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la place neuve était charmante: on ne peut la voir aujourd'hui sans horreur, non plus que le reste de la ville. Des ruines, des décombres, des balcons qui tombent, des murs qui s'écroulent, voilà tout ce qui reste d'une cité commerçante et populeuse qui répandait au loin la vie et le mouvement autour d'elle. La destruction de Saint-Sébastien laisse quinze cents familles sans asile et sans ressource; la perte que ses habitans viennent d'éprouver excède cent millions de réaux, sans comprendre dans cette évaluation celles qui résulteront pour eux de la destruction. de leurs papiers et de tous leurs titres. Les précieuses archives de la ville, celles du consulat, tous les registres et papiers publics, tous les livres des commerçans, tout a été réduit en cendres; perte affreuse, dont on ne peut calculer les suites!

>>O trop malheureuse cité, gloire et honneur de la Guipuscoa! toi qui avais donné tant de défenseurs, rendu tant de services à la patrie! devais-tu eraindre qu'un sort aussi épouvantable te fût réservé ? ta perte devait-elle être le prix de ton inviolable attachement à

ta

la cause commune, et de tous les maux auxquels t'avait exposée, pendant cinq ans, ton généreux patriotisme? L'instant que tu attendais avec tant de confiance comme le terme de tes infortunes, a été marqué par ta ruine, et tu t'es vu détruire par les mains qui devaient briser tes fers! Etait-ce donc ainsi que les alliés devaient récompenser la courageuse résistance aux ordres de leurs ennemis, ton héroïque dévouement à leur cause, et les soins délicats que tu avais prodigués à leurs prisonniers? Il semble qu'une injustice aussi inouie, une aussi horrible catastrophe, devaient atiédir ton patriotisme, et cependant on a vu tes généreux habitans oublier leur commun désastre, pour ne songer qu'au bonheur d'être délivrés de l'oppression ennemie: on les a vus parmi tes débris et sur tes ruines encore fumantes, proclamer avec enthousiasme la nouvelle constitution de la monarchie espagnole, loi salutaire qui doit régénérer la patrie, et jurer de l'observer et de la défendre; enfin dans le premier récit qu'ils ont fait de leurs malheurs au duc de CiudadRodrigo, ils ont dit ces paroles mémora

bles « Si de nouveaux sacrifices nous étaient possibles, et qu'on les jugeât nécessaires, nous n'hésiterions pas un instant à les faire; nous renoncerions même, si le salut de l'état l'exigeait, à l'espoir de rentrer jamais dans nos foyers, et de voir relever notre ville.... »

En terminant cet article, nous devons prévenir le lecteur que les détails qu'il vient de lire ne sont pas toujours une traduction littérale de l'écrit que nous avons voulu lui faire connaître : nous nous sommes plusieurs fois permis d'abréger le récit; mais en le resserrant, nous avons eu le plus grand soin de ne pas l'altérer. Nous ne devons pas non plus oublier de dire que cette pièce est revêtue de la signature des principales autorités de Saint-Sébastien et de plus de cent de ses principaux habitans, et qu'ainsi elle a le caractère le plus authentique.

D.....R.

FRAGMENT

D'UNE réponse au pamphlet de M. de Châteaubriand, intitulé: Réflexions sur quelques écrits du jour et sur les intérêts de tous les Français.

La première partie de ce nouvel écrit de M. de Châteaubriand, n'étant que la répétition de toutes les grossièretés qu'il a pu recueillir dans les journaux depuis deux mois, et dont l'opinion publique a déjà fait justice, nous nous y arrêterons peu, et nous nous bornerons, pour ce qui la concerne, à l'examen de quelques points remarquables.

On est d'abord étonné que l'auteur, après soixante-six pages d'injures gratuites contre son adversaire, arrive tout d'un coup, on ne sait comment, à la même conclusion que lui ; savoir, que tous les Français n'ont rien de mieux à faire que de se rallier franchement

à la charte constitutionnelle, comme au palladium de la tranquillité et du bonheur pu blics.

Qu'était-il nécessaire que M. de Châteaubriand fît un livre pour n'établir aucune vérité nouvelle, et pour se traîner péniblement sur les pas de celui qu'il s'efforce en vain de dénigrer? L'édifiante doctrine des enfans de Loyola paraît avoir germé depuis long-temps dans le cœur pieux de M. de Châteaubriand; un autre avant lui, à l'occasion de l'oubli du passé, prescrit par la charte constitutionnelle, avait suggéré au Roi d'affirmer qu'il avait dit, mais qu'il n'avait pas promis: M. de Châteaubriand trouve apparemment que cette expression ne rend pas bien l'idée qu'il faut inculquer au Roi : voici la phrase qu'il a composée pour cela : mais, le monde, comme le Roi, dit-il, n'a pas donné sa parole: il pourra bien rompre le silence. Tel est le tour spirituel que M. de Châteaubriand a donné à l'article XI de la charte, conçu en ces termes :

Toutes recherches des opinions et votes émis jusqu'à la restauration, sont inter

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