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NOUVELLES POLITIQUES.

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Le 19 avril, à deux heures après midi, l'empereur de Russie est arrivé à Rambouillet, pour faire une visite à l'archiduchesse d'Autriche. Ce monarque est resté deux heures et demie avec S. A. I. Cette auguste princesse part demain pour Vienne, accompagnée de Mme. de Montesquiou, gouvernante de son fils, et de Mme. Soufflot, sous-gouvernante.

- L'empereur d'Autriche est sorti plusieurs fois pour se promener dans Paris. S. M. a visité le jardin du Roi et le Muséum d'histoire naturelle; elle a été accueillie sur tout son passage par les plus vives acclamations. Les François doivent leur admiration et leur reconnoissance à un monarque qui, par un sublime effort de magnanimité, a su faire le sacrifice de ses plus chères affections au bonheur de la France, ainsi qu'au repos de l'Europe.

- Tous les anciens gardes du corps du Roi qui ont pu se réunir à Paris, ces gardes qui se rendirent si célèbres par leur

l'infortuné et vertueux Louis XVI, ont été admis avant-hier à l'audience de MONSIEUR. L'un d'eux, M. de Montfort, a porté la parole. S. A. R. leur a dit : « Messieurs, » nous n'aurons plus besoin de vos épées ; conservez-nous vos » cours : le Roi saura récompenser vos services ».

- M. de Conflans, fils de M. le maréchal d'Armentières, arrivé à Paris, le dimanche 16 avril, avec des dépêches du Roi pour MONSIEUR, en est reparti lundi soir pour se rendre auprès de Mer. le duc d'Angoulême à Bordeaux.

On a deux fois annoncé prématurément la nouvelle du départ de Bonaparte : on a été trompé en cela par des bruits que répandoit l'impatience; mais on sait aujourd'hui que soa

dévouement pour

yoyage a été retardé par la nécessité de placer des escortes, de distance en distance, pour le conduire en toute sûreté depuis Fontainebleau jusqu'à Saint-Tropez, lieu de son embarquement.

Il partit, le 20 avril, à midi, accompagné de quatre officiers supérieurs des puissances alliées, un anglois, un russe, uu autrichien et un prussien , sous l’escorte de 150 à 200 hommes de troupes étrangères. Des escortes semblables sont établies sur toute la route. Quelques généraux de son ancienne garde l'accompagnent une partie de la route, et deux autres se retirent, dit-on, avec lui à l'ile d'Elbe : ces derniers sont les généraux Bertrand et Drouot.

- Dans la séance d'aujourd'hui, le Corps-Législatif a délibéré d'envoyer une députation solennelle, composée de vingtcinq membres, au-devant du Roi, pour porter à S. M. l'hommage des députés de toutes les provinces.

- Le numéraire, l'argenterie, les diamans, qui ont été ressaisis à Orléans, ainsi que nous l'avons annoncé, étoient sortis du trésor particulier de la couronne. S. A. R. s'est empressée d'ordonner que tout le numéraire seroit versé, à titre de prêt, au trésor royal, pour subvenir aux plus pressans besoins de l'armée.

On annonce que le roi de Sardaigne vient d'arriver à Turin. Les Piémontois ont saisi avec transport l'espérance de retourner sous la domination de leurs anciens maîtres.

D'après une décision da grand-maitre de l'Université, le tambour est supprimé dans tous les lycées, les colléges, les institutions et les pensions. Le signal de tous les exercices sera donné au son de la cloche. L'habillement des élèves continuera d'être uniforme dans chaque établissement, mais il n'aura plus la forme militaire. Ce changement si désiré en annonce d'autres qui sont attendus par les amis de la religion et de la morale.

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La faculté de droit de Paris a été admise à l'audience de S. A. R. M. Delvincourt, doyen de cette faculté, a porté la parole. Le Prince a répondu :

« J'agrée vos sentimens, et je partage tous les principes que » vous venez de professer. Je vous engage surtout à ne pas » oublier dans votre enseignement la religion, qui fonde et

conserve les empires. Rappelez sans cesse à vos élèves que » c'est elle qui, dans toutes les situations de la vie , doit éire » le premier et le plus puissant mobile ».

-S. A. R. MONSIEUR, frère du Roi, lieutenant-général du royaume, a rendu hier le décret suivant :

I. Il sera envoyé, dans chaque division militaire, un commissaire extraordinaire du Roi. Sa mission aura pour objet : 1. de répandre dans le pays une connoissance exacte des événemens qui ont rendu la France à ses légitimes souverains; 2°. d'assurer l'exécution de tous les actes du gouvernement provisoire; 3o. de prendre toutes les mesures que les circonstances exigeront pour faciliter l'établissement et l'action du gouvernement; 4°. de recueillir des informations sur toutes les parties de l'ordre public.

II. A cet effet, lesdits commissaires du Roi sont autorisés a requérir toutes les autorités civiles et militaires, et même à leur donner des ordres auxquels tous fonctionnaires ou agens publics seront tenus de déférer.

III. Sur le compte qui leur sera rendu de la conduite qu'auront tenue, dans les circonstances actuelles, les divers dépositaires ou agens de l'autorité publique, ils pourront prononcer leur suspension et les remplacer provisoirement. Tout acte de suspension ou de remplacement provisoire devra être immédiatement, avec un rapport motivé et les pièces à l'appui, transmis au commissaire du ministère qu'il concernera, et qui sera, selon le cas, chargé de rendre ou de provoquer la décision définitive.

IV. Ils pourront faire mettre en liberté les individus qui auroient été arbitrairement arrêtés pour des faits politiques, s'ils ne sont détenus en vertu de mandats d'arrêt lancés par les procureurs impériaux pour d'autres faits. .

V.Ils feront provisoirement cesser toutes poursuites, amen

des, arrestations, et autres mesures semblables qui pourroient avoir été ordonnées pour faits de conscription militaire, saris cependant que les ordres qu'ils seront dans le cas de donner, à ce sujet, puissent avoir aucun effet rétroactif.

VI. Ils feront cesser l'effet de toutes réquisitions, perceptions, travaux, inondations, ou autres mesures extraordinaires ordonnées par le dernier gouvernement, dans le seul objet de prolonger la guerre.

VII. Ils correspondront avec le commissaire de l'intérieur pour l'ensemble de leur mission, et avec les commissaires des divers ministères pour les objets de leurs attributions respectives.

Par décret du même jour, S. A. R. a nommé conmissaires extraordinaires du Roi, à l'effet de se rendre dans les divisions militaires ci-après désignées, savoir :

ire, division. Paris. Le maréchal Pérignon. 2o. Mézières. Le duc de la Rochefoucault d'Eudoville. 3e, Metz, Le maréchal de Kellermann, 4o. Nancy. Le comte Roger de Damas. 5o. Strasbourg. Le chevalier de la Salle. 6o. Besançon. Le marquis de Champagne. 7. Grenoble. Le comte Auguste de Juigné. 8o. Toulon. Le comte Bruno de Boisgelin. go. Montpellier. Le comie Matthieu de Montmorency.

10°. Toulouse. Le comte Jules de Polignac, aide-de-camp de S. A. R.

11°. Bordeaux. Le comte Dejean.
12o. La Rochelle. M, Gilbert de Voisins.
130. Rennes. M. le comte de Ferrières.
14°. Caen. M. le duc Charles de Plaisance.
15°. Rouen. M. Begouen, conseiller d'Etat.
26. Lille. Le maréchal Mortier, duc de Trévise.
18o. Dijon. Le général Nansouly:

19° Lyon. Le comte Alexis de Noailles, lieutenant colonel.

20°. Périgueux. Le général Marescot.
21° Bourges. M. Oito, conseiller d'Etat.
22°. Tours. M. le vicomte d'Osmond,

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- M. Royer-Collard est nommé, par S. A. R., directeurgénéral de la librairie.

- M. Maxime de Choiseul est nommé préfet du département de l'Eure; M. de Riccé, préfet de l’Orne; M. Jules Pasquier, préfet de la Sarthe; M. d'Allouville, préfet de la Creuse; et M. Alexandre de Talleyrand, préfet du Loiret.

- Le vaisseau le Polonois, envoyé de Cherbourg à S. M., et destiné à son passage en France, sera désormais appelé le Lis.

Nous avons parlé de l'entrée de Mgr. le duc de Berry à Paris. Elle a eu lieu au milieu d'un grand concours de peuple. S. A. R. étoit accompagnée des maréchaux, de ses gentilshommes et des gardes à cheval. Elle est descendue aux Tuileries où MONSIEUR attendoit son fils. Les deux Princes se sont revus avec une expression de sensibilité qui a touché, les spectateurs, et qui a excité des cris unanimes de vive le Roi.

-L'Université, l'ordre des avocats, et plusieurs corps et particuliers, ainsi que des députations des villes, ont eu l'honneur de saluer MONSIEUR. Leurs adresses respirent le dévouement et l'allégresse.

- Le 21 avril, l'empereur de Russie et le roi de Prusse ont assisté à une séance de l'Institut. Le président leur a adressé un compliment flatteur, et M. Villemain, qui a lu son discours sur la critique, l'a fait précéder d'un autre compliment, qui a été fort applaudi. Il a loué, avec effusion, la magnanimité de ces Princes, objet d'une si juste admiration, et si noblement liés ensemble pour faire le bonheur de la France, et assurer le repos de l'Europe.

- On s'est encore battu, le 10 avril, sous les murs de Toulouse. Les généraux François, inférieurs en nombre, furent forcés à la retraite. Le 12, lord Wellington entra dans la ville. Ses troupes observoient le plus grand ordre. Le peuple fit entendre ses acclamations. et ses voeux. On cria, vive le Ror. Le soir, on apprit les événemens de Paris. Alors la joie fut générale, et chacun en bénissant un vainqueur généreux, se félicita d’étre délivré d'un gouvernement oppresseur, et de rentrer sous l'autorité paternelle d'un Roi vraiment François par sa naissance et ses affections.

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