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formter d'autres ? A l'égard de cette mère commune, les guerres entre nations deviennent autant de divisions intestines dont ses entrailles sont déchirées. Quand, interrogé par l'épouse d'un célèbre patriarche, le Seigneur répondit qu'elle portoit deux peuples dans son sein : duce gentes sunt in utero tuo, reconnoissons en elle une figure de cette Eglise catholique et sainte qui doit enfanter tous les peuples de l'univers à l'immortalité et au salut. Ceux mêmes qui auroient paru s'éloigner d'elle n'en sont point oubliés. Que de pleurs lui a coûté cette fatale séparation! Et la source n'en est point tarie. Mais 'ne semble-t-il pas qu'enfin son gémissement soit plus favorablement entendu, et que de grandes consolations lui soient préparées ? Oui, j'en crois apercevoir les prémices dans ce concert admirable d'estime, d'égards, de respects pour son chef visible. Car les héritiers de ceux à qui devint odieuse la chaire d'unité, ne négligent rien pour témoigner de la déférence au vénérable Pontife qui l'occupe, et pour le dédommager, en quelque sorte, des outrages sans nombre dont il s'est vu abreuvé. Dès la fin du siècle dernier, leurs armes victorieuses avoient concouru à faciliter et assurer sa promotion; et aujourd'hui ils veulent concourir également à lui rendre ses Etals : Etats trop peu considérables pour qu'une ambition ordinaire cherche à les envahir; mais dont la possession a été depuis long-temps jugée d'une extrême utilité, et presque nécessaire, pour l'exercice d'un ministère essentiellement libre et indépendant. Ah! s'il lui étoit accordé de finir sa pénible mais glorieuse carrière dans les tendres embrassemens de ceux qui déjà ont mérité de lui tant de reconnoissance » !

AUTUN, 21 mai. Mør. l'évêque d’Autun, pour se conformer aux pieuses intentions de S. M. Louis XVIII, vient de publier un Mandement, qui ordonne que,

dang 'toutes les églises de son diocèse , il sera chanté un Te Deum en actions de grâces des grands et heureux événemens qui rendent à la France son légitime souverain, et lui garantissent une paix solide et durable,

Ce Te Deum a été chanté, le 19 du courant, jour de l'Ascension, dans l'église cathédrale. Toutes les autorités constituées, un nombreux clergé, la population entière de la ville s'empressèrent d'y assister dans le plus profond recueillement.

Le samedi suivant, un service funèbre a été célébré dans la même église pour le repos des ames des Rois Louis XVI et Louis XVII, de la Reine Marie-Antoinette et de S. A, R, Mme. Elisabeth. Une affluence non moins .considérable, une émotion plus vive encore ont distingué cette seconde cérémonie. Le riche et le pauvre, le noble et l'artisan, le prêtre et le militaire, tous les assistans ne sembloient avoir qu'un coeur et qu'une ame pour concourir à cet acte expiatoire du plus grand des attentats. L'intérieur de l'église offroit des décorations simples et analogues : on remarquoit sur le maître autel et sur la représentation funèbre placée au milieu du chour, l'écusson de France avec un sceptre et une couronne. Mgr. l'évêque voulant ajouter à des prières si unanimes, un moyen non moins efficace pour toucher le père des miséricordes en faveur des illustres victimes, avoit déposé une somme assez considérable, qui fut distribuée, la veille de la cérémonie, à plusieurs familles d'ouvriers et d'artisans qui, ayant manqué de travail pendant un hiver long et rigoureux, éprouvoient de pressans besoins. Ce secours extraordinaire fut indépendant de ceux que les dames de Charité sont chargées de distribuer et distribuent régulièrement, avec autant de zèle que de discernement, à tous les pauvres de la ville dont l'indigence est réelle et constatée.

Bois-LE-Duc, 24 avril. Nous avons vu arriver aujourd'hui en cette ville un prêtre vénérable long-temps persécuté, M. Van Alphen, vicaire apostolique de Boisle-Duc. Il avoit encouru la disgrâce du tyran de l'Europe par sa fermeté. Ayant été sommé de faire chanter un Te Deum pour l'avénement de Bonaparte au trône do Hollande, avant même la destitution de Louis, il refusa de se prêter à cette démarche, et allégua les ser

mens qu'il avoit prêtés. Le commandant militaire de Bois-le-Duc, accoutumé à traiter tout militairement comme son maître, fit arrêter M. Van Alphen , qui fut mis au secret. C'étoit pendant la quinzaine de Pâques, temps où, soit comme vicaire apostolique, soit comme pasteur d'une paroisse particulière, M. Van Alphen étoit plus occupé et plus nécessaire à son troupeau. Mais ces considérations n'arrêtoient guère les agens du despotisme. Le pieux ecclésiastique fut enlevé tout à coup, et transporté mystérieusement à Paris, où on le plaça au donjon de Vincennes, mais sans laisser soupçonner le lieu de sa retraite, et en le privant de toute communi cation au dehors. Ses amis étoient dans la consternation. Un d'eux, M. Van Gils, supérieur du séminaire de Bois-le-Duc, et attaché par l'estime et l'amitié au vicaire apostolique, partit de Bois-le-Duc, et vint chercher à Paris quelques lumières sur ce respectable captif. Il mit tout en oeuvre pour connoître le lieu de sa détention, et trouva des amis zélés qui secondèrent ses démarches. Mais surveillé lui-même par une police inquiète, ce ne fut qu'en s'exposant et en faisant des sacrifices d'argent, qu'il parvint à être instruit du sort de M. Van Alphen, auquel il fit passer quelques adoucissemens. Il

même d'interceder pour qu'on le rendît à la liberté. Mais il échoua entièrement, et on n'eut pas de peine à lui faire comprendre qu'il n'avoit d'autre parti à prendre que de s'en retourner à Bois-le-Duc, et d'abandonner à la Providence le soin de cette affaire. On s'attendoit que M. Van Alphen seroit oublié dans son cachot comme tant d'autres destinés à ne plus revoir la lumière. Un nouveau caprice du maître fit juger qu’on avoit besoin de M. Van Alphen. Bonaparte, qui avoit la manie de tout changer dans l'Eglise comme dan's l'Etat, s'avisa de décréter un évêché ponr Bois-le-Duc, et il y nomma un ecclésiastique. Mais qui pouvoit donner des pouvoirs à ce nouveau venu ? Nous n'avons pas à Bois-le-Duc de chapitre, et depuis la révolution de Hollande, le diocèse étoit administré par un vicaire apos

essaya

tolique, qui tiroit tous ses pouvoirs du Saint-Siége, pat lequel il étoit nommé. Il n'y avoit donc que M. Van Alphen qui put suppléer au défaut de juridiction de l'évêque nommé. Le besoin qu'on avoit de lui fit sona ger à le tirer de prison, et on l'envoya à Malines, où on s'efforça, par toute sorte d'instance, de le déterminer à accorder ses pouvoirs pour Bois-le-Duc à l'ecclésiastique nommé pour ce diocèse. Il s'y refusa constamment, alléguant entr'autres, qu'étant délégué, il ne pouvoit déléguer lui-inême. Il est à croire qu'il avoit d'autres raisons, et qu'il ne crut pas pouvoir en conscience user de la même complaisance que les chapitres de France. Ce nouveau refus fit qu'on ordonna à M. Van Alphen de revenir à Paris, où un ministre se donna la peine de lui prouver qu'il devoit se prêter à ce qu'on désiroit de lui. Un théologien du ministère des cultes joignit ses argumens à ceux de son excellence. Ni l'un ni l'autre ne purent persuader celui que Vincennes n'avoit point abattu. Il resta à Paris, où on finit par l'oublier; mais il ne pouvoit entretenir aucune correspondance avec son diocèse, qui ne vient que de jouir de sa présence. Son retour parmi nous a été un jour de fête. Les catholiques se sont empressés d'aller saluer leur pasteur, et on lui a rendu des honneurs que sa modestie auroit voulu refuser, mais qui ont sensiblement touché son coeur. L'atlachement de

ses ouailles a paru le consoler de tout ce qu'il avoit souffert. Il a retrouvé un peuple fidèle et fort attaché à la religion catholique. Il a retrouvé des amis zélés , et entr'autres ce même M. Van Gils, qui lui avoit donné tant de preuves de dévouement. C'étoit .cet ecclésiastique qui gouvernoit le diocèse depuis son exil, et il avoit mérité d'être aussi exilé à son tour. Il fut transporté à Dijon, il y a dix-huit mois, avec un autre prêtre, M. Moors, et il y est resté jusqu'au moment où l'arrivée des troupes alliées a délivré cette ville

du joug d'un Corse. Alors M. Van Gils se trouvant libre, est revenu ici par l'Allemagne. Il arriva dans le commencement du carême, et nous trouva aussi affranchis

:

de la domination de l'étranger. Son retour a été le précurseur de celui de notre vicaire apostolique, et nous espérons que ces excellens prêtres ne nous seront plus enlevés. Il est temps que nous jouissions de la paix, et que la religion catholique soit protégée. Il faut espérer que notre nouvelle constitution nous rendra à cet égard ce que nous n'aurions pas dû perdre.

FLORENCE, 15 mai. Dans la soirée du 19 avril, un parlementaire, envoyé par le comité du nouveau gouvernement de la Corse, aborda dans la petite île de Capraja. Ce parlementaire réclama, au nom de son gouvernement, auprès du commandant du fort, la mise en liberté de trente-sept ecclésiastiques des Etats romains, détenus depuis dix mois. Le commandant du fort, qui sans doute n'étoil point instruit des grands événemens qui avoient eu lieu en France, après avoir demandé jusqu'au lendemain pour faire connoître sa détermination, fit ce jour-là une réponse négative, et se retira avec sa garnison dans la forteresse. La population, impatiente de voir libres ces innocentes victimes, environne le fort, et s'empare de quelques officiers qui étoient restés dehors. La garnison, qui manquoit de vivres, crut dissiper cet attroupement en lançant des bombes et des grenades; mais ces braves habitans ne furent point effrayés : ils se disposoient à tenter l'assaut, lorsque dans la journée du 21, le commandant consentit à évacuer la forteresse, et à meltre les prisonniers e. liberté. Ces respectables ecclésiastiques se rendirent aussitôt à l'église pour

rendre grâces à Dieu.

Gazette de Florence.

NOUVELLES POLITIQUES. Le Roi a nommé amiral de France, Mør. le duc d'Angoulême, charge que M. le duc de Penthièvre possédoit avant la révolution. S. A. R. a fait son entrée, le 27 mai, dans la capitale..

-S. M. s'occupe avec activité de l'organisation militaire. Elle a déjà nommé à différentes places dans l'armée.

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