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retiré en témoignant sa satisfaction de l'ordre et de la tenue de toutes les parties de l'établissement.

L'ancien vice-roi d'Italie est arrivé à Paris. On assure qu'il sera fait maréchal de France. Il a eu l'honneur d'être présenté au Roi. La Princesse, son épouse, s'est retirée à Munich.

- Bonaparte est arrivé à l'ile d'Elbe. Ce qu'on a dit de ses frayeurs, sur sa route, est parfaitement exact. Ce caractère si énergique a eu peur en plusieurs rencontres. Il avoit alors recours aux commissaires qui l'accompagnoient, et réclamoit leur protection d'un air fort humilié. Il s'est déguisé une fois pour échapper aux fureurs du peuple. Il est curieux de comparer cette poltronnerie avec la jactance et la hauteur qu'il affectoit dans ses discours et dans ses bulletins. Il nous avoit dit que l'adversité ne le trouveroit point au-dessous de lui-même. Il n'avoit pas prévu, sans doute, que l'épreuve dût être si rude et si prochaine. Il a, dit-on, formé le projet de se bâtir un palais dans son île. En attendant, il se contente d'une inaison où il a trois pièces seulement. On ajoute que les habitans ne l'ont pas trop mal reçu.

La princesse Catherine de Wurtemberg, qui avoit été mariée à Jérôme Bonaparte, a passé, le 29 avril, par Neuchâtel, en Suisse. Elle se rend à Berne, auprès de Jérôme, dont elle persiste à partager le sort. Cette princesse a éprouvé plus d'un malheur. Depuis la chute de la famille à laquelle elle étoit alliée, elle a été attaquée, sur la route d'Auxerre, par des hommes apostés, qui lui ont pris son argent et ses bijoux. Laissée dans la détresse, elle a été obligée d'écrire à un souverain magnanime pour réclamer des secours qui la missent en état de continuer sa route. Elle a été reçue avec honneur en Suisse, qui paroît devoir être l'asile de plusieurs membres de cette famille. Joseph est à Lausanne, et Louis à Vevay. Jelés, malgré eux, à ce qu'on dit, dans les routes

de l'ambition, ils se tiendront sans doute tranquilles dans leur retraite, et y trouveront le repos dont ils peuvent jouir avec le magnifique traitement qu'on leur laisse.

- On découvre tous les jours de nouvelles injustices du perturbateur de l'Europe. Il avoit fait enfermer dans un couvent, à Rome, l'infante d'Espagne, veuve du roi d'Etrurie. Il lui avoit ôlé ses Etats, en 1807, sans lui donner rien en compensation. Il devoit lui donner, ainsi qu'au prince, son fils, héritier de la branche de Parme, une rente annuelle de 400,000 fr. Il trouva plus expéditif de la mettre, ainsi que son fils, dans un couvent, à Rome, où on laissoit cette malheureuse princesse manquer

du nécessaire. Elle ne pouvoit voir personne. Elle est enfin sortie de sa prison, le 29 janvier dernier, au bout de trente mois de détention. C'est le roi de Naples qui a ordonné son élargissement.

TURIN, 10 mai. Hier et aujourd'hui , il est entré ici beaucoup de troupes autrichiennes, infanterie et cavalerie. M. le général Bubna a fait publier ce matin une déclaration du maréchal prince de Schwartzemberg, au nom des puissances alliées,

datée de Paris, le 25 avril, et adressée aux sujets des Etats de Terre-Ferme de S. M. le roi de Sardaigne au-delà des Alpes, et à ceux du comté de Nice. On leur annonce qu'ils vont rentrer sous la domination de cette auguste famille, qui, pendant tant de siècles, a fait leur bonheur et leur gloire; qu'en conséquence d'une convention faite avec la France, les troupes autrichiennes vont prendre possession de leur pays au nom de leur souverain légitime, VICTOR-EMMANUEL. En attendant l'arrivée de S. M. sarde, ses Etats seront administrés par un gouverneur militaire chargé de leur défense, et par un gouverneur civil, assisté d'un conseil de régence.

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Assemblée de charité,

Malgré les troubles de la révolution, la charité avoit rétabli, da as Paris même, l'ancienne société spécialement chargée de porter aux prisonniers, les secours et les consolations que la piété doit au mal, heur, et qui, dans ces derniers temps, étoient si souvent devenus nécessaires à la vertu persécutée. Tolérée

par

le gouvernement, la société paroissoit presqu’unique : ment occupée des détenus pour dettes et de leurs familles. A peine osoit-elle avouer que souvent elle allégeật les souffrances de ces prisonniers, qui n'eurent d'autre crime que trop d'attachement à leurs devoirs. Des François, fidèles à leur Roi; de saints prêtres qui refusèrent de trahir leur conscience; des Espagnols, qualifiés de rebelles, par cela seul qu'ils résistoient à l'usurpation; des prisonniers de guerre lui furent redevables de l'allégement de leurs maux.

Long-temps cette association, à la tête de laquelle on aime à retrouver l'instituteur d'un Roi captif (1), dut s'imposer la réserve la plus grande; mais aujourd'hui il lui est permis de remplir un devoir dont elle avoit toujours été privée.

Dans cette vue, lundi prochain, 23 mai, elle fera célébrer, à midi et demi précis, dans l'église de Saint-Thomas-d'Aquin, un service solenvel pour toutes les victimes de la révolution, et notamment pour les prisonniers morts pendant nos longs malheurs.

Au milieu de la messe, une exhortation analogue à la circonstance sera faite par M. l'abbé Duval.

La cérémonie sera terminée par une quête pour les pauvres prisonniers.

Les détenus pour opinions politiques ont recouvré leur liberté ; mais un grand nombre n'ont pu encore se procurer aucune ressource : et les prisonniers pour dettes ne sont pas rendus à leurs enfans.

Les personnes qui, désirant concourir à cette bonne cuvre , pourroient pas, le jour de la quête, apporter leur aumône, sont priées de la déposer chez Mme, la comtesse de Gibon, trésorière de la société, rue Neuve-Notre-Dame-des-Chanıps, no. 24; ou chez MM. les notaires dont les noms suivent :

MM. Duchesne , rue Saint-Antoine , no. 200; Robin , rue des Filles-Saint-Thomas, no. 19; Louveau, rue Saint-Martin, no. 1199 Rendu, rue Saint-Honoré, no. 317; Boulard, rue des Petits-Augustins, no. 21; Denis, rue de Grenelle-Saint-Germain, no. 3.

ne

$1) M. l'abbé d'Avaux, instituteur de Louis XVII.

Sur l'esprit public, les opinions, les alarmes et les

critiques. Au milieu de la révolution mémorable qui vient de nous sauver et qui occupe avec raison tous les esprits, il en est qui conservent je ne sais quelle inquiétude et quelle défiance assez peu raisonnables et assez peu fondées. On entend des gens peureux se plaindre tout bas. L'un trouve qu'on se presse trop, l'autre qu'on ne se presse pas assez. Celui-ci est fâché qu'il n'y ait pas encore de constitution, celui-là trouve mauvais qu'on s'occupe d'en rédiger une. Ilyen a qui voudroient proscrire impitoyablement tout ce qui tient au nouveau régime, et il y en a au contraire qui redoutent tout ce qui est du régime ancien. Cette mesure est intenipestive, vous dit-on, cette loi est prématurée, cette démarche est imprudente. Enfin au milieu du concert des acclamations, quelques voix discordantes sément l'alarme , propagent la défiance, font courir des bruits fấcheux. Il règne parmi certaines gens une manie trondeuse dont je crois reconnoître le principe. Comme nous avons vécu long-temps sous des gouvernemens que nous détestions, nous nous sommes accoạtumés à en blâmer toutes les opérations. Cette censure étoit, la plupart du temps, fort légitime; mais elle est devenue aussi une affaire de mode, et j'ai peur qu'elle ne survive aux circonstances qui l'ont fait naître, et qui l'excusent. Cette habitude de contrôler régnoit dans toutes les classes, parce que toutes les classes souffroient. Cbacun vouloit raisonner sur le passé, sur le présent, sur l'avenir, parce qu'en effet sur tous ces points il y avoit de quoi exciter le mécontentement et

Tome Jer, L'Ami de la R. et du R. No. X.

l'inquiétude. Cette disposition, je lerépète, étoit fondée sous un gouvernement justement haï, mais elle doit cesser sous une administration bienfaisante et paternelle. La frayeur de l'esclave doit faire place à la confiance filiale. Pourquoi donc voil-on encore des esprits soupçonneux semer des plaintes vagues, et affecter des craintes ridicules ? Pourquoi continuent-ils à blâmer et à critiquer, tandis que tous devroient se réunir

pour approuver et applaudir? Nous ne vivons plus sous un étranger ambitieux dont on pouvoit tout redouier. Nous avons retrouvé un Roi, né parmi nous, issu d'une famille liée depuis long-temps avec nous, par des noeuds étroits, un Prince sage , mûri à l'école de l'adversité, et que le temps, ses réflexions, ses malheurs et de grandes leçons, ont instruit et préparé de longue main pour les importantes fonctions qu'il a à remplir. Quel meilleur garant pouvons-nous avoir de sa sagesse , que les méditations et les études auxquelles il s'est livré dans sa retraite, et les premières démarches par lesquelles il a signalé le commencement de son règne? Reposons-nous donc sur lui du soin de sortir des circonstances difficiles où nous nous trouvons. Faisons taire nos habitudes inquiètes, nos craintes pusillanimes, notre manie de censures et de blâme. une justé confiance en un Prince qui vent le bien. Secondons-le de tout notre pouvoir, en inspirant aux autres cette confiance, en n'ayant pas l'air de douler du succès. C'est servir la cause du tyran qui n'est plus que de semer des alarmes sur l'avenir et de grossir le mal. Il a des émissaires secrets qui se plaisent à tout envenimer , à tout contrôler , qui ne parlent que

d'embarras, de contradictions, d'oppositions, qui jugent tout impossible. Nous sommes, sans nous en douter, les échos de ces gens-là quand nous critiquons aussi ce

Ayons

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