'était pour agir qu'il était envoyé dans ce gouvernement, et pour agir d'un e manière bien active, puisqu'il lui était ordonné de marcher à l'ennemi, de lui nuire par tous les moyens possibles, ou de le détruire.

» Le maréchal se rend à Lons-le-Saulnier. Jusqu'à la nuit du 13 au 14, il nous a affirmé ici qu'il était resté fidèle au Roi. Les commissaires du Roi veulent lui faire encore celle généreuse concession; et il doit en sentir tout le prix. Nous trouverions dans sa conduite antéricure assez de louche pour conserver quelque doute à ce sujet, surtout si nous nous reportions à ces depositions si concordantes , quiont présenté le maréchal comme porlant à Lonsle-Saulnier les décorations à l'aigle qu'il aurait substituées à celles du Roi: mais je me hâte d'arriver à l'époque funeste de la nuit du 13. Je rentre daus les entrailles mêmes de l'accusation.

Que s'est-il passé dans cette nuit fatale? Le maréchal, qui avait à peine eu le temps de faire la route de Besançon à Lons-le-Saulnier, le maréchal, au premier acle d'exercice de son pouvoir, reçoit, non pas un émissaire, mais plusieurs émissaires de Bonaparte.

» Demandons-nous ce qu'il devient à celle époque,

lui qu'on cousidérait comme le plus ferme appui du trône ? On l'envoie pour combattre les ennemis du Roi et de la patrie, et il écoute leurs propositions! A celte époque le crime était déjà commencé. En une seule nuit, le maréchal était

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que

perverti

. Il devient traître à son Roi et perfide à sa patrie!

» Eh! quel palliatif propose-t-il puur excuser une semblable conduite ? Il n'était pas entièrement décidé. Il délibère : il fait appeler deux généraux pour

demander leur avis; il se plaint qu'ils ne lui aient point donné des conseils conformes à son devoir, comme si son devoir n'était point de punir ceux même qui lui auraient donné ces perfides conseils. Il dit les généraux Lecourbe et Bourmont lui ont donné l'avis de se réunir à Bonaparte , 'et ces généraux ont déposé le contraire.

» Vous vous rappelez le ton solennel avec lequel, levant les regards vers les cieux, il a invoqué le témoignage du général Lecourbe. La lecture vous a été donnée de sa déposition écrite, et elle a confirmé dans vos esprits celle du général Bourmont. Mais il est une preuve

bien satisfaisante

que

les généraux Bourmont et Lecourbe ont dit la vérité; ce témoin irrécusable résulte de la conduite si différente du général Bourmont et de celle tenue par le maréchal Ney.

» Si ce faux ami avait donné au maréchal l'affreux conseil de trahir sop Roi , s'il l'avait engagé à marcher dans la route de la perfidie , pourquoi se seraient-ils séparés ? pourquoi , cinq jours après , le maréchal aurait-il signé cet ordre d'arrêter le général Bourmont ?

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» Ici toute la controverse reste à l'avantage da général Bourmont. Il n'aurait point quitté le maréchal Ney, s'il avait approuvé sa conduite, s'il l'avait un seul instant partagée.

» Et qu'importe qu'on vienne nous dire ensuite que l'ordre d'arrestation n'a pas été exécuté,

que M. de Bourmont n'a point été arrêté? J'aime à croire que M. le maréchal, même après sa désertion criminelle, n'était point animé d'une fureur aveugle envers les individus; il a voulu , disons-le, passer du côté de la fortune ; il n'avaių point de vengeance personnelle à exercer.

» Après ces conférences impies , de quelque manière qu'on cherche à les expliquer, que se passe-t-il le lendemain 14?

» Ici nous n'avons pas besoin de témoins , la notoriété publique nous en instruit assez. 'Le 14 au matin, un général d'armée, un maréchal de France, couvert des bontés de son Roi, possédant toute sa confiance, le maréchal Ney, envoyé pour détruire l'ennemi ou pour lui nuire, rassemble ses troupes, paraît sur le terrain. Qu'y va-t-il faire ? inviter ses soldats à la désertion, conduire son armée toute entière dans les rangs de l'usurpateur.

» Voilà ce que sur la place de Lons-leSaulnier, en plein jour, en présence d'une population toute entière, le maréchal Ney n'a pas craint d'exécuter.

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» L'histoire conservera long-temps le souvenir d'une si odieuse perfidie : et quelle explication estil possible d'y donner ? Que nous propose-t-on de croire pour sauver du naufrage de l'honneur quelques-uns de ses débris ? On essaie de soutenir que déjà tout le mal était fini; que cette proclamation n'a séduit personne. On a parlé d'une espèce de torrent qui entraînait lout; mais toutes les dépositions n'ont-elles pas démontre toute l'inexactitude de ce fait? et, quand le mal eût été si grand, n'eûli] pas été possible de s'y soustraire ?

» Dans les débals, nous en avons trouvé une preuve touchante; et, sans parler des dépositions des plus fidèles sujets du Roi , rappelez-vous celle de ce jeune aide-de-camp de M. le maréchal, qui , tout couvert de ses bienfaits , lui devant la plus grande reconnaissance , montrant pour lui une piété en quelque sorte filiale , n'a pas pu s'empêcher, dans sa déposition d'une circonspection si touchante , de laisser voir combien il avait désapprouvé la conduite de celui qu'il regardait comme son père.

» Il s'est rendu de Tours auprès du måréchal. Il a dîné avec lui; il lui a demandé son congé, et il est revenu dans sa famille,

» Tout le monde n'a donc pas été entraîné; il était donc possible de résister encore. Le maréchal

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