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et de nos voeux. Déjà brillent partout ces lis éclatans des Bourbons, heureux symboles des jours sereins qui s'ouvrent devant nous; ei leur tige superbe qu'avoient flétrie des mains impies, se relevant plus belle que jamais, remplace ces lauriers sanglans et ces noirs cyprès dont le funeste ombrage couvroit depuis plus de vingt ans tout le sol de la France. Déjà nous l'avons vu, orné de toutes les vertus de son coeur et de toutes les grâces de son esprit, apparoître comme un nouveau soleil qui vient pour tout vivifier, comme un nouvel agneau de Dieu qui vient effacer les péchés de la France, ou en les pardonnant, ou en les réparant; entouré d'un peuple ime, mense, qui se pressoit autour de lui, enivré du bonheur que lui inspiroit sa présence, le proclamant comme le seul libérateur qui pùt briser nos chaînes et mettre un terme à tous nos maux, et ne pouvant se lasser de contempler, sur son auguste front, ce mélange heureux de, sensibilité et de noblesse, de bunlé et de dignité, qui fait chérir le père et respecter le monarque.

» Comment , Nos très-chers Frères, s'est opérée cette étonnante révolution à laquelle nos yeux ont encore peine à croire! Qui a donc hâté ce retour fortuné, qui a trompé toutes les prévoyances, ainsi qu'il comble tous nos voeux? Quelle est donc cette main qui a conduit notre Roi à travers tant d'écueils, de périls et d'obstacles? Qui a donc devant lui abaissé les montagnes et comblé les vallées ? Pourquoi le demander, Nos très-chers Frères, et qui de nous seroit assez aveugle pour ne pas reconnoitre que l'homme n'est ici pour rien, que tout descend ici d'un principe plus haut que nous, et ne pas s'écrier avec un prophète : Oui, Seigueur, c'est-là votre ouvrage, et il n'appartient qu'à vous seul : Domine, opus tuum; ou ne pas chanter avec le Psalmiste : C'est le changement de la droite du Trės-Haut, c'est la main du Seigneur qui a fait ce miracle? Non, les merveilleux événemens qui replacerent la couronne sur la tête de David, ne sont pas plus surprenans que ceux qui rétablissent le sceptre des Bourg

bons. Non, le miracle qui fit tomber les murs de Jériche, n'est pas plus visible que celui qui a sauvé la capitale de la ruine entière où l'auroient précipitée de perfides conseils; pas plus visible que celui qui a fait de nos vainqueurs. d'es libéraleurs, de nos libérateurs des frères; pas plus visible que celui qui remet, sur ses antiques fondemens, sans secousse et sans convulsion, ce trône ébranlé avec tant de violence et tombé avec tant de fracas : de sorte, que si la révolution coupable qui ôta à la France son Roi, fânt signalée par tant d'excès et souillée de tant de sang, celle qui nous le rend aujourd'hui est douce comme ses vertus, pure comme ses sentimens, et sans tåche comme sa couronne.....

" » Mais pourrions-nous, Nos très-chers Frères, ne pas saisir cetie occasion pour vous annoncer un prodige nouveau qui met le comble à tous les autres, et qui 'associe si bien avec le grand événement qui réjouit toute la France. C'est le retour du souverain Pontife dans la ville sacerdotale, dans la ville éternelle; c'est la restitution du patrimoine de saint Pierre qui lui avoit donné Charlemagne, et que, par une déloyauté insigne, lui avoit enlevé celui qui s'étoit fait le successeur de Charlemagne; c'est le rétablissement de celle souveraineté véritablement paternelle, qui fait depuis millo ans le bonheur et la gloire de Rome. Admirable dessein de Dieu ! c'est la paissance qui succombe et la foiblesse qui triomphe; c'est le char du vainqueur qui se brise, et la frélė barque du pauvre pêcheur qui surnage. Ce ne sont pas les enfans du Saint-Siége et ses amis fidèles, mais des hommes étrangers au Saint-Siège, qui, n'écoutant que leur seule justice et leur seule générosité, s'en déclarent les protecteurs et les vengeurs les plus zélés. Tels on vit autrefois les soldats d'Alexandre défendre et protéger le peuple saint, et tels les soldats de Cyrus concourir à rebâtir le temple.

>> Et maintenant, Nos très-chers Frères, le prodige est-il assez frappant pour tous les yeux ? Est-il assez

prouvé que la main qui soutient l'Eglise romaine, est celle qui porte le monde ? et que pouvoit faire de plus le Tout-puissant pour la confusion des impies, pour la consolation des vrais fidèles, pour l'instruction des siècles, et la gloire immortelle de l'illustre captif; de ce Ponlife vraiment saint, qui, plus auguste, plus vénérable encore dans les fers que sur le trône, a prouvé à tout l'univers qu'on a bien pu le dépouiller, mais non l'avilir; et qu'en lui ravissant sa tiare, on n'a pas pu lui enlever la triple couronne de l'honneur, du courage et de la vertu.

» Ainsi marchent ensemble les deux plus grands événernens de l'histoire moderne, le rétablissenient du fils aîné de l'Eglise, et celui du Père commun des fidèles : tous deux opérés par les mêmes moyens, tous deux également inespérés, et assurant à la fois tous les deux, l'un la paix du monde politique, et l'autre la paix du monde chrétien. Ainsi vont se resserrer, de plus en plus, ces liens heureux qui unissoient le sacerdoce et l'einpire pour lear mutuelle stabilité et leur prospérité commune. N'en doutons pas, Nos très-chers Frères, toujours fidèle à marcher sur les traces de ces rois très-chrétiens, ses glorieux ancêtres, le Roi que vient de rappeler le ciel, protégera comme eux cette religion catholique, véritable appui de son trône, éternel honneur de sa race; cette religion qu'une politique insensée voudroit toujours séparer de l'Etat, sans songer que l'Etat est né avec elle, et qu'il mourroit sans elle; cette religion plus nécessaire encore aux rois, que les rois ne lui sont nécessaires. Il la protégera, non en la tolérant, non en la souff ant, comme une secte enfantée par l'erreur, mais en l'honorant, mais en arrachant ses ministres à la servitude où ils gémissoient; mais en la plaçant avec lui sur le trône, et en demandant au ciel ce que Salomoú demandoit pour la sagesse, de l'avoir pour conseil, pour amie et pour assistante; mais en vivifiant cette illustre Eglise gallicane, jadis si féconde en grands homes, et dont la gloire est inséparable de celle de la monarchie. Il la protégera, comme la religion du souverain et de la nation presque entière; et à ce titre, lui devant doublement spéciale protection, comme enfant de l'Eglise et comme père de l'Etat. Enfin, il la protégera comme le

moyen le plus sûr de rendre à ce royaume son ancienne splendeur; de répandre partout l'amour de la justice; de sauver la génération présente de la dégradation dont elle est menacée; de retremper les ames qu'ont énervés l'égoïsme, l'indifférence et l'athéisme; de rajeunir la France, que ses vices et ses fausses doctrines ont vieilli; et de renouveler le sang politique en renouvelant le sang chrétien ».

Il est sans doute permis à un évêque, traduit au tribunal de l'opinion publique, de chercher à se justifier. Plus son caractère est respectable, plus il a droit de chercher à se conserver une réputation sans tache. M. Fallot de Beaumont, évêque de Plaisance, a été maltraité dans quelques journaux et dans des écrits imprimés. On a présenté sa mission à Fontainebleau sous des couleurs défavorables. Il réclame contre des relations hasardées, et nous adresse la lettre suivante, que nous pouvons d'autant moins nous dispenser d'insérer, que c'est en quelque sorte une pièce historique qui doit trouver sa place dans un Journal destiné à recueillir tout ce qui tient au récit des persécutions de l’Eglise et de son auguste chel, dans un Journal qui est le dépôt naturel des réclamations d'un évêque, et de toutes les pièces qui intéressent le clergé. : « L'amour de la vérité et le désir de rendre un juste hommage à Sa Sainteté, et de manifester en elle de plus en plus ce caractère de douceur dont elle a toujours donné des preuves si éclatantes, m'obligent de publier une relation exacte de ce qui s'est passé dans les deux

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missions dont l'ancien gouvernement m'avoit chargé auprès du saint Père. Mon récit différera de celui qui a été inséré dans la Gazette de France, du 10 avril, mais il contiendra la vérité.

Le 18 décembre 1813, je fus appelé chez un ministre, et chargé d'aller à Fontaineblea:1 avec la commission verbale de m'informer si Sa Saintelé étoit disposée à entrer dans des arrangemrens qui feroient cesser les difficultés qui existoient entre elle et le gouvernement. J'étois autorisé, dans le cas d'ane réponse favorable, à assurer le saint Père que je recevrois sur-le-champ les pouvoirs nécessaires pour traiter. Il ne me semble pas qu'on puisse faire un crime à un évêque d'avoir accepté une semblable mission. Rien ne pouvoit être plus agréable, et en même temps plus honorable pour moi, que d'avoir à traiter avec le chef des fidèles, avec un Pontise si saint et si bon, et de lui porter des paroles de: paix et de conciliation. Il est inutile, je crois, d'assurer que je ne me serois point chargé d'une mission qui auroit eu pour objet quelques mesures de rigueur, ou des menaces, ou même des propositions qui ne pourroient se concilier avec l'attachement sincère d'un évêque pour le chef des pasteurs, et avec la vénération profonde que je professe avec tous les fidèles pour l'auguste caplit. Je me rendis à Fonlainebleau, et le 19, je fis demander, par M. l'archevêque d'Edesse, une audience, que Sa Sainteté voulut bien m'accorder sur-le-champ. Aprèslui avoir offert mes voeux, à l'occasion des fêtes de Noël, je lui témoignai la douleur que j'éprouvois, avec toute l'Eglise, de la voir éloignée de son siège et de ses Etats, et j'ajoutai que je ne croyois pas impossible de lever les obstacles qui s'opposoient à son retour. Le saint Pere me répondit, avec son affabilité ordinaire, qu'il étoit décidé à ne parler d'affaires que lorsqu'il seroit de retour à Rome; qu'il avoit examiné devant Dieu les motifs de sa conduite, et que rien ne pourroit le faire changer. Il ajouta qu'il avoit défendu aux cardinaux de lui

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