Page images
PDF
EPUB

leur a-t-il dit en finissant. M. de Saint-Vincent paroît digne de leur inculquer ces principes de religion et d'honneur, qui sont en effet pour la jeunesse le meilleur préservatif contre les dangers des passions.

SCHAFFHOUSE, 5 mai. M. le marquis de Bausset, préfet du palais, arriva ici hier matin avec M. le capitaine d'étatmajor autrichien, comte de Karactochay, pour faire le logement de S. A. I. l'archiduchesse Marie-Louise. Une partie des bagages les suivit de près. Cette princesse arriva vers neuf heures du soir : elle étoit escortée par un détachement des hussards de Kienmayer, et des dragons du canton. S. A. I. a daigné admettre ce matin à son audience les principales autorités civiles et militaires, après quoi elle s'est rendue avec une partie de sa suite à la maison de campagne de M. Winz, pour y voir la chute du Rhin. Cette princesse fera demain une petite excursion à Zurich, d'où elle reviendra ici le soir. Voici son itinéraire Jusqu'à Schoenbrunn : S. A. I. partira le 7 pour Constance, employera la journée du 8 à visiter les environs se rendra le gå Waldsée, le 10 à Kempten, le 11 à Reuti, le 12 à Inspruck, où elle s'arrêtera le 13. Elle en repartira le 14 pour se rendre à Saint-Jean, et le 15 à Salzbourg, où elle restera le 16. Elle partira le 17 pour Vallabruck, le 18 pour Ens, le 19 pour Moell, et arrivera le 20 au château de Schoenbrunn.

La suite de S. A. I. et du prince de Parme, son fils, est de soixante-deux personnes; voici les plus remarquables : la duchesse de Montebello; la comtesse de Brignole; la baronne de Hurtault-Castener; Mme. de Rabusson; le général comte Caffarelli, grand écuyer; le marquis de Bausset, préfet du palais; le comte Saint-Aignan, écuyer; le baron de Menneyal, secrétaire privé; le baron de Corvisart, médecin; Mme. de Montesquiou, gouvernante du prince; la baronne de Soufflot et sa fille. M. le général comte de Kinsky est chargé de la direction du voyage de S. A. I. Il a pour adjoints les comtes Wrbna et de Tofi.

SARAGOSSE, 9 avril. Le 6 de ce mois, S.-M. don

Ferdinand VII est arrivé dans cette ville, accompagné de l'infant don Carlos, son frère. A deux heures après midi, les salves d'artillerie annoncèrent son approche, et les habitans se livrèrent aux transports les plus vifs. La foule immense qui suivit S. M. depuis le pont de Gallego jusqu'à son logement, n'étoit qu'une nombreuse, famille de frères qui pleuroient dejoie et faisoient retentir l'air de leurs acclamations.

Le carrosse découvert qu'on avoit préparé pour $. M. étoit traîné par les honorables habitans qui avoient tant contribué à la gloire de cette ville, plus illustrée que Sagonte et Numance. Ceux qui avoient si bien défendu les droits du Roi avoient bien celui de mener en triomphe le prince pour lequel ils avoient si vaillamment combattu. S. M. voulut être accompagnée, dans cet état glorieux, par l'excellentissime seigneur don Joseph Palafox. Les héroïnes de Saragosse, vêtues simplement et avec modestie, aidoient à traîner le char de S. M. avec des rubans qu'on y avoient attachés. La marche étoit ouverte par un escadron des dragons de Madrid; ensuite venoient plusieurs compagnies de fusiliers, formées des défenseurs de cette ville, avec le gouverneur militaire, le lieutenant du roi et autres chefs de la place, le général Vintingham avec son état-major, et autres personnages distingués, tous à cheval.

Après avoir passé le pont de pierre, S. M. suivit le bord de l'Ebre et entra par la porte brûlée, suivant ta belle rue Del Coso jusqu'à la maison du comte de Sastago, où son logement étoit préparé.

La gazette de Madrid annonce que Son Em. le cardinal Louis de Bourbon, président de la régence du royaume d'Espagne, et S. A. R. l'infant don Antonio, frère de S. M. Ferdinand VII, sont arrivés à Valence, le premier, le 5 avril, et le second, le 7 du même mois, et qu'ils ont été reçus tous deux avec les démonstrations de la plus vive allégresse.

- Le Roi est arrivé, le 16 avril, à Valence. Il ne quittera cette ville que le 22, pour se rendre dans sa capitale.

C

CORRESPONDANCE authentique de la cour de Rome avec

la France , depuis l’invasion de l'État romain, jusqu'à l'enlèvement du souverain Pontife, avec les pièces officielles (1).

[blocks in formation]

Dans un premier article nous avons exposé les commencemens et les progrès de la querelle suscitée à Pie VII par un ennemi ambitieux et violent. Il nous reste à parler de la dernière mesure qui mit le sceau à l'iniquité, et qui consomma l'usurpation. La bulle du 10 juin 1809, avoit vivement irrité celui qui en étoit l'objet. La passion qui l'aveugloit, l'empêchoit de voir qu'il pouvoit bien être permis à un souverain de réclamer contre la violation de ses droits. On ne pouvoit sans doute regarder comme un abus du pouvoir des clefs, une réclamation si légitime, après tant d'outrages : ce n'étoient pas seulement les droits temporels du Saint-Siége qui avoient été méconnus ; on avoit aussi attaqué son autorité spirituelle par les violences exercées sur ses cardinaux , ses prélats et ses officiers, et par les entraves mises à l'exerPCC

insultes publiques contenues dans des décrets flétrissaos, et dans une gazette rédigée exprès pour avilir le Saint-Siége. On l'avoit attaqué par l'état de capti

(1) i volume in-8°. ; prix, 2 fr. 50 c. et 3 fr. 25 c. franc de port. A Paris, chez Saintmichel, quai des Augustins , et Adrien Le Clere, même quai, no. 35.

Tome I". L'Ami de la Relig. et du Roi. No. IX.

vité où l'on tenoit le souverain Pontife. Quoi qu'il en soit, le loup ravisseur s'irrita des cris de l'agneau, et l'enlèvement de Pie VII fut résolu. On fit des préparatifs pour exécuter dans l'ombre cette dernière violence. Le saint Père, qui en fut averti, adressa à ses sujets un écrit où il protestoit contre la force, tout en livrant ses mains. Ce fut la dernière fois qu'il put s'adresser à son peuple. La nuit du 5 au 6 juillet 1809, à une heure du matin, des troupes françoises se portèrent vers le palais de Monte-Cavallo, d'où le Pape n'étoit pas sorti depuis l'invasion de Rome. Des soldats franchirent les murs du jardin, tandis que

d'autres escaladèrent la partie du palais occupée par les domestiques de sa Sainteté. On parvint ainsi à pénétrer. Les suisses, au nombre de trente-huit, avoient reçu ordre du saint Père de ne point opposer une résistance inutile : on les désarma. Le général Radet monta aux appartemens du Pape, et y entra avec un pelotons de soldats. Il trouva le souverain Pontife à son bureau , revêtu du rochet, du camail et de l'étole. ll paroît que sa Sainteté, instruite de la violence qu'on méditoit, ne s'étoit pas

couchée. Pourquoi venez-vous troubler ma demeure? que voulez-vous? dit-elle au général. Celui-ci dit au Pape , qu'il pourroit rester à Rome, s'il vouloit abdiquer sa souveraineté temporelle. Non, reprit vivement le souverain Pontife , je ne rétracterai point ce que j'ai fait. Dans ce cas,

répartit le général , j'ai ordre de vous emmener de Rome. Le Pape se leva, et sans prendre autre chose que son bréviaire, il s'avança vers la porte , donnant la main au cardinal Pacca, secrétaire d'Etat, qui s'étoit rendu dans son appartement. On les conduisit à la porte qui avoit été enfoncée. Là se trouva une voiture dans la

quelle ils montèrent. Il étoit trois heures du matin. La voiture, escortée de soldats, passa par les rues les moins fréquentées. Hors des murs, on prit des chevaux de poste, et les postillons eurent ordre de faire le plus de diligence possible. On tenoit la voiture fermée. Cet enlèvement ressembloit à celui qu'avoit éprouvé Pie VI, onze ans auparavant : c'étoit le même esprit de violence et d'impiété qui présidoit à l'un et à l'autre.

Le jour même du départ, on arriva à Radicofani, premier village de Toscane, à trente-six lieues de Rome. Il fallut s'y arrêter. La fatigue et la chaleur ayoient incommodé le Pape, qui fut rejoint en cet endroit par le prince Doria , son maître de chambre, et par quelques personnes de sa maison. Malgré les précautions de ses gardiens, le bruit de son arrivée se répandit : on avoit peine à contenir la multitude qui donnoit des signes d'affliction. On repartit le 7 au soir. On

passa par Sienne et Florence. Dans cette dernière ville, sa Sainteté fut séparée du cardinal Pacca, à qui on fit prendre la route de Bologne, tandis qu'on la conduisoit

par
la route de Pise : elle passa par

Chiavari et Alexandrie , et étoit à Turin , le 17 juillet. On ne s'y arrêta pas. Le Pape se trouva mal dans un village voisin , où on voulut bien lui laisser un moment de repos.

Le même jour on arriva au Mont-Cénis, et le Pape passa deux jours à l'hospice. Il en repartit, le 20, par la route de Chambéri. En sortant de Montmelian , il lui fut permis de recevoir dans sa voiture le cardinal Pacca, à qui on avoit fait reprendre la même route : ils entrèrent ensemble à Grenoble, le 21 juillet; mais ils furent séparés de nouveau et sans retour. Le peuple s'empressoit pour recevoir la béné

« PreviousContinue »