Page images
PDF
EPUB

nous, et pour rompre les chaînes qui entouroient son vicaire sur la terre. Notre confiance n'a point été trompée; l'orgueil humain qui, dans sa folie, prétendoit s'égaler au Trés-Haut, a été humilié, et notre délivrance, qui étoit aussi le but des généreux efforts de l'auguste coalition, s'est opérée par un prodige inattendu.

» Reconnoissant que nous devons tout à cette toutepuissante Providence qui règle souverainement les destinées de l'homme, nous ne nous lasserons jamais de la bénir et de chanter ses louanges.

» Nous avons consacré les prémices de notre liberté au bien de l'Eglise. Cette Eglise, qui a coûté à son divin fondateur le prix de tout son sang, devoit être le premier objet de notre sollicitude apostolique.

» A cet effet, nous avions voulu accélérer notre retour dans la capitale, soit comme étant le siége du Pontife romain., pour nous y occuper des grands et nombreux intérêts de la religion catholique, soit comme étant la résidence de notre souveraineté, pour y satisfaire plutôt l'ardent désir que nous avons d'améliorer le sort de nos bons sujets; mais des raisons plausibles nous en ont empêché jusqu'à présent. Encore un peu de temps, et nous les presserons contre notre sein, comme un tendre père, après un long et pénible pélerinage, serre etroilement ses enfaus biens-aimés.

» En attendant, nous nous faisons précéder par un délégué, qui, en vertu d'un écrit spécial de notre main, reprendra pour nous, et respectivement pour le SaintSiége apostolique, tant à Rome que dans nos provinces, conjointement avec les autres délégués subalternes déjà choisis par nous, l'exercice de notre souveraineté temporelle, si essentiellement liée à notre indépendance et notre suprématie spirituelle. Il procédera , de concert avec une commission d'Etat, par pousnommée, à la formalion d'un gouvernement intérieur, et prendra, autant que les circonstances le permettent, toutes les mesures qui pourront contribuer au bonheur de nos très-fidèles sujets.

[ocr errors][merged small][merged small][merged small][merged small]

1

il sera

» Que si, d'après le résultat d'arrangemens militaires concertés, nous ne pouvons reprendre, dès ce moment, l'exercice de notre souveraineté dans toutes les autres possessions de l'Eglise, nous ne doutons pas que nous n'y rentrions au plutôt, non moins plein de confiance dans l'inviolabilité de nos droits sacrés auxquels nous n'entendons porter la moindre atteinte

par

le présent acle) que dans la justice éclairée des invincibles souverains alliés, de qui nous avons déjà reçu des assurances positives et consolantes.

» Ministre de paix, nous exhortons tous nos sujets à rivaliser de zèle pour conserver la tranquillité, qui est le voeu le plus cher de notre cour. Si quelqu'un osoit la troubler, sous quelque prétexte que ce fût, irrémissiblement pani selon toute la rigueur des lois.

» Nous déclarons à nos sujets que, s'il en est parmi eux qui se soient rendus coupables de quelque délit, il n'appartient qu'à notre autorité souveraine d'examiner s'il

y a délit, de quelle nature il est, et d'y proportionner la peine. Qu'ils soient donc tous, comme ils doivent rêtre, des fils obéissans; qu'aucun d'eux n'ose s'arroger notre autorité paternelle, et que tous soient subordonnés aux lois et à la volonté du commun.

» Dans la confiance où nous sommes que nos bons sujets se conformeront avec fidélité à nos intentiohis souveraines et paternelles, nous leur donnons de tout notre cveur la bénédiction apostolique.

>> A Céséne, le 4 de mai 1811, de notre pontificat l'an 15».

PIE, P. VII. . On fait successivement dans toutes les églises de Paris, des services funèbres pour Louis XVI, pour la Reine, pour le Roi leur fils, et pour Mme. Elisabeth. La 'piété des fidèles s'empresse de prendre part à ces actes de religion, et d'expier, en quelque sorte, par leurs prières, le crime commis envers ces augustes personnages. Des discours analogues ont été prononcés en plusieurs églises.

M. l'abbé le Hericey, grand-vicaire de Versailles, vient de mourir presque subitement. Il occupoit cetto place depuis 1802, et avoit montré dans l'organisation, et ensuite dans l'administration du diocèse, des talens qui justifioient le choix de M. l'évêque, qui lui avoient attiré l'estime.

- Vincennes, qui avoit été, il y a dix ans, le théâtre d'un grande iniquité, devoit, ce semble, donner l'exemple d'une réparation éclatante. Aussi on y a célébré, lo lundi 16, un service solennel pour le jeune et vertueux Prince, mis à mort en ce lieu d'une manière si barbare. M. le curé de Vincennes a prononcé son oraison funèbre. On sait que celle malheureuse victime de la tyrannie demanda un confesseur, qui lui fut refusé. Elle n'obtint que quelques instans pour se préparer à la mort.

- Tous les jours, S.M. reçoit de nouvelles députations qui sont admises à lui être présentées. Elle entend leurs discours avec bonté et intérêt, et y répond avec celte présence d'esprit et cette facilité qui la caractérisent. Elle reçut, le 17. mai, les curés de Paris, et leur dit qu'elle savoit combien leur corps méritoit son estime et sa confiance, et qu'elle leur demandoit le secours de leurs prières pour l'aider à faire le bien. La ville de Blois a témoigné le désir de recouvrer son ancien évêque, M. de Thémines, quiétoit exiléen Angleterre. Le Roi a répondu qu'il verroit ce qu'il pourroit faire à cet égard. Il paroît certain

que

S. M. s'entendra avec le Pape sur les arrangemens à prendre, et il y a lieu de penser qu'il sera rédigé un nouveau Concordat qui limitera moins le nombre des évêchés, et assurera à la religion plus d'avantages. On prendra sans doute un milieu entre l'ancienne circonscription, qui étoit fort inégale, et qui comptoit un grand nombre de diocèses, et la circonscription de 1801, qui n'en admettoit

pas assez. CARCASSONNE, 5 mai. Notre ville a été consolée successivement par la présence de plusieurs membres d'une famille auguste. Mev. l'évêque d'Angoulême étoit ce matin dans nos murs. Il entendit hier la messe dans l'église cathédrale. M. l'évêque lui servit d'aumônier. S. A. R. est partie aujourd'hui pour Toulouse. Son arrivée dans nos provinces a été la première lueur d'espérance qu'il nous ait été donné d'entrevoir après tant d'orages et de malheurs. Cependant lorsque nous gémissions encore sous la tyrannie, nous avons eu le plaisir de voir ici d'autres Bourbons, non moins respectables et non moins malheureux que ceux qui viennent de nous être rendus. Le 19 mars dernier, le roi d'Espagne, Ferdinand VII, passa par cette ville avec les infans D. Antonio et D. Cara los, son oncle et son frère. M. l'abbé Pinel, curé de Saint-Vincent, leur servit d'aumônier. Après la messe, revêtu encore des habits sacerdotaux, il osa adresser å un Prince opprimé par celui qui régnoit encore, un discours que ce dernier ne lui auroit sans doute pas pardonné, s'il l'avoit connu : « Sire, lui dit-il, vous commandez à une grande nation. Vous allez faire son bonheur, et la récompenser des preuves éclatantes de valeur, d'héroïsme, de fidélité, de dévouement, qu'elle donne depuis six ans à V. M.... Ministre d'un Dieu qui a versé tout son sang sur une croix pour obtenir le pardon de ses bourreaus, qu'il me soit permis, Sire, de conjurer, V. M. de rappeler à ses peuples cette noble générosité qui les caractérise. Inspirez-leur l'oubli des injures, des atrocités, des forfaits inouis, dont des François égarés se sont rendus coupables. Les bons François, et c'est la grande majorité de la nation, en sont aussi émus, aussi indignés que les braves Espagnols ». Ce discours charma le Roi, qui depuis six ans, entouré d'espions, n'étoit plus accoutumé à entendre ce langage. Il s'entretint longtemps avec l'orateur, et lui fit remettre, par son intendant, un rouleau de pièces d'or, dont le montant a été distribué aux pauvres. On a été touché de la piété et de l'affabilité de ce Prince malheureux, et sa présence a contribué à faire paroître plus odieux celui qui l'avoit si iudignement traité. On sait que le Roi et les deux autres Princes avoient été successivement privés de la société des Espagnols fidèles qui avoient consenti à partager leur

par la

exil. On leur avoit même ôté leurs aumôniers. L'infant don Antonio a dit la larme à l'oeil au même ecclésiastique que nous venons de nommer, que depuis deux ans il n'avoit pu faire ses pâques à Valençay, n'ayant pu y avoir un confesseur qui entendit l'espagnol. Cette inhumanité de leur ennemi mérite de trouver place parmi les autres traits de sa politique impie et méchante.

- Le prince Henri de Reus-Plauen, gouverneur général de Venise, pour S. M. l'Empereur d'Autriche, a publié dans celte ville, le 10 mars, une proclamation curieuse et fort sage sur une matière importante. En voici le texte :

« Depuis que le contrat de mariage a été élevé religion catholique à la dignité de sacrement, le sacerdoce a toujours exercé sur le mariage une autorité presqu'exclusive. Les Princes catholiques reconnurent que le sacrement devoit avoir la préférence sur le contrat, et qu'il seroit trop facile d'altérer les maximes de la religion et le dogme, si la puissance séculière exerçoit sur cetle matière une autorité exclusive. En conséquence, les autorités civiles, en se conformant aux lois ecclésiastiques, et spécialement à celles du concile de Trente, ont promulgué très-peu de lois sur le mariage.

» Le Code Napoléon, en ne considérant le mariage que sous le rapport du contrat civil, et cherchant toujours à étendre la juridiction séculière, a publié des lois en contradiction avec les lois ecclésiastiques.

» Le même Code a prononcé que pour la légitimité du mariage et des enfans, la célébration du contrat civil suffisoit, et ne s'est occupé en rien de la célébration du sacrément; et quoique la religion catholique réclam it hautement la maxime consacrée par la bouche même de Jésus-Christ : Quod Deus conjunxit, homo non separet , il a sanctionné la dissolubilité du mariage pour

différentes raisons.

» Ainsi, les lois du Code Napoléon sont en opposition manifeste avec nos coutumes les plus anciennes et nos

« PreviousContinue »