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patear l'abandonnent dans la disgrâce. Il les traitoit avec dureté. Aucun n'a voulu le suivre. Mme. Borghese, à qui il avoit proposé de l'accompagner, a refusé. Tous redoutent ses violences.

· FRÉJUS. Bonaparte s'est embarqué, le 28 avril, dans notre port, pour l'ile d'Elbe. Par un de ces rapprochemens singuliers que fournit la vie de cet homme, il est sorti, pour s'embarquer, de la même maison où il avoit logé en arrivant d'Egypte. Le mauvais état des chemins n'avoit point permis de continuer la route de Luc à Saint-Tropez.

On dit que les Anglois l'ont enlevé et le conduisent à Gibraltar. Ce bruit ne paroît pas fondé.

MILAN. Les troupes autrichiennes ont fait leur entrée dans cette ville, le 28 avril. Elles ont été reçues avec de grandes acclamations. M. de Sommariva, nommé commissaire impérial, a annoncé les intentions les plus pacifiques. Il a confirmé la régence provisoire. La paix est rétablie dans cette ville. Toute l'Italie respire, et chacan souhaite de retourner à l'ancienne stabilité. Gênes, qui avoit été réunie par violence, a secoué le joug et hrisé les statues đe Bonaparte. Elle a reçu les Anglois comme ses libérateurs. L'ancienne constitution vient d'être rappelée. En attendant, on a établi un gouvernement provisoire. Livourne reprend son commerce. Flo. rence se félicite d'appartenir à son ancien grand-duc. Venise est aussi occupée par des troupes autrichiennes. Les Etats romains sont rendus par les alliés au souverain Pontife. C'est une espèce de restauration générale. Chaque chose est remise à sa place. Chacun rentre dans bes droits. Tant d'Italiens exilés et proscrits par la tyrannie, retournent dans leurs foyers. Cette grande et belle contrée ne sera plus disloquée et bouleversée par l'ambition et le caprice d'un seul homme, et nous jouirons d'un calme et d'une paix après lesquelles nous soupirions comme toute l'Europe, et que nous ne pouvions connoître sous le régime dur, violent, arbitraire, d'un conquérant insatiable.

Sur le service solennel pour Louis XVI, et pour les autres
personnes de la famille royale , victimes de la révolution.

François, il n'est donc plus ce prince magnanime,
De sinistres complots déplorable victime.
Ah! jour triste et sanglant; dans vos murs, sous vos yeux,
-Il s'est exécuté ce forfait odieux.
Je crois entendre encore rouler le char rapide;
Je distingue les cris d'une escorte homicide;
De l'airain frémissant j'entends le son fatal,
Du crime consommé déplorable signal.
Qu'avoit-il fait pourtant, pation inhumaine,
Que t'avoit fait Louis pour mériter ta haine?
Oseriez-vous, ingrats, accuser votre Roi?
Dans vos murs désolés a-t-il semé l'effroi ?
Ses mains dans votre sang se sont-elles baignées?
Courba-t-il sous le joug vos têtes indignées,
Et fondant sur vos maux sa cruelle splendeur,
A-t-il des conquéraps recherché la grandeur?
Hélas! ce n'est pas lui dont la main sanguinaire,
Etendant sur la France un sceptre funéraire,
La couvrit de prisons, la souilla d'échafauds,
Et sur nous à la fois déchaîna vingt fléaux.
Sa main ne traça pas ces arrêts homicides,
Qui livrant l'innocent à des bourreaux avides,
Sous la hache cruelle in moloient sans pitié
La verta, les talens, l'amour et l'amitié.
Il régneroit encore si, de sang moins avare,
Il eût voulu sévir contre un parti barbare.
Mais il chérissoit trop de perfides sujets ;
Sa bonté l'emporta sur ses vrais intérêts.

Magoanime Louis, du séjour où Dieu même
Sans doute a ceiut ton froni d'un plus beau diadème,
Vois la tristesse amère et le deuil général
Dont ta mort à l'Europe a donné le signal.
Vois tes François surtout, ceux qui toujours fidèles,
Détestant des tyrans les maximes cruelles,
N'ont point brûlé d'encens devant les dieux du jour,
Vois-les par leur douleur attester leur amour.
Que de larmes au loin ta mort a fait répandre!
Non, jamais le trépas du père le plus tendre
A des enfans bien nés n'arracha tant de pleurs.
Console-toi, Louis, il est encore des cours
Pleins d'amour pour leurs Rois, et d'horreur pour le crimez
Et si de tes vertus l'assemblage sublime,
Si ta bonté constante et ton coeur généreux

Pouvoient, dans ce séjour où tu règnes heureux,
Tome Jer. L'Ami de la Relig. et du Roi. N. VIII.

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Te permettre an instant des désirs de vengeance,
Tu jouirois des maux qui pèsent sur la France.
Mais qu'ose supposer ma douleur indiscrète?
Ah! Prince généreux, ta bonté le rejete.
Loin d'appeler sur nous des malheurs mérités,
Tes regards bienfaisans veillent sur nos cités,
Et prêtant aux François un appui salutaire,
Quand tu n'es plus leur Roi, tu te montres leur père.

Ainsi je rendois autrefois un hommage expiatoire å une auguste victime. Il y a plus de vingt ans que celle pièce est écrite. Jeune encore, frappé du coup dont gémissoient toutes les ames honnêtes et sensibles, j'avois cherché à rendre les sentimens de douleur et d'indigna. tion que faisoit éprouver la catastrophe terrible dont nous venions d'être témoins. J'avois tracé dans le silence ces vers que je n'avois confié qu'à une famille religieuse et loyale. Nous étions alors dans ces temps d'angoisses et de terreur, où toutes les vertus étoient comprimées, où la pitié même n'osoit faire entendre sa voix. Nous nous contentions de pleurer dans le secret de notre retraite les horribles infortunes de ces victimes royales. Nous étions loin de prévoir que quelques années après on dût ériger en fête ce jour affreux, et qu'on voulût rendre toute la France complice du crime de quelques brigands, en obligeant de célébrer, par des chants de joie, l'anniversaire de ce jugement odieux. Mais on s'efforça en vain de concilier les esprits 'avec cette grande iniquité. La solitude d'une si indigne fête, et l'horreur générale pour cette atroce commémoration, montrèrent assez les sentimens des peuples.

Le temps est venu de célébrer d'une autre manière cette triste époque. Le temps est venu de rendre à la mémoire d'un Prince malheureux le tribut d'hommage et de regrets que sa cendre attendoit depuis vingt ans. Le temps est venu d'expier un crime, qui sera un opprobre éternel pour ses auteurs, et de montrer que ce crime ne fut pas celui de la nation, mais de quelques factieux. Aussi la première pensée du Monarque qui vient de nous être

rendu, a été de remplir un douloureux devoir envers une victime si chère à son coeur. Il a voulu, ce semble, commencer par-là l'exercice de son pouvoir, comme pour appaiser la colère céleste par ce grand acte de religion, comme pour réconcilier, par une expiation solennelle, la nation avec elle-même et avec toute l'Europe, comme pour attirer sur son règne, (car pourquoi ne pas dire ici ma pensée toute entière, et ne pas énoncer ce que tant de personnes croient?) comme pour attirer sur son règne, la protection du digne fils de saint Louis, de celui dont la vie fut pure et la mort sainte et précieuse, de celui qui , en mourant, pardonna à ses ennemis, et qui entendit la religion lui dire par l'organe d’un de ses ministres : Allez, fils de saint Louis, montez au ciel. Ah ! le ciel sans doute ratifia ces éloquentes paroles. Le ciel reçut le monarque pac:lique, qui n'avoit point fait couler de larmes, qui avoit mieux aimé être précipité du trône que d'y rester au prix du sang de quelques-uns de ses sujets, qui souffrit ses malheurs avec tant de résignation, qui se prépara à la mort avec tant de calme, et qui nous a laissé, dans son testament, un monument si touchant de sa foi, de sa piété, de sa clémence, de son courage, de toutes les verlus chrétiennes. Ah! c'est moins pour lui que pour nous que nous adressons des voeux au ciel. Il est permis de penser qu'il a moins besoin de nos prières que nous n'avons besoin de son pardon. Il le croyoit ainsi du moins ce vertueux ecclesiastique, qui exerça envers Louis un si honorable ministère, et qui ne pouvoit raconter, qu'avec une admiration égale à sa douleur, les détails déchirans de ces derniers momens dont il fut le témoin et le confident. Nous l'avons entendu parler avec émotion des vertus de l'auguste victime, et il sembloit la compter déjà au nombre des ames bienheureuses qui ont l'eçu le prix de leurs souffrances.

Quoi qu'il en soit, on a dû voir avec plaisir qu'un des premiers soins du Roi ait été de rendre à la mémoire d'un frère un hommage funèbre, qui fut aussi

éclatant qu'il éloit légitime. Il a voulu que la solennité de la réparation fut proportionnée, sinon à la gravité du crime, du moins à notre douleur et à nos regrets. Il a voulu que cette expiation si long-temps différée par nos désastres eût lieu dans la même enceinte qui avoit été trop souvent profanée par le crime, l'impiété et le mensonge, et que les grands corps de l'Etat fussent présens, par leurs députés, à cet acte religieux pour y représenter, en quelque sorte, la nation, et témoigner par

là combien elle détestoit un attentat horrible aux yeux de tous les peuples.

Quoiqu'on eût été averti assez tard, cependant les préparatifs de cette lugubre cérémonie ont été faits avec tant de diligence, que tont s'est trouvé prêt pour le samedi 14 mai, le même jour où 20't ans auparavant, Henri IV avoit succombé sous les coups de Ravaillac. La grande nef de l'Eglise Métropolitaine avoit été tendue entièrement de noir, et séparée du reste du vaisseau par des tentures noires. Ainsi c'étoit comme une nouvelle église au milieu d'une plus grande. La voûte même étoit recouverte de noir. Deux rangs de cierges de chaque côté. remplaçoient la lumière du jour qu'interceploient les draperies. L'autel avoit été établi à l'extrémité supérieure de la nef. En afant étoit le catafalque avec tous les attributs de la royauté. Il étoit entouré d'un très-grand nombre de cierges, et avoit aux quatre coins quatre statues représentant les vertus chrétiennes. A droite et à gauche de la nef éloient des tribunes pour les personnes de la cour et autres admises à cetle cérémonie.

Le Roi est arrivé à onze heures et demie, et est entré dans l'église par les cours de l'Archevêché. Il s'est rendu ainsi, sans être vu, à la tribune qui lui avoit été préparée à droite. MONSIEUR, M. le duc de Berry et M. le prince de Condé, étoient placés au-dessous et un peu en avant. Madame la duchesse d'Angoulême occupoit une tribune grillée à côté de celle du Roi; elle étoit en grand deuil, presqu'entièrement couverte d'un voile noir. Elle

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