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qui se fait, ou que nous manifestons des craintes sur ce qui se fera. Ne cédons point à ces impulsions étrangères. Défions-nous de cet esprit frondeur, fruit de la révolution, et qui doit finir quand elle est terminée. Ballotés par l'orage, n'ayons plus la prétention d'être les pilotes , et abandonnons le gouvernail à des mains plus habiles et plus sûres. Il est temps que chacun ne se mêle que de ce qui le regarde, et se défasse de cette prétention de juger tout. Il est temps d'abandonner les hautes discussions de la politique, et le soin des affaires de l'Etat à ceux que leur rang et leurs études appellent à endécider. Rentrons chacun dans les bornes de nos attributions respectives. Attendons tranquillement que des têtes plus mûres sondent nos plaies, et 'en trouvent le remède. Modérons cette vivacité nationale, cette ardeur qui empiète sur l'avenir, et qui s'inquiète de tout. La sagesse consiste à être calme dans sa prévoyance, à ne vouloir pas jouir trop tôt, et à ne pas troubler, par une agitation intempestive, les premiers momens d'une paix, qui a besoin du temps pour faire sentir partout son influence.

Des gens timides ou soupçonneux, craignent, disent-ils, d'être gouvernés par des prêtres. Comment l'entendent-ils? Croient-ils que ce seroit un si grand malheur

que

les ministres de la religion eussent que que

influence? Sans doute je ne souhaite' point au clergé de devenir puissant. Je ne souhaite point à ses membres des fonctions éclatantes qui les éloigneroient de celles de leur état. Je crois qu'il est utile en général que les ecclésiastiques s'occupent de leur ministère, sans prétendre pourtant priver l'Etat des talens et des services de ceux qui, comme Suger, d'Amboise ou Richelieu, sauroient s'illustrer

par de grandes vues politiques et par les soins de l'administration. Mais en même temps

que je désire que les prêtres soient 'restreints à leurs fonctions naturelles, je souhaite qu'on les environne aux yeux des peuples d'une considération qui tournera moins encore à leur avantage qu'à celui de la société. Le gouvernement qui vient de tomber les tenoit dans l'oppression. Il avoit toujours l'air de les craindre. H les trailoit avec défiance, il les punissoit avec sévérité. Comme il n'étoit pas religieux, il redoutoit tout ce qui tenoit à la religion. Comme il savoit que le clergé blâmoit sa conduite envers le chef de l'Eglise, il étoit toujours prêt à sévir contre le clergé, et la conscience de ses torts lui en faisoit commettre de nouveaux. Cet état de choses va cesser. La religion sera honorée. On ne la traitera plus comme un objet de pohtique. Nos Princes la chérissent par sentiment, la pratiquent par conviction, la font respecter par devoir. Ils sentent que nos maux viennent de l'avoir méconnue, et qu'il est de leur intérêt de la protéger franchement. Ils propageront, ils affermiront son empire, ils chercheront à augmenter son influence, à la rendre vénérable aux yeux des peuples, à la rappeler dans les esprits qui l'ont oubliée. Les méchans avoient eu leurs raisons pour la décrier. Ils vouloient faire la révolution, et pour y réussir , il falloit ôter au peuple sa morale et les principes de religion qui en sont la base. De là tant de livres et de pamphlets contre les prêtres. De là ce soin de les rendre odieux ou ridicules, et ces diatribes semées contr'eux jusque dans les campagnes où on redoutoit leur influence. Il est juste et politique de les relever de cet état d'abaissement et d'humiliation. Sans être trop ambitieux, ils peuvent prétendre à jouir du repos et de l'estime qui leur est due. Leurs ennemis leur envieroient-ils cette consolation ? Il est temps d'ab

jurer les petitesses comme les fureurs de l'esprit irréligieux. Il est temps de revenir à des idées plus saines , plus morales, plus sociales. La religion est an besoin de tous les hommes. Tous sont intéressés à ce qu'elle soit honorée et suivie. Un système contraire tiendroit encore aux idées révolutionnaires, au délire philosophique, à ces temps de vertige et de licence, où l'on vouloit briser tous les liens, et détacher l'homme de toutes ses affections. Ceux qui seroient fâchés de voir le clergé considéré, seroient apparemment les mêmes qui, trompés par leurs préventions, ou égarés par l'esprit des dominateurs d'alors, se consoloient, peut-être, de le voir misérabie, proscrit, outragé. Mais les ames honnêtes, mais les cours sensibles, mais les têtes sages, doivent souhaiter que les ministres de la religion recouvrent cette influence qui rend leur ministère l'appui du pauvre,

la lation du malheureux, le lien des familles, la sûreté de l'Etat, le noud sacré qui unit les sujets au souverain, la voix éloquente qui instruit chacun de ses devoirs. Il n'y a rien là qui doive éveiller la jalousie ou inquiéter la prévoyance. Les prêtres voudroient pousser plus loin leurs prétentions qu'ils ne le pourroient pas. Ils voudroient régner qu'ils seroient repoussés par l'opinion générale. On se soulevcroit contre leur ambition pour peu qu'ils en manifestassent. Tant de gens se soucient peu de leurs fonctions . essentielles, et déclament contre leur influence la plus raisonnable et la plus nécessaire : que seroit-ce si on les voyoit usurper des fonctions qui leur sont étrangères, et aspirer à un pouvoir qui n'est pas de leur ressort ? Une pareille tentative donneroit trop beau jeu à leurs déiracteurs. Mais cette supposition est chimérique. Les prêtres ne réclament que les droiis

conso

H

et les priviléges qu'on ne peut leur refuser sans injustice. Ils ne demandent qu'une entière liberté de faire le bien, que l'exercice tranquille de leur ministère, que l'espoir d'être encouragés et protégés. Ces avantages, ils ont droit de les attendre d'un Monarque pieux, qui honorera en eux les ministres de la religion qu'il professe et qu'il aime; mais qui en même temps trouvera dans ses lumières acquises, dans son caractère ferme, dans ses intentions pures, tous les moyens nécessaires pour nous gouverner sagement, sans avoir besoin de se laisser dominer luimême, et de recevoir autre chose que des conseils que sa prudence ne lui fera point négliger, mais qu'il pesera avec discernement, et dont il fera l'usage que lui indiquera son expérience.

Espérons tout d'un Prince, qui, en même temps qu'il a montré pour vous une bonté paternelle et une sensibilité vraie , a déjà , en plusieurs rencontres, déployé pour notre bien une fermeté et une énergie qui doivent nous donner la plus grande confiance. Des bruits qui paroissent fondés, nous ont appris que dans les discussions sur la paix, il a su allier les ménagemens et la vigueur, les égards qu'il devoit à ses nobles alliés et les jusles droits de sa couronne, et qu'il a défendu nos intérêts avec cette chaleur et cette force que lui inspirent, et ses sentimens paternels, et son désir de nous rendre heureux. Nous le serons, en effet, si nous consentons à le devenir, si nous calmons cette agitation qui nous tourmente, si nous imposons silence à nos murmures imprudens et à nos alarmes irréfléchies, et si , sortant, enfin, de ce tourbillon qui nous emportoit , libres de cette fermentation intérieure dont nous étions le jouet, nous avons la sagesse de nous laisser conduire au

port , et de souffrir qu'on nous sauve et qu'on nous rende le repos, la liberté, et tous les biens d'une ad ministration stable, juste et paternelle.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES. Nous apprenons, par une voie respectable et sûre, que le Pape a envoyé à Montefiascone un vicaire apostolique, chargé de gouverner le diocèse, avec ordre, si M. le cardinal Maury se présentoit dans sa ville épiscopale, de lui signifier qu'il eût à se rendre, au plutôt, à Rome. Nous ne faisons aucune réflexion sur ce fait, nous réservant d'entretenir quelque jour nos lecteurs du détail des griefs nombreux que le Saint-Siege, et particulièrement le Pape régnant, est en droit d'articuler contre un homme qui a semblé prendre plaisir à avilir la pourpre.

Le souyerain Pontife a adressé, le 4 mai, à ses sujets une proclamation datée de Césène. Elle est ainsi conçue :

« Les desseins de la miséricorde divine sur nous se sont enfin accomplis. Précipités de notre siège pacifique avec une violence inouie, arrachés à l'amour de nos chers sujets, traînés de contrée en contrée, nous avons été condamnés à gémir dans les fers pendant près de cinq années. Nous avons versé dans notre prison des. larmes de douleur, premièrement pour l'Eglise confiée à nos soins, parce que nous en connoissions les besoins. sans pouvoir lui porter secours; ensuite pour les peuples qui nous sont soumis, parce que le cri de leurs tribulations paryenoit jusqu'à nous sans qu'il nous fût possiblede leur donner des consolations. Les profondes amertumes de notre affliction et de notre douleur étoient néanmoins tempérées par la ferme confiance où nous étions, que le Dieu très-miséricordieux, justement irrité par nos péchés, s'appaiseroit un jour, et qu'il leveroit son bras tout-puissant pour briser l'arc ennemi tendu centre

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