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noient point à son ministère, et que ce n'étoit point dans une chaire chrétienne, aux pieds de la croix, devant les autels de celui qui a prié pour ses bourreaux, qu'il devoit être question de haine et de rigueurs. Ministre d'un Dieu de miséricorde, il n'a parlé du passé que pour exciter dans les coeurs les sentimens de religion et de piété auxquels doivent nous rappeler nos malheurs, et il s'est conformé en cela, et à l'esprit de l'Evangile, et aux dernières yolontés d'une victime auguste, et aux nobles intentions des princes magnanimes qui viennent de nous être rendus, et dont toutes les paroles sont des gages

de paix, d'indulgence et de bonté.

Nous ne citerons du discours de M. l'abbé Duval que

deux morceaux, l'exorde et le commencement de la deuxième partie. L'un et l'autre nous ont paru dignes d'un sujet si fécond. L'auteur commence ainsi:

« Lorsque la colère de Dieu se fut appesantie, et pour ainsi dire, épuisée sur l'infidèle Jérusalem, le prophète Jérémie s'assit en pleurant sur les ruines de sa patrie, et dans sa douleur il prononça des lamentations solennelles sur le sort de Juda, de son peuple et de ses Rois.

» Après de longues calamités, qui furent aussi l'ouvrage de nos crimes et l'effet de la vengeance du ciel, il me semble voir aujourd'hui, non plus un prophète de Dieu, mais la Religion elle-même, environnée de ses enfans les plus aagustes, et pleurant avec eux sur les crimes du peuple et les malheurs des Rois. Assise près des saints autels, sur les débris d'un trône ensanglanté, elle suspend la pompe des saints mystères ; elle élève sa voix maternelle : Peuples de la terre , écoutez tous. Ecoutez et voyez ma douleur. Mes enfans sont perdu. Le Seigneur a ravi du milieu de mon peuple ceux qui faisoient ma force et ma gloire. Il a détruit la beauté de Jacob, il a brisé son sceptre, et ses princes ont disparu. Polluit regnum ejus et principes ejus.

» A ces tristes accens, à la vue de ce lugubre appareil,

vos cours ont tressailli, Messieurs, tous vos souvenirs se réyeillent avec vos douleurs, et vous n'avez plus besoin de nos discours. Eh! quel cour vraiment françois ne se rappelle ici, en gémissani, ce monarque prédestiné du ciel pour épuiser la coupe amère des humiliations et des douleurs, et triompher de toute la fureur des passions humaines par la magnanimité de sa foi et l'héroïsme de sa clémence; et ce jeune Roi, qui n'hérita de sa famille que les malheurs, qui, orphelin et caprif même avant de se connoître, n'a pu entrevoir, du fond de sa prison, ce trône de ses aïeux où ses droits l'avoient déjà placé; et cette Reine, toujours si grande, dont la vie fut un jour brillant suivi de la nuit la plus sombre, par la réunion inouie du comble des prospérités avec l'excès de l'infortune; et cet ange mortel, qui ne sembloit apparoître au milieu d'un siècle corrompu, que pour faire entendre la protestation touchante de l'innocence et de toutes les verius au milieu de tous les désordres et de tous les vices » ?

Au commencement de la seconde partie, l'orateur paraphrase le beau cantique de Davil sur la mort de Saül et de Jonathas, au jer. chapitre du 2e. livre des

Rois :

« Quomodo ceciderunt fortes ? Comment sont-ils tombés, ces enfans des héros, ces descendans de tant de Rois? Comment a-t-elle été précipitée du trône, cette famille la plus auguste de l'univers ? Quomodò ceciderunt fortes? O peuple infortuné, leve les yeux et considère tes victimes : Considera , Israel, pro

his qui mortui sunt. Ils ont péri ces princes si dignes de notre amour par la clémence et la bonté qui distingua leur race auguste entre tous les Rois de la terre, par cet amour pour les François, qu'ils se transmirent avec le sang; ils ont péri, non pas de la main des barbares , non pas au milieu des combats!..... rien n'a pu les sauver, ni la jeunesse, ui l'innocence, ni les grâces, ni les vertus, ni la bonté, ni la justice : Amabiles et decori. Et le frère et la sour, et le fils et la mère, et le monarque et l'héritier, notre crime a tout con, fondu, et la mort ne les sépara point : In morte quoque non sunt divisi. Enfans, pleurez avec vos pères : Filice Israel, flete. Vous n'eûles point de part au crime, et déjà vous en a vez porté la peine. Du moins vous allez croitre à l'ombre de leur irône, vous vivrez sous leurs lois paternelles. C'est à vous d’acquitter, par votre amour, la dette immense de ceux qui vous ont précédé : Filiæ Israel , flete.

» Illustres et trop chères victimes, nous oserons le dire en présence des saints autels. Oui, nous vous avons toujours aizgées : Ego te diligebam. Ce peuple, susceptible d'aveuglément, ne le fut jamais d'un exces de perversité. Dans ces jours de sang, dont le souvenir sera pour nous une calamité éternelle, dans ces jours où furent exécutés les décrets

profonds du ciel, plus encore que les arrêts parricides des hommes, tous les caurs s'indignoient. Des larmes couloient en se, cret. Chaque famille célébroit des funérailles domestiques, et jusque dans les places publiques le silence et la consternation protestoient contre des forfaits que des hommes ne pouvoient plus empêcher : Ego te diligebam.

» Nous pleurons sur vous, ô la plus infortunée des Reines, des épouses et des mères. Le crime put outrager en vous la majesté de deux nations, mais non pas vous humilier ni vous abattre. La haine et la fureur pureni verser le sang des Césars, mais il ne leur fut pas donné de l'avilir. Exemple à jamais déplorable du néant de nos prospérités, vous nous avez surtout appris qu'il n'est point de malheur, point de chute si profonde que ne puisse supporter le chrétien, quand il est consolé par la foi et soutenu par la piété : Doleo super te.

» Nous pleurops sur vous, lendre rejeton de nos Rois, qui ne connûtes de la vie que les amertumes et les douleurs. Déjà vous commenciez à croître , semblable à la fleur solitaire qui s'élève au milieu des ruines. Tout à coup vous nous fûies ravi, le ciel vous rappela dans son amour, et la mort fut pour vous un bienfait : Doleo super te , decore nimis et amabilis.

» Nous pleurons aussi sur vous, 6 Prince déjà digne des héros dont vous étiez issu, jeune et illustre guerrier, aimable, fidèle et brave comme Jonathas : Doleo super te, Jonatha. Moins heureux que le prince d'Israël, vous n'avez point trouvé la mort dans les champs de la gloire, en combattant. auprès de ceux qui furent vos pères et vos modèles. Que de larmes vous nous avez coûté, vous qui nous promettiez tant de gloire! Jonathas occisus est.

» Et vous, dont l'ame si pure et les célestes vertus seme

bloient devoir protéger votre royale famille et la France toute entière, vous qui parûtes dans les cachols comme un de ces esprits heureux que le ciel envoie dans sa bonté vers les justes qu'il veut consoler; vous que nous vimes au jour fatal telle qu'une victime pure et choisie, dont le sang alloit demander grâce pour les coupables qui le versoient, oserons-nous prier pour vous, quand tous les cours seroient portés à vous placer sur les autels et à vous invoquer vous-même ?

» Et vous enfin, que nous ne sommes plus dignes de nommer; ô le plus vertueux et le plus humain de tous les Rois ! les pères raconteront à leurs enfans ce que vous fites pour les François, hélas, et ils ne pourront leur taire de quel prix fut payé tant d'amour. Chez un peuple païen, la justice, la clémence, votre constance religieuse et magnanimé vous auroiegt mérité des autels, et chez un peuple chrétien, chez un peuple dont vous fêtes le père, vous n'avez pas même un tombeau, et la première punition de nos forfaits est déjà de ne pouvoir les aller pleurer sur vos cendres. Quels vaux, quels regrets, quels honneurs pourroient nous acquitter envers vous ?

» Mais, mes frères, qu'il soit enfin permis de le demander : Est-ce à nous d'intercéder en leur faveur? Jetons les yeux sur nous-mêmes. Grand Dieu ! de quels crimes nous sommes souillés! de quel sang nous sommes couverts? Ah! hâtons-nous d'effacer, par des expiations solennelles, un assemblage de forfaits, tel que n'en éclaira jamais le soleil. Que la trompette retentisse dans Sion : Canite tuba in Sion. Indiquez un jeûne religieux : Sanctificate jejunium. Convoquez le peuple , assemblez les vieillards , amenez jusqu'aux! jeunes enfaus : Parvulos et sugentes ubera. Que les prêtres pleurent prosternés entre les vestibule et l'autel: que les temples, que la France entière retentissent des gémissement de la douleur la plus juste qui fût jamais. Que toutes les nations connoissent que si nous fùmes capables d'un grand égarement, nous le sommes plus encore d'un grand et généreux repentir. Après avoir appris par nos malheurs comment Dieu panit ces grands scandales qui attentent à sa majesté souveraine dans celle des Rois qui sont ses images, que les peuples apprenent, par notre retour, qu'il est toujours temps de recourir à sa miséricorde. Plût à Dieu qu'il nous fût donné d'effacer par nos larmes ces pages sanglanles de polre his.

toire. Du moiøs détestons nos erreurs à la face de l'univers. Mes frères, il n'est plus temps de le dissimuler, et vous pardonnerez cette liberté à un ministre de l'Evangile , notre nom doit passer à la postérité chargé des plus tristes souvenirs. Du moins de nobles et saintes éxpiations nous préservent un jour de l'horreur de nos neveux et de leur indignation religieuse, si elles ne peuvent nous faire absoudre. Jurons d'effacer tant d'excès par notre zèle pour la foi, par l'indulgence et la concorde mutuelle, et par notre fidélité pour le ciel a daigné nous rendre.....».

que

le Roi que

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

BORDEAUX, ger. mai. Aujourd'hui, Mr. l'archevêque a béni, dans l'église cathédrale de Saint-André, les drapeaux de la garde nationale de cette ville. Il a prononcé, dans celte cérémonie, un discours analogue à la circonstance. Ce prélat si respectable par sa piété et par ses vertus épiscopales, l'est aussi par sa fermeté et par son dévouement pour la cause qui triomphe aujourd'hui. On sait qu'il échappa avec peine, il y a trois ans, à une disgrâce que lui avoit mérité son zèle. Il a eu cette année l'honneur d'être le premier évêque françois qui se soit déclaré pour les Bourbons, et cet empressement de sa part lui avoit déjà attiré des notes fâcheuses dans les bureaux d'un ministre qui, heureusement, n'a pas eu le temps de déployer son zèle en celte occasion. Dans le discours prononcé aujourd'hui , Mér. l'archevêque a donné de justes éloges, et au Prince que nous avons dans nos murs, et aux sonverains magnanimes qui ont opéré notre délivrance. On a remarqué entr'autres ce passage où il forme des væux dignes d'un évêque pour le retour à l'unité catholique de ces Princes généreux auxquels nous devons bien des prières en échange de leurs bienfaits :

«La paix, une paix universelle : tel sera , dans tous les temps, le voeu de l'Eglise. Pourroit-elle, Messieurs, en

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