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Jalabert , un des grands-vicaires, pendant la vacance du -siége, a porté la parole : il a parlé dignement de la piété da Prince, de la joie du clergé, de la longue viduité de l'Eglise de Paris, et des maux de l'Eglise en général, maux, a-t-il judicieusement ajouté, dont la durée a été celle de l'absence de V. M. Le Roi a répondu : Je reçois avec une véritable satisfaction la délibération du chapitre. Je désire que mon jour anniversaire soit à l'avenir un jour de joie et de bonheur pour tous les François. Je mettrai tous mes soins à vous donner un archevéque digne de vous gouverner. M. l'abbé Jalabert a eu ensuite l'honneur de haranguer Mme. la duchesse d'Angoulême au nom du chapitre. Il a félicité la France d'avoir recouvré une Princesse qui retrace les qualités de ses plus vertueus ancêtres. Madame a répondu , qu'elle étoit heureuse de se trouver au milieu des François, et elle s'est recommandée aux prières de MM. du chapitre.

-On assure que les ecclésiastiques et prélats détenus en Corse, et sur les souffrances desquels nous avons rapportés dernièrement une lettre authentique et touchante, ont enfin recouvré la liberté. Leur premier soin, en arrivant à Livourne, a été de se rendre processionnellement à l'église pour y remercier Dieu de leur délivrance.

- Les cardinaux Fabrice, Ruffo et Joseph Doria, sont partis de Gênes, à la fin d'avril, pour retourner à Rome. On espère recevoir bientôt de cette capitale du monde chrétien des nouvelles de l'arrivée du Pape.

- Du 26 avril au 2 mai, les cardinaux Scotti, Litta, Pacca , Della Somaglia, Oppizoni et Consalvi, ont passé par Coni se rendant à Rome.

Aix. Nous ne pouvons assez admirer les dispositions de la Providence dans le soin qu'elle semble prendre du séminaire, et dans les ressources inespérées qu'elle lui ménage, Il y a eu plus d'un moment où l'on s'est cru à la veille de voir cet établissement tomber faute de fonds, et de renvoyer les jeunes gens chez leurs párens. Mais à chaque fois, quand la prudence humaine croyoit tout

perdu, la charité est venue au secours d'une institution si précieuse; et même dans les circonstances si pénibles et si critiques où nous nous trouvions dernièrement, au milieu des sacrifices nombreux qu'on étoit obligé de faire, quand les supérieurs regardoient le renvoi des élèves comme prochain et inévitable, il leur est arrivé tout à coup des moyens de continuer leur a:uvre. Tantôt un curé de cette ville leur apportoit, en une seule fois, vingt-cinq louis; tantôt c'est un particulier modeste autant que charitable qui envoie cent écus. Un curé de

Toulon écrit qu'il est chargéde remettre la même somme de la part d'une jeune personne, qui, pour faire ce sacrifice, se condamne à des privations. Le même annonce un autre don de 24 fr. par une fille jardinière. C'est bien là le denier de la veuve. C'est ainsi que

Dieu

protége un établissement si nécessaire dans la détresse et les besoins actuels de l'Eglise. Le nouvel ordre de choses lui donnera plus de ressources, et surtout plus de stabilité.

NOUVELLES POLITIQUES. LOUIS, par la grâce de Dieu , Roi de France et de

Navarre,

A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut;

En remontant sur le trône de nos ancêtres, nous avons retrouvé nos droits dans votre amour, et notre coeur s'est ouvert tout entier aux sentimens que Louis XII, le père du peuple, et Henri IV, le bon Roi , ont jadis manifestés. Leur application constante au bonheur de la France marquera aussi notre règne, et nos voeux les plus intimes sont qu'il laisse, à son tour, des souvenirs dignes de s'associer à la mémoire de nos Rois, dont une bonté paternelle fut la première et la plus noble verlu.

Au milieu des acclamations unanimes et si touchantes pour notre cour, dont nous avons été accompagné des frontières de notre royaume jusqu'au sein de notre capi. tale, nous n'avons cessé de porter nos regards sur la

situation de nos provinces et de nos braves armées : l'oppression sous laquelle la France, étoit accablée a laissé après elle bien des maux, et nous en sommies vivement touché : notre peine ésť profonde; mais leur poids va chaque jour s'alléger : tous nos soins y sont consacrés, et notre plus douce satifaction croîtra avec le bonheur de nos peuples. Déjà un armistice, conclu dans les vues d'une politique sage et modérée, fait sentir ses avantages précurseurs de la paix ; et le traité qui le fixera d'une manière durable, est l'objet le plus assidu, comme le plus important, de nos pensées. Dans un court intervalle, Polis vier, gage du repos de l'Europe , paroîtra aux yeux de tous les peuples qui la demandent. La marche des armées alliées commence à s'opérer vers nos frontières, et les augustes souverains , dont les principes ont été si généreux à notre égard, veulent resserrer noblement entre eux et nous , les liens d'une amitié et d'une confiance mutuelle qui ne pourra jamais recevoir d'atteinte.

Nous savons que quelques abus particuliers ont été commis“, et que des contributions ont frappé les départemens de notre royaume, depuis la conclusion de l'armistice; mais les déclarations justes et libérales que les souverains alliés nous ont faites à l'égard de ces abus, nous autorisent à défendre à nos sujets d'obtempérer à des requisitions illégales , et contraires au traité qui a stipulé la suspension générale des hostilités.

Toutefois notre reconnoissance et les usages de la guerre exigent que nous ordonnions à toutes les autorités çiviles et militaires de nos Etats, de redoubler de soins el de zèle pour que les vaillantes armées des souverains, alliés reçoivent avec exactitude et abondance tout ce qui leur est nécessaire en objets de subsistances et besoins des troupes. Toutes demandes étrangères à ces objets demeureront ainsi de nul 'effet, et les sacrifices seront adoucis.

François ! vous entendez votre Roi, il veut à son tour que, sotre voix lui parvienne et lui expose pos besoins

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et vos voeux : la sienne sera toujours celle de l'amour qu'il porte à ses peuples. Les cités les plus vastes et les hameaux les plus ignorés, tous les points de son royaume, sont également sous ses yeux, et il rapproche en même temps tous ses sujets de son coeur.

Il ne croit pas qu'il puisse avoir des sentimens trop pa-, ternels pour des peuples dont la valeur, la loyauté et le dérouement à ses Rois , ont fait, durant de longs siècles, la gloire et la prospérité.

Signé, Louis M. le général de Schwartzenberg a adressé, le 8 de ce mois, la lettre suivante, à M. le général Dupont; commissaire du gouvernement au département de la guerre:

« Monsieur le comte, l'empereur, mon augusle maitre, a appris avec peine qu'il est survenu entre ses granadiers et ceux de la garde royale de France des rixes: occasionnées par les branches de verdure que les soldats autrichiens portent sur leurs bonnets. Je dois vous inviter, M. le comte, par ordre de S. M., de faire publier à l'armée françoise , que ces branches de verdure, bien loin d'être une marque de triomphe, ne sont qu'un simple signe de ralliement prescrit, depuis un temps: immémorial, par nos réglemens, militaires , et que nos soldats portent en temps de paix comme en temps de guerre».

-Mør. le duc d'Angoulême est arrivé de Bordeaux à Tou-* louse, le 27 avril, à quatre heures après midi. Les Toulousains ont célébré l'arrivée de S. A. R. par une fête des plus augustes et des plus touchantes. Là, comme à Paris, les hommages publics étoient dictés par les seules inspirations du sentiment : là , aussi des larmes d'attendrissement se confoudoient partout avec les acclamations de la joie. Lorsque le Prince fut arrivé aux portes de la ville, magistrats el citoyens , lous, par un mouvement spontané, prêterent, dans ses mains, serinent de fidélité, d'amour et de dévouement sans bornes au Roi et à la famille royale. «Nous le jurons , s'écrièrent-ils, > devant Dieu et sur l'honneur»,

A l'exemple de ses pieux ancêtres, le premier soin de S. A. R. fut d'aller solennellement remercier Dieu dans la cathédrale; elle y fut reçue par l'archevêque à la tête du chapitre, et conduite processionnellement, sous un dais, au sancquaire. Après le Te Deum, le Prince se rendit au Palais-Royal, où tout avoit été disposé pour le recevoir. Le soir la ville fut illuminée.

Mør. le duc d'Angoulême est resté plusieurs jours à Toulouse; S. A. R. y étoit encore, le 30 avril, date des dernières nouvelles de celle ville.

ORGON, près Avignon , 25 avril. Il s'est passé aujourd'hui, dans notre petite ville, une scène singulière. Sur les huit heures du matin, on a vu arriver trois voitures qui paroissoient s'arrêter à l'auberge pour le déjeûner. A l'instant le bruit se répand que c'est le fameux empereur. La foule se précipite autour des voitures. Quelqu'un reconnoît et signale Bonaparte : tous crient aussitôt : Mort au tyran; vive le Roi! M. le cardinal Gabrielli, exilé dans notre ville par Bonaparte, paroît à sa fenêtre, excité par le bruit qu'il eplendoit; à sa vue, la foule crie : Vive M. le cardinal! vive le Roi! à bas le tyran! On apporte des portraits de Bonaparte, et on les brûle devant lui; on lui en montre un autre dont le sein percé de coups de fusil est tout dégoûtant de sang...... On monte sur sa voiture, et l'on crie encore: Mort au tyran! Des femmes armées de pierres arrivent et le chargent d'imprécations. Béte féroce, lui disent-elles, qu'as-tu fais de nos enfans? D'autres individus demandent qu'il crie vive le Roi! et aussitôt le tremblant Napoléon crie vive le Roi! Les généraux étrangers qui l'accompagnent avoient eu le soin de descendre de leur voiture et de se tenir aux portières de celle de Bonaparte, pour le mettre à couvert de plus graves insultes. Que celle scene fait naître de réflexions ? Quel contraste entre le passage du ci-devant empereur et celui du pape ou du cardinal Gabrielli? A Sainte-Hippolyte, à Gage, le peuple en foule, les confréries avec leurs bannières, le clergé avec la croix, trois à quatre mille femmes vélues de blanc, accouroient à leur rencontre, chantant des hymnes de pais, de gloire, d'actions de grâces, et demandant pieusement leur bénédic tion. L'oppresseur, au contraire, est honni, couvert d'imprécations. Le crime et la vertu sont ainsi mis chacun à Icur place. Il est remarquable que les frères même de l'usur

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