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rait par interdire la parole aux hommes qu'il aurait soumis à son régime, et qui les forcerait ensuite à prendre des remèdes ordonnés au hasard, sur le rapport d'un tiers intéressé la plupart du temps à le tromper. Il est bien certain qu'un prince n'a point d'intérêt à cé qu'on lui cache la vérité pour lui faire faire de mauvaises lois : or, comme il est obligé de s'en rapporter à ses ministres, qui ont beaucoup plus d'intérêt à le tromper que l'assemblée législative, et qui connaissent beaucoup moins qu'elle les besoins de la nation, ce n'est qu'à elle qu'il peut appartenir de proposer des lois. Mais, dit-on, le Roi se trouve en quelque sorte placé sur une éminence d'où il peut apercevoir, d'un coupd'œil, tous les besoins du peuple. Voilà comment, à l'aide de quelques ridicules métaphores, on fait les mauvaises lois. Le Roi, sur son trône, ne voit pas plus loin qu'un député sur la tribune; celui-ci a même un avantage, il ne craint pas que les flatteurs lui masquent la vérité. Le Roi est placé sur une éminence! Oui ; mais malheureusement il ne

voit de son royaume que les points que les ministres jugent à propos d'éclairer (1).

Quant aux séances des assemblées législatives, il est évident que si elles n'ont point de publicité, il sera impossible de savoir si les propositions qui seront faites sont conformes ou contraires à l'opinion publique : et si c'est l'uniformité qui constitue la représentation, il s'ensuit que, partout où l'on met le peuple dans l'impossibilité de manifester son opinion, la représentation est anéantie. Après tout ce qui a été dit sur la liberté de la presse, il est inutile d'en parler encore; on peut observer seulement là où la presse n'est pas libre, il ne peut exister ni opinion publique ni volonté générale; chacun isole son intérêt de l'intérêt de tous, et ne juge des effets d'une loi que par le bien ou le mal qui doit en résulter immédiatement pour lui. Or, conçoit-on qu'une assemblée puisse être

que

(1) Il n'est pas ici question des dangers que courent la liberté publique et le roi lui-même, lorsqu'il veut exercer l'initiative. Voyez, à cet égard, le tome premier du Censèur, page 133.

l'organe de la volonté générale, dans un pays où l'on ne compte que des intérêts particuliers?

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Il resterait maintenant à examiner comment l'existence d'un corps dont les membres sont héréditaires, peut faire partie de la représentation nationale: mais cet examen nous conduirait trop loin; ainsi je dois le renvoyer à un autre volume. Je me bornerai à faire ici quelques réflexions sur les effets d'un Gouvernement représentatif.

Le premier et le plus remarquable est de rendre impossible toute révolution, toute insurrection nouvelles. Les peuples ne se révoltent ou ne renversent leurs gouvernemens, que lorsqu'ils ont long-temps gémi sous l'oppression, ou lorsqu'on veut les faire obéir à des lois qui sont contraires à leurs opinions; or, sous un Gouvernement représentatif, les lois oppressives deviennent impossibles, puisque ceux qui les font doivent y être soumis, du moment qu'elles sont faites. Il ne peut pas arriver non plus qu'elles soient contraires à l'opinion générale, puisque les membres de l'autorité législative étant tirés du

corps des citoyens, et devant y rentrer après leur mission, ne peuvent avoir d'autres opinions que celles qui sont généralement reçues.

La représentation nationale a encore pour effet de mettre les citoyens à l'abri de l'arbitraire; de leur donner la plus forte garantie qu'ils puissent avoir de la sûreté de leurs personnes, de leurs biens et du libre exercice de leurs facultés ; d'assurer ainsi la prospérité de chacun, et par conséquent la force et la prospérité de tous; de rendre les abus de la plus courte durée possible, en donnant aux citoyens la faculté d'en demander la suppression aux chambres législatives, et en soumettant les ministres à la censure et aux jugemens des chambres législatives; enfin de rendre les citoyens plus attachés à leur pays et à leur Gouvernement, en leur faisant sentir qu'ils ont une patrie.

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AUTEUR et fondateur de l'institution de Sainte-Périne de Chaillot, et rédigé par M. Bergasse.

L'ÉTABLISSEMENT de Sainte-Périne, d'après l'idée qu'en donne l'auteur de ce mémoire, n'est point un de ces asyles ouverts

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