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attiroit tous les regards par le même motif qui les lui faisoit éviter. Chacun auroit voulu voir celle sur qui se réunissoit, en quelque sorte, tout l'intérêt de celle cérémonie, celle qui avoit à pleurer à la fois tant de victimes si chères. Chacun auroit voulu lui porter aussi son tribut de larmes, et lui offrir des consolations qui allégeassent le poids de sa douleur.

M. Cortois de Pressigny, ancien évêque de Saint-Malo, officioit; il étoit assisté par plusieurs membres du chapitre. Dans le sanctuaire étoit un grand nombre de personnes du clergé. Les évêques étoient les mêmes que nous avons nommés dans notre relation de l'entrée du Roi. Après l'évangile, M. l'abbé Legris-Duval est monté en chaire, vis-à-vis la tribune du Roi. Son discours a duré trois petits quarts d'heure. La foiblesse de sa voix et l'immensité du vaisseau ont empêché de l'entendre autant qu'on l'auroit désiré; cependant ceux qui étoient à poriée de la chaire s'accordent à dire que, quoique l'auteur eût été prévenu trop tard, il a su néanmoins montrer un grand Lalent, et tirer parti d'uu sujet si imposant. Il a offert un tribut d'hommages à chacune des victimes, objet de la solennité de ce jour; à ce Prince vertueux qui n'a péri que par sa bonté, et qui fut un modèle si touchant de la résignation dans le malheur; à cette Reine auguste qui supporta aussi son sort avec une fermeté digne de son sang; à cet Enfant-Roi, conduit sitôt au tombeau par les meurtriers de sa famille ; à cette Princesse généreuse que n'atteignit jamais la calomnie, et qui partagea le supplice des siens; comme elle avoit voulu partager leur captivité et leurs disgrâces. Nous espérons pouvoir donner à nos lecteurs quelques extraits de ce discours, et nous nous flations que la modestie de l'auteur cédera en ce point à nos instances et à l'intérêt qu'inspire uu si touchant sujet.

A l'offertoire, MONSIEUR est allé à l'offrande, puis M. le duc de Berry, puis M. le prince de Condé. Ils ont offert un cierge à l'officiaut et baisé soli anneau, à

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genoux. Ils ont fait, selon l'ancien usage, toutes les saluta-tions que prescrit le cérémonial, saluant successivement l'autel , le catafalque, les évêques et les assistans. A la fin de la messe, on a fait les absoutes; quatre prélals se sont joints, pour cet effet, à l’officiant; savoir : M. de Bernis, ancien archevêque d'Albi; M. Fallot de Beaumont, évêque de Plaisance; M. Jauffret, évêque de Metz; et M. de Boulogne, évêque de 'Troyes.

Ainsi s'est terminée cette cérémonie funèbre. Elle avoit attiré un concours nombreux de spectateurs, et néanmoins tout s'est passé dans le silence et le recueillement. Il n'arrive que trop souvent que, dans ces grandes réunions, la sainteté même du lieu soit oubliée par l'indifférence ou Ja curiosité, et que les mystères saints soient troublés par le bruit, l'agitation et des causeries indécentes. Ici, au contraire, on a vu régner l'ordre, le calme et l'attendion; il semble que la gravité de l'objet eût inspiré à chacun cette tristesse religieuse et ce maintien recueilli, dont les Princes donnoient d'ailleurs l'exemple. La cérémonie n'a fini qu'à deux heures.

Il a été chanté, le même jour, une messe solennelle, dans presque toutes les paroisses de Paris, pour le même objet, et un Mandement de MM. les grands-vicaires a été publié à cet effet.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

On dit que le souverain Pontife est arrivé à Viterbe, å uue journée de chemin de Rome, et qu'il y attend l'arrivée des cardinaux qui se rendent de toutes parts verscette capitale.

Trois corps également respectables de prêtres missionnaires existoient en France avant la révolution; les prêtres des Missions étrangères, dont le séminaire étoit rue du Bacg, les prêtres dils de Saint-Lazare, et ceux du Saint-Esprit. Leur destruction fut aussi impolitique

qu'injuste, et aussi contraire aux intérêts de la France qu'à ceux de la religion. Bonaparle lui-même, quand il fut en place, sentit l'utilité de ces établissemens. Il parut vouloir les rétablir et les protéger. Il permit aux prêtres de ces différentes associations de se réunir. Il leur donna des maisons. Il leor assigna 15,000 fr. de dotation. Mais bientôt, dans un de ces momens de caprice et d'humeur, qui devinrent surtout si fréquens depuis sa rupture avec le souverain Pontife, il frappa ces corps à peine naissans, dont il craignoit sans doute l'attachement au Saint-Siége. Il prononça la confiscation de ce qu'ils pouvoient avoir acquis ou conservé de bien-fonds. Cette mesure n'enrichit pas beaucoup le trésor; mais elle arrêla tout à coup les efforts des membres de ces congrégations. Elle dispersa les uns, et obligea les autres à renoncer à leurs vues pour la restauration de leur institution. Elle éloigna tous les jeunes élèves qui songeoient à suivre cette belle vocation. Il est digne d'un gouvernement plus juste, plus sage et plus religieux, de rétablir ce qui avoit été créé autrefois sous ses auspices. Louis XIV avoit protégé autrefois, d'une manière spéciale, les corps de missionnaires : il les propageoit au dedans et au dehors. Son successeur imitera un si noble exemple; mais il faudra se hâler si l'on veut trouver encore quelques débris des trois associations que nous avons nommées. Elles comptent peu de sujets, et la mort leur en enlève tous les jours. Une seule se trouve, en ce moment, en mesure de reprendre ses travaux et de recevoir des sujets; c'est celle des Misc sions étrangères, dont la maison, rue du Bacq, n'a point été vendue. Les Lazaristes et les prêtres du Saint-Esprit ne sont pas si heureux : ils n'ont pas de maison; mais ils comptent encore des membres pleins de l'esprit de leur état, et qui soupirent après le moment de le reprendre. Le respectable M. Berthoud, supérieur-général du Saint-Esprit, est plein de moyens et de désirs pour la restauration de sa compagnie, et il seroit bien digne

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des ecclésiastiques qui auroient cette vocation de se. mettre sous la conduite d'un si digne chef, et de s'associer à son zèle et à ses travaux. L'on espère surtout que ceux qui ont appartenu autrefois à ces associations, s'empresseront de s'y réunir de nouveau, et de reprendre des fonctions glorieuses et touchantes que la force seule les avoit empêchés de remplir. Nous reviendrons quelquefois sur un objet si intéressant pour la religion.

- Le 13 mai 1814, le Roi a écrit la lettre suivante aux archevêques et évêques de son royaume.

M. l'évêque de. ... La divine Providence a permis notre retour dans la capitale de nos Etats, où elle nous avoit ménagé les plus douces consolations. Nous y avons retrouvé nos sujets disposés à rentrer dans les principes de respect pour la religion, d'obéissance aux lois et de fidélité au Roi , qui ont, pendant tant de siècles, signalé leurs pères. Nous rapportons un tel et si heureux changement à celui qui tient dans ses mains les destinées des Rois et des peuples, et nous voulons qu'il lui en soit rendu de solennelles actions de graces. Je vous fais donc cette lettre pour vous dire qu'aussitôt que vous l'aurez reçue, vous fassiez chanter un Te Deum, en actions de grâces, dans toutes les églises de votre diocèse; que vous ayez à y convier les corps et compagnies qui ont droit d'assister aux cérémonies publiques. Cette lettre n'étant à autres fins, je prie Dieu, M. l'évêque de.. .... qu'il vous ait en sa sainte garde. Fait à Paris, le 13 mai 1814.

. Et plus bas,

Le baron de VITROLLES. -- Le même jour, le ministre provisoire de l'intérieur a adressé aux archevêques et évêques du royaume, la circulaire ci-après : Lettre circulaire du ministre provisoire de l'intérieur et des cultes, aux archevéques et évéques du royaume. Monsieur évêque, le Roi m'a ordonné de vous adresser

Signé, LOUIS.

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la lettre close ci-jointe, par laquelle S. M. demande des prières en actions de graces de son heureux retour dans la capitale de son royaume. Celte cérémonie a eu lieu'à Paris, et il s'y est développé tout ce que la religion nourril de sentimens profonds, tout ce que l'antique fidélité à nos Rois peut exciter de mouvemens nobles et touchans. Quatre cents mille François, les yeux baignés de larmes, ont suivi le fils de saint Louis et la fille de Louis XVI jusqu'au pied des autels, dans cette respectable Basilique qui a reçu, depuis tant de siècles, les voeux et les prières de nos pères. Un Roi de France est rentré dans NotreDame; cette expression si simple indique seule le retour aux saintes et vieilles moeurs de la France, à ce gouvernement paternel dont le principe fondamental étoit Dieu et le Roi, et la devise, Honneur et courage.'

Rien, M. l'évêque, ne peut rendre le sublime tableau de la fille de Louis XVI, tremblante de ses souvenirs et de ses douleurs, au pied des autels du Dieu qui pardonne, baignant de ses larmes le pavé du temple, invoquant ce Dieu pour les François, pour tous les François qu'elle a retrouvés; ange que le malheur avoit comme élevé audessus de la terre, et qui sembloit descendu du ciel pour réconcilier la France avec les mânes de son auguste père et avec la vertu.

Que n'a-t-il été donné à tous les François de contempler ce tableau ! Mais vous pourrez, M. l'évêque, les retracer aux fidèles de votre diocèse, et de reproduire au moins, dans la cérémonie solennelle

que
le Roi

prescrit, le triomphe de la Religion, de la France et de la paix, sur les illusions cruelles qui nous ont si long-temps égarés. Jamais trop de voix ne monteront vers le ciel pour le remercier de ce grand changement. En vain en chercherions-nous les causes dans les froids calculs de la politique

tique ou des combinaisons mondaines; tout ici a été grand, admirable, inespéré. Il faut y reconnoître le doigt de Dieu, et s'écrier ayec le Prophéte : Hoc factum est à Domino!

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