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diction du saint Père, et quelques fidèles furent admis à l'honneur de lui parler : le clergé fut constamment écarté.

Le jér. août, le cardinal Pacca fut conduit à Fenestrelle, sans pouvoir même faire ses adieux au souverain Pontife, qui fut mené du côté de Valence. On le conduisit par Avignon , Aix el Nice. L'évêque de cette dernière ville vint saluer le Pape. La reine d'Etrurie et son fils, accompagnèrent aussi sa Sainteté, dont l'entrée eut l'air d'un triomphe : le peuple témoignoient, par ses acclamations, la part qu'il prenoit à la situation du chef de l'Eglise. Pendant les trois jours que le Pape passa à Nice, ce fut un concours continuel pour

le voir et recevoir sa bénédiction, et il se prêta plusieurs fois aux désirs de cette multitude. Il se remit en route, le 10 août , pour Savone, où il fut logé d'abord chez le maire, puis au palais épiscopal, puis à la préfecture : il étoit gardé par une compa-, gnie de gendarmes , et on ne pouvoit lui parler sans témoin. L'évêque de Sayode même n'avoit pas cette liberté. Les cardinaux Doria, en passant par cette ville pour

aller à Paris , où on les faisoit venir comme les autres, n'eurent pas la permission d'entretenir sa Sainteté ; ils ne la virent que de la place publique avec la foule. Au mois de septembre, on envoya à Savone un officier de la maison de l'empereur pour tenir la maison du Pape. On offrit au saint Père cent mille écus

par mois, un train et des équipages convenables, disoit-on, à sa dignité : il resusa tout; mais l'envoyé ne resta pas moins à Savone avec les gens qu'il avoit amenés. Peu après arriva un général avec le titre de maître du palais; il monta avec beaucoup d'appareil une maison pour le Pape. On mettoit beaucoup d'en

pressement à faire eu sorte que le saint Père se prêtât à ces arrangemens, auxquels il resta toujours étrauger. On vouloit essayer de gagner, par de l'argent par de vains honneurs et par le faste, celui qui avoit résisté aux menaces et aux mauvais traitemens; mais il resta inébranlable. En même temps, par une contradiction qui prouvoit les vues perfides de l'auteur de ces vexations, on empêchoit le Pape de parler et d'écrire à qui que ce füt. On le séparoit successivement du peu de serviteurs qui lui étoient restés : on le faisoit garder par un capitaine de gendarmerie , qui ne le quittoit point le jour et la nuit : enfin, on le tenoit dans une contrainte , et on exerçoit sur lui une inquisition qui n'avoit d'autre effet que de faire éclater davantage le courage, la patience et le calme du généreux et iutrépide pontife, dans cette guerre de l'ambition et de la violence contre l'honneur, la religion et la vertu.

Tel est le récit abrégé des premières persécutions de Pie VII. Elles font le sujet du volume que nous annonçons, et qui a d'autant plus d'intérêt, qu'il donne textuellement les pièces officielles émanées de la cour de Rome, les notes diplomatiques des ministres de sa Sainteté, et leurs réponses aux allégations et aux reproches de l'ennemi du Saint-Siège. Parmi ces pièces, il en est surtout de précieuses par leur étendue, ct par les raisons et les faits qui y sont énoncés. Nous avons remarqué entr’autres une dépêche du cardinal Gabrielli, en date du 19 avril 1808, une autre du 19 mai suivantetune du 30 novembre: elles sont pleines de force et de modération, et elles suffiroient pour montrer de quel côté étoient la justice et le bon droit, s'il pouvoit y avoir, à cet égard, l'ombre d'un doute. Ces

pièces sont d'ailleurs des monumens historiques ; ce sont des matériaux pour les annales de la religion, et d'honorables témoignages en faveur des droits de l’Eglise, et de la conduite pure et ferme de son vénérable chef. On y admirera la pieuse constance de cet auguste captif : son courage s'y montre sans ostentation, et sa bonté y paroît sans foiblesse. Il règne dans la simplicité de ses défenses une dignité imposante. On voit dans quelle source il puisoit sa résistance et sa résignation, et on ne peut s'empêcher de remarquer que, prisonnier, opprimé, calomnié, abreuvé d'outrages, il étoit néanmoins plus grand aux yeux du monde même, que son persécuteur entouré de tout l'appareil de la force et de la puissance. La vertu daus le malheur avoit un éclat qui éclipsoit la fausse grandeur de l'injustice sur le trône : c'étoit le sage de Sénèque en proie à la mauvaise fortune, et la domptant par sa noble fermeté, tandis que le coupable oppresseur frémissoit de dépit au milieu de sa toutepuissance, de voir les projets de son ambition contrariés par la résistance passive d'un seul homme.

Ce recueil est donc extrêmement précieux. Nous regrettons qu'il s'y soit glissé des pièces qui , nonseulement n'ont aucun caractère d'authenticité, mais qui sont même fausses. Telle est celle intitulée : Pie VII aux cardinaux, et datée du 5 février 1808. Le style en est tout-à-fait étranger à celui de la cour de Rome; et elle contient d'ailleurs de prétendues demandes faites par le gouvernement françois, auxquelles on ne doit ajouter aucune créance. Telle est encore une lettre sur le voyage du Pape, datée de Gênes, le 10 août 1809, et qui se trouve à la page 107 du volume : elle renferme des faits inexacts. Il est fâcheux

qu'on ait mêlé ces pièces apocryphes avec des documens très-authentiques et des notes ministérielles, et il étoit utile d'en prévenir nos lecteurs, afin de leur apprendre à discerner le vrai du faux, et ce qui émane du Saint-Siége, d'avec ce qui est supposé.

Depuis que nous avons donné notre premier article sur la Correspondance, nous avons reçu une lettre anonyme où l'on nous adresse, à ce sujet, quelques reproches que nous ne méritons pas. L'auteur nous blâme d'avoir dit que Napoléon n'étoit pas

nommé dans la bulle d'excommunication ; et il cite un bref du 12 juin, envoyé, dit-il, aux évêques de France, et adressé à tous les fidèles, où cet empereur étoit positivement nommé. Mais nous pouvons lui rendre, à cet égard , la leçon qu'il veut bien nous faire. Nous pouvons l'assurer que le bref, dont il s'appuie , est faux et apocryphe : c'est ce que nous a certifié for mellement un prélat romain, distingué par son mérite, ainsi que par

que par la part qu'il a ene dans la dernière persécution. Honoré de la confiance du Pape, qu'il a payée de quatre ans de prison, il étoit plus en état que personne de nous donner des lumières sur l'authenticité des pièces qui composent la Correspondance, etil a eu la bonté de lever sur ce point tous nos doutes. Il avoit connoissance de ce faux bref,

que

l'on trouve je crois , dans l'édition de Gênes , et qui a été, avec raison, supprimé dans les autres. Son téinoignage est une autorité qui doit en imposer à l'auteur de la lettre, lequel a peut-être plus de zèle que de connoissance précise, et plus de bonnes intentions que d'exactitude et de critique. Qu'il prenne des informations, et il verra qu'en voulant nous redresser, c'est lui qui a besoin de l'être. Il est fort attaché aux réa

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gles de l'Eglise; nous l'en louons, et nous espérons ne pas lui céder en cela : mais nous ne pouvons vous persuader que la circonspection et les ménagemens qu'il nous reproche soient des défauts. La circonspection est toujours une chose louable, et les ménagemens pour les personnes sont conformes à l'esprit de la religion, qui , en même temps qu'elle est inflexible sur les principes, permet, commande même pour les individus l'indulgence et la modération. Le zèle peut avoir ses excès, comme la tiédeur et l'indifférence; et il ne convient point aux simples fidèles de vouloir être plus difficiles que le Pape , et plus sévères que l'Eglise. Nous nous tiendrons constamment à ces autorités imposantes, à ces guides sûrs ; mais nous n'irons pas plus loin, et nous espérons qu'en cela, nous serons approuvés par toutes les personnes sages et religieuses.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES. On dit que le Pape a dû faire son entrée à Rome, le 10 de ce mois, avec les membres du sacré collége qui l'avoient rejoint. Partout le saint Père étoit accueilli avec cet empressement et cet intérêt qu'on doit à sa dignité, à sa vertu et à ses longs malheurs. Les peuples accouroient sur son passage A Bologne, sa présence a été célébrée par des fêtes , et cette ville qui avoit été détachée précédemment du domaine du Saint-Siége, a paru revoir avec un nouveau plaisir son ancien maître. On se flatte

que dans un moment de restitution générale, le souverain Pontife sera admis à faire valoir ses droits sur tout le patrimoine de l'Eglise. Déjà, on a remarqué que Pie VII étoit allé à Ravenne, quoique cette ville ne se trouvât pas sur sa route; et les politiques

sturent que puisque chacun reprend son bien, le

glise ne sera pas seul priyé de cet avantage, Ᏹ

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