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qu'elle nous apporte, que depuis vingt-cinq ans nous gémissions dans la servitude et la barbarie. Nous roulions dans un cercle continuel de maux et de crimes. Le ciel a eu pitié de nouşo. Il nous ramène un Prince auguste, le descendant de nos Rois, l'héritier de leur bonté, le père de ses sujets. Car c'est ici le lieu de révéler une anecdote qui trouvera sa place dans l'histoire. Le lendemain de l'entrée du Roi, S. M. s'est montrée plusieurs fois au peuple. Une fois entr’autres elle a demandé silence avec des gestes de la main, et a enfin obtenu, quoiqu'avec peine, que l'on cessât les acclamations. Alors elle a dit : Ne m'appelez plus votre Roi, appelez-moi votre père. A ces paroles si belles et si tendres, à ces mots si digues d'un fils du bon Henri, par leur sublime simplicité et leur sensibilité naïve, tout le monde a crié : Vive notre père ! et les airs ont retenti long-temps de ces nouvelles effusions d'allégresse. S. M. en a joui avec un plaisir marqué pendant plusieurs ininutes. Enfin elle a de nouveau demandé silence, et après l'avoir obtenu, elle a salué la foule, en disant avec l'accent de la sensibilité : Adieu, mes enfans. On se doute bien que les applaudissemens ont encore redoublé. Il est bon que les provinces connoissent ce trait charmant, ces mots vraiment paternels;

il est bon qu'elles sachent que nous avons retrouvé un Roi qui nous aime, et qui met du prix à être aimé de nous; il est bon qu'elles apprennent à apprécier un monarque dont tous les discours respirent l'indulgence et la bonté, el qui va s'appliquer à nous faire oublier nos maux qu'il a ressentis presque comme nous-mêmes. La souveraineté avoit été profanée par un despote violent, capricieux, maussade , dur, qui disoit comme Néron : Qu'on me haïsse pourvu qu'on me craigne. Elle va être réhabilitée par un prince honnête homme, bon, affable, juste et modéré, qui connoîtra toute l'importance des vertus domestiques et sociales, , et qui les pratiquera sans effort. Alors nous retournerons à nos anciennes habitudes. Ce qui vient

de se passer sous nos yeux nous en est un gage que nous saisissons avec empréssement, et qui ne nous trompera pas.is

NouvelLES ECCLÉSIASTIQUES.

Le cardinal di Pietro, qui étoit exilé à Auxonne, n'a pu en sortir qu'au moment où les troupes françoises ont évacué cette ville. Il a rencontré à Lyon le cardinal Pignalelli, venant de Fontainebleau, et qui, attaqué de paralysie, n'en a pas moins désiré de retourner à Rome pour ye

être témoin de la délivrance de l'Eglise , et du retour du souverain Pontife. LL. EE. sont parties. en. semble de Lyon pour Rome, le 22 avril. Le cardinal Pignatelli a fort bien soutenu la route, et on lui a procuré à Lyon une voiture plus commode que celle dans laquelle il étoit venu de Fontainebleau.

- Le chapitre de Lyon a donné un Mandement pour faire chanter un Te Deum à l'occasion du rétablissement des Bourbons. Il semble que c'étoit aux grands-vicaires de M. l'archevêque à faire cette démarche en son absence; et le chapitre a plus consulté, en cette occasion, son zèle pour le Prince, que les règles de l'Eglise. Son Mandement est d'ailleurs rempli des sentimens que fait naître le bienfait signalé dont nous sommes redevables à la Providence. Depuis, M. le cardinal Fesch est arrivé à Lyon, où il n'a fait qu'un court séjour. Il en est reparti pour Romc, le 27 avril, avec sa soeur.

- M. l'évêque d'Amiens a harangué S. M. à son pas sage par cette ville. Ce prélat a su exprimer au Roi les sentimens de joie et de respect qui animent en ce moment tous les Frauçois. Nous regrettons de ne pouvoir citer en entier le discours qu'il a adressé à son entrée dans la cathédrale. Il lui a dit entr'autres :.,« C'est aux lvis sages, c'est aux exemples du Roi très-chrétien, du

fils aîné de l'Eglise, titres précieux dont V. M. se glorifie, que la France sera redevable de son heureux retour à la religion et aux bonnes moeurs, qui doivent lui rendre les droits à l'estime des nations, et la replacer parmi les puissances les plus favorisées du ciel ». M. l'évêque a encore eu l'honneur de haranguer le Roi à la préfecture, et il l'a fait avec l'accent de la sensibilité, et en même temps de la manière la plus convenable dans la bouche d'un pasteur. « La religion trop long-temps méconnue, a-t-il dit , persécutée surtout dans son vénérable chef, dont le

courage vraiment divin fera l'admiration de la postérité, respirera désormais à l'ombre des lis, recouvrerà son antique splendeur et son influence salutaire. Les vertus de saint Louis, reprenant leur place autour du trône de son auguste petit-fils, mériteront à V. M. la protection du Roi des Rois, en même temps qu'elles assureront la félicité des peuples ». M. l'évêque a aussi adressé undiscours à Mme. la duchesse d'Angoulême. Le défaut d'espace pouvoit seul nous empêcher de faire connoître en entier ces discours qui respirent le dévouement au sou: verain, et l'amour de la religion.

De toutes parts on écrit pour annoncer la joie générale à l'occasion du retour du Roi. On chante partout des Te Deum. Les villes et les campagnes rivalisent de zèle. M. le curé de Cognac a prononcé avant le Te Deum, chanté dans son église, un discours fort bien fait sur les causes et les suites de l'heureux changement qui vient d'arriver. A la Cornuaille, au diocèse d'Angers, il y a eu feu de joie, décharge de mousqueterie, le 24 avril. Les bons habitans de ce lieu se réjouissoient comme nous le faisons à Paris, Ils se disoient sans doute : On ne noua enlevera plus nos enfans.

- M. Gillet, curé de Saint-Médard, vient de mourir. Il étoit aimé dans sa paroisse, où on a rendu les plus grands honneurs à sa mémoire. Les habitans ont voulu, suivant l'ancien usage, que son corps fut porté à bras tout

autour de la paroisse. La croix éloit élevée; elle précédoit le clergé qui étoit en surplis et chapes.

NOUVELLES POLITIQUES: PARIS, 3 mai. - Déclaration du Roi. Louis, par la grâce de Dieu , Roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut:

Rappelé, par l'amour de notre peuple, au trône de nos pères, éclairé par les malheurs de la nation que'nous sommes destinés à gouverner, notre première pensée est d'invoquer cette confiance mutuelle si nécessaire à notre repos, à son bonheur.

Après avoir lu attentivement le plan de constitution proposé par le Sénat, dans sa séance du 6 avril dernier, nous avons reconnu que les bases en étoient bonnes mais qu'un grand nombre d'articles portant l'empreinte de la précipitation avec laquelle ils ont été rédigés, ils ne peuvent, dans leur forme actuelle, devenir lois fondamentales de l'Etat;

Résolu d'adopter une constitution libérale, voulant qu'elle soit sagement combinée, et ne pouvant en accep ter une qu'il est indispensable de rectifier, pous convo quons pour le 10 du mois de juin de la présente année, le Sénat et le Corps-Législatif, nous engageant à mettre sous leurs

yeux

le travail que nous aurons fait avec une commission choisie dans le sein de ces deux corps, et à donner pour base à cette constitution les garanties suivantes :

Le gouvernement représentatif sera maintenu tel qu'il existe aujourd'hui, divisé en deux corps, savoir :

Le Sénat , et la chambre composée des députés, des départemens.

L'impôt sera librement consenti.
La liberté publique et individuelle assurée,

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La liberté de la presse respectée, sauf les précautions nécessaires à la tranquillité publique.

La liberté des cultes garantie.

Les propriétés seront inviolables et sacrées; la vente des biens nationaux restera irrévocable.

Les ministres, responsables, pourront être poursuivis par une des chambres législatives, et jugés par l'autre.

Les juges seront inamovibles, et le pouvoir judiciaire indépendant.

La dette publique sera garantie; les pensions , grades, honneurs militaires, seront conservés, ainsi que l'ancienne et la nouvelle noblesse.

La légion d'honneur, dont nous déterminerons la décoration, sera maintenue.

Tout François sera admissible aux emplois civils et militaires.

Enfin, nul individu ne pourra être inquiété pour ses opinions et ses votes. Fait à Saint-Ouen, le 2 mai 1814.

Signé, Louis. - Le Roi occupe, au palais des Tuileries, les grands appartemens; Mme la duchesse d'Angoulême, le pavillon de Flore; LL. AA. RR. MONSIEUR et Mgr. le duc de Berry, le pavillon Marsan. LL. AA. SS. Mer. le prince de Condé et Mør. le duc de Bourbon habitent le petit palais Bourbon.

- Par un décret du 9 mai, S. 'A. R. MONSIEUR lieutenant-général du royaume, a nommé aux préfectures ci-après, savoir :

M. le comte de Voyer d'Argenson à la préfecture des Bouches-du-Rhône;

M. Siméon à la préfecture du département du Nord;
M. C. de Montlivaut à la préfecture des Vosges ;
M. de Mesy à la préfecture de l'Aube;

M. de Mik, maire de Nancy, à la préfecture de la Meurthe.

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