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seuls savent ce que c'est que le véritable honneur, l'honneur de M. Châteaubriand.

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« Observons, dit M. de Châteaubriand, » que la noblesse n'est pas composée d'un » seul et unique principe; elle en renferme >> évidemment deux, l'honneur et la vertu » ou la liberté. Quand elle agit en corps, » par rapport à la monarchie en général, » elle est conduite par l'honneur, elle est >> monarchique; quand elle agit pour elle» même, et d'après la nature de sa consti»tution, elle est mue par la liberté; elle » est républicaine, aristocratique.

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C'est ainsi que M. de Châteaubriand explique ses notions sur l'honneur et la liberté. Comme cela est bien pensé ! comme cela est lumineux! comme M. de Châteaubriand est fort en dialectique!

<<< La charte constitutionnelle, dit M. de » Châteaubriand, est un traité de paix signé >> entre les deux partis qui ont divisé les >> Français. >>

J'adopte la définition de M. de Châteaubriand; j'ajoute que le roi, en signant la charte, a mis ce traité de paix sous la garantie de sa couronne.

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Donc c'est par les principes du droit des gens, et non par les principes du droit civil, que ce traité doit recevoir son exécution. Cette juste observation de M. de Châteaubriand ferme la porte aux réclamations des émigrés sur la remise de leurs biens vendus: car, par ce traité de paix, les ventes sont consolidées; les Français demeurés attachés au sol ont renoncé à leurs conquêtes, à leurs majorats, à toutes leurs prétentions hors de leurs anciennes limites. En échange de ces concessions, les biens dont ils jouissaient dans l'intérieur leur sont légitimement acquis, et deviennent leurs propriétés incommutables; ils leur appartiennent comme l'Italie, la Belgique, le Palatinat du Rhin, appartiennent maintenant aux alliés. Ainsi disparaissent les noms odieux d'usurpation et de spoliation; tout est réglé, de part et d'autre, par un contrat régulier et syllanagmatique.

Nous avons donc l'importante obligation à M. de Châteaubriand d'avoir trouvé la véritable solution d'une difficulté qui avait frappé quelques personnes, d'avoir rassuré

la conscience des acquéreurs, et coupé adroitement la principale racine du mécontentement. Nous ne doutons pas que les émigrés ne sourient à cette pensée fine, et qui caractérise la profonde sagacité de M. de Châteaubriand.

Mais il est un autre point sur lequel, c'est bien plus sincèrement encore et du fond de notre cœur que nous rendrons justice. à M. de Châteaubriand: une fois enfin, à travers tant de verbiage, il a trouvé le chemin des ames honnêtes ; il a parlé à la sensibilité des Français; il leur a dit: les émigrés sont malheureux ! Eh bien! ces quatre mots en disent plus que tout le reste du livre de M. de Châteaubriand. Oui, les émigrés sont malheureux ! Nous voilà désarmés c'est l'enfant prodigue qui revient sous le toit paternel; nos bras lui sont ouverts; nous disons avec transport notre frère était mort, et il est ressuscité; il était perdu, et il a été retrouvé, (1) Ainsi les barrières sont tombées entre les émigrés et nous;

(1) Evangile de Saint-Luc, chap. 5.

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tout est oublié de notre part, sinon qu'ils sont Français; tout ce que nous possédons est à eux; qu'ils viennent partager notre gloire; qu'ils viennent partager nos fortunes; rendons-leur tout ce qu'ils peuvent espérer d'une nation aimante et généreuse ; qu'ils sachent qu'on peut désirer la liberté sans être méchant, sans vouloir la licence; qu'ils sachent qu'il n'est pas donné aux hommes de maîtriser les tempêtes; qu'il est des circonstances où l'on ne peut atteindre un noble but sans le passer; qu'une révolution est un chaos où tous les élémens sont confondus; mais qu'après elle l'air devient plus pur, le ciel plus serein, et qu'elle fertilise le sein de la mère commune. Qu'ils voient si, malgré la longue série de nos maux, les campagnes ne sont pas devenues plus riches, si les habitans ne sont pas aussi bons, plus éclairés, plus heureux, plus sensibles à la gloire et à la prospérité nationale. Qu'ils examinent enfin si cet état de prospérité n'est pas le résultat de la suppression des abus voudraient-ils les faire renaître, ces abus, pour leur intérêt particulier?

X.

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Du Citoyen Cardinal Chiaramonti, Evéque d'Imola, actuellement Souverain Pontife, Pie VII, adressée au peuple de son diocèse, dans la république Cisalpine, le jour de la naissance de JésusChrist, l'an 1797.

POURQUOI les mauvais princes et les hypocrites ont-ils tant de haine contre la philosophie ? C'est parce que leur existence n'est fondée que sur l'ignorance et sur l'erreur, et que la philosophie tend sans cesse à les détruire l'une et l'autre. Denis, envoyant Philoxene aux carrières, ou faisant vendre Platon comme esclave; Néron ordonnant la mort de Thraséas et de Sénèque; Bonaparte déclamant contre l'idéologie; Mélitus calomniant Socrate; et Mutin calomniant les philosophes du dix-huitième siècle, ont tous

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