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menses dans le pays que nous habitons; . quelqu'égoïsme qu'on impute à la philosophie, ce n'est pas la philosophie qui a donné ce scandale. Les amis de l'ordre vrai ne s'élèvent pourtant pas contre cette manière d'acquérir, qui leur paraît sans doute légitime, puisqu'ils réservent leurs anathêmes pour ceux qui ont réacquis de l'état ces biens soustraits à la circulation; ceux-ci sont des étres immoraux, des usurpateurs impies! C'est en flétrissant de ces dénominations outrageantes et calomnieuses les acquéreurs de domaines nationaux, qu'on espère obtenir de l'opinion ce qu'on ne peut pas attendre encore de la violence, sauf à recourir à celle-ci quand des circonstances plus heureuses le permettront. « Il faut espérer, >> dit M. Bergasse, qu'à mesure que l'empire » de la morale se rétablira, beaucoup de » plaies seront fermées; que le besoin de » l'estime de soi-même, que l'honneur >> commandera la réparation de bien des » torts, et que la conscience parlant enfin » son langage, forcera la cupidité elle» même à composer avec ses victimes. »

Si cette doctrine s'accréditait, malgré les dispositions formelles de la charte constitutionnelle, on commencerait par des compositions, et on finirait par des expropriations

forcées. Comment les amis de l'ordre vrai ne voient-ils pas qu'en infirmant dans l'opinion l'autorité des lois sur l'acquisition des biens nationaux, ils avilissent, autant qu'il est en eux, la valeur de ces biens, qui constituent la majeure partie de la richesse nationale? que par conséquent ils tendent à appauvrir la nation déjà trop épuisée de ses pertes, à paralyser l'industrie, à diminuer le revenu public? C'est ce qu'ils appellent réparer les maux, rétablir l'ordre, guérir les plaies!.... Dieu nous préserve de semblables guérisseurs !

X.

TABLEAU

DES excès que les troupes anglo-portugaises ont commis à Saint-Sébastien, le 31 août 1813 et les jours suivans, mis sous les yeux de la nation espagnole par la municipalité constitutionnelle, le chapitre ecclésiastique, le consul et les ha bitans de cette ville ( 1 ).

ON chercherait vainement dans les annales des peuples des exemples d'une politique aussi frauduleuse, aussi profondément immorale, que celle dont le gouvernement anglais a fait usage dans sa dernière guerre contre la France. Pour intéresser les peuples de l'Europe à sa querelle, et les charger en

(i) Anno de 1814, en Tolosa : por D. Francisco de la Lama, impresor de esta M. N. Y. M. L.; provincia de Guipùscoa y sa junta diputacion.

quelque sorte du soin de sa défense, il a eu l'air de s'oublier lui-même, et de ne s'armer que pour le maintien de leurs droits; il ne s'est montré animé que du désir de les délivrer de l'oppression dans laquelle ils gémissaient, et d'assurer à jamais leur indépendance. En les ameutant contre son ennemi, il ne leur parlait que d'honneur, de liberté, d'orgueil national; il ne négligeait rien pour . enflammer leur patriotisme et les rendre capables de grands efforts; et lors qu'enfin ils ont eu assuré son triomphe, il a presque aussitôt abandonné leur cause, ou plutôt il n'a fait que révéler le secret de sa honteuse politique, et l'on a vu qu'il ne s'était servi de leur énergie que pour l'exécution de ses desseins, et qu'il avait prostitué les sentimens les plus généreux à la défense des intérêts les plus vils.

Les peuples de l'Europe ont justement lieu d'être scandalisés de l'esprit d'ambition et de cupidité que manifeste le gouvernement anglais depuis la chute de Bonaparte. Mais ils doivent sur-tout être indignés de l'im-. pudeur avec laquelle il sacrifie leurs plus

chers intérêts, après avoir eu l'air de ne s'armer que pour les défendre. Il est digne de remarque que les ministres de la GrandeBretagne sont, de tous les ministres réunis au congrès de Vienne, ceux qui montrent le moins de loyauté. Pourvu qu'on n'oppose point d'obstacles à leurs usurpations, ils prêtent complaisamment les mains à toutes les injustices. Après avoir eu l'air de faire cause commune avec les peuples, ils trafiquent de leur liberté avec les gouvernemens; ils foulent, ils pétrissent tous leurs intérêts; et l'on voit les représentans d'une nation libre et généreuse seconder tous les desseins de l'ambition, de l'avarice et du despotisme. Cette conduite des ministres du

gouvernement anglais est d'autant plus coupable, qu'ils avaient de plus grandes dettes à acquitter envers les nations de l'Europe, et que leur influence au congrès leur donnait plus de moyens de travailler à l'établissement de leur indépendance intérieure et extérieure. Ils font jouer ainsi au peuple anglais un rôle tout-à-fait indigne de lui; ils le font paraître ambitieux et inique, au moment où il est

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