Page images
PDF
EPUB

On écrit qđe Bonaparte a passé à Aix, dans la nuit du 25 au 26, et qu'il a dû s'embarquer, le 28, à SaintTropez (i).

MARSEILLE. Cette ville étoit dans l'incertitude et les alarmes, lorsque, vers les fêtes de Pâques, il se répandit des bruits de paix, qui commencèrent à donner l'essor aux esprits. Le préfet chercha à les comprimer par une proclamation où il annonçoit encore les victoires d'un homme déjà renversé. Mais le 14 avril, un voyageur arrivant d'Aix annonça que Louis XVIII y avoit été proclamé. Cette nouvelle mit tout en mouvement dans la ville, et tous 'les habitans se trouvèrent dehors pour voir arriver le courrier qui parut, en effet, vers les six heures du soir, avec l'olivier et la cocarde blanche. On n'eut pas besoin d'en voir davantage pour crier de toutes parts vive le Roi! Chacun se fit une cocarde. L'enthousiasme se communiqua rapidement. Le peuple se porta à la préfecture, et y auroit peut-être commis quelques voies de fait, sans les conseils de plusieurs personnes sages mêlées avec la foule, et qui donnèrent une autre direcs tión à son ardeur. On alla à la colonne Bonaparte, on abattit sa statue et on la traîna

par

la ville. La statue qui étoit à la mairie fut aussi abattue. Toutes les autorités furent forcées de crier vive le Roi ! et le pavillon blanc arboré. Toute cette soirée fut orageuse. Le peuple étoit dans un état d'effervescence difficile à rendre. Il y eut quelques excès; mais la garde nationale, qui se mit sur pied, parvint à rétablir l'ordre et à contenir la foule. La nuit toute la ville fut illuminée. Les jours suitans, l'enthousiasme fut le même, mais pourtant avec moins de tumulte. La joie étoit aussi grande, mais plus

. (1) On nous a reproché d'avoir dit, dans notre troisième puméro , que cet homme n'avoit pas su mourir. On n'a pas'apparemment compris noire pensée. Nous persistops à croire que ce fier à bras ne devoit point abdiquer, mais périr les armes à la main, s'il le falloit, fendre cette puissance à laquelle il avoit sacrifié tant de braves. Il est clair qu'il a eu peur de mourir, et dès lors le voilà déshonoré,

pour de

,

tranquille. La ville avoit l'air d'être dans une fête continuelle. Tous les magasins et ateliers étoient fermés. Le 16, sur la demande du maire, on descendit NotreDame de la Garde, et après avoir chanté un Te Deum dans la cathédrale, on la porta en procession solennelle dans les différens quartiers. Deux frégates angloises parurent dans la rade: un fort tira contre elle par mégarde; mais le maire alla faire des excuses aux capitaines , qui descendirent et assistèrent au Te Deum et à la procession. La plus grande cordialité régna entre les Anglois et les François. On faisoit des feux de joie dans les rues on illaminoit les maisons, et l'allégresse générale se manifestoit par tous les moyens qu'elle pouvoit imaginer, Le dimanche 17, on a fait, comme autrefois, le feu de la Saint-Louis sur la place de ce nom. Les prisonniers d'Etat furent élargis. Parmi eux se trouva M. l'abbé Desmazures, prédicateur, qui étoit détenu au château d’lf. Ils assistérent à la procession, et on fit une quête pour eux. L'activité, le zèle, et surtout la prudence de la garde nationale, ont fait qu'il s'est passé peu de désordre. Le mouvement subit et spontané du peuple, sa joie franche, ses applaudissemens biens naturels et non payés, montrent assez combien l'homme qui régnoit étoit odieux. Marseille ne le cède pas, sur cet article, aux autres villes du royaume. Aujourd'hui la ville est calme; mais la joie, quoique moins bruyante, continue à se manifester dans toutes les classes. On admire une révolation si heureuse et si prompte, et on bénit la Providence qui a fait un si beau changement. Dexterá Domini fecit virtutem. On a proposé de mettre la statue de la sainte Vierge sur la colonne de Bonaparte, en remplacement de la statue de ce même homme.

Il y a eu, le 20 avril, une révolution subite à Milan. Le peuple s'est soulevé, a massacré un des ministres de Bonaparte, et a insulté les sénateurs. Le prince Eugène est en fuite. Les Milanois demandent à former un Etat indépendant,

[ocr errors]

Sur une brochure nouvelle.

Parmi les nombreux pamphlets que fait éclore le moment actuel, et qui attestent, sinon toujours la sagacité de leurs auteurs, du moins la liberté des opinions et la douceur d'un gouvernement ennemi de la contrainte et de la servitude, il en est un qui a mérité d'être remarqué par un mélange de bizarrerie, de jactance et d'opiniâtreté. Un écrivain , qui se qualifie, ancien évéque de Blois , est l'auteur de cette brochure piquante par sa singularité. D'abord il prend un titre qui ne lui appartient pas. Il ne peut y avoir d'autre ancien évêque de Blois que M. de Thémines, qui étoit retiré en Angleterre, et qui a subi les rigueurs d'un long et honorable exil. D'après la constitution civile du clergé de 1790, l'évêque établi à Blois ne s'intituloit que l'évêque du département de Loir et Cher. Quiconque prend le titre d'évêque de Blois, est douc un homme qui cherche à tromper son monde, et qui veut se donner un air antique, quoiqu'il soit fort nouveau. On ajoute, ce qui rend la chose un peu plus ridicule, que le même homme se fait appeler Monseigneur , quoiqu'autrefois il ait déclamé avec toute l'énergie du patriotisme contre ces dénominations serviles. Quand on se vante de n'avoir

pas

varié, on devroit au moins ménager les apparences, et ne pas se mettre si fort en contradiction avec soi-même. Il

ya au surplus un article sur lequel cet auteur de change pas. Il nous parle encore de la souveraineté du peuple, pauvre système aujourd'hui frappé à mort, et qui après avoir été confondu par la raison , vient de l'être d'une manière péremploire par l'expérience. U s'élève avec

Tome Jer. L'Ami de la R, et du R. No. VI.

la chaleur d'un ardent ami de la liberté, contre tout ce qui rappelle les formes monarchiques, contre l'expression de maitres, contre la souplesse des courtisans. Cet homme là ne peut se détacher de cette république, objet de ses plus chères affections, et qu'il a l'honneur d'avoir contribué à établir. Il ne sauroit oublier les discours qu'il a prononcés à la Convention, ni ces belles apostrophes à la liberté, ni ces véhémentes sorties contre les rois , qu'il appeloit si bien des êtres purulens , l’écume de l'espèce humaine ; ni entr’autres ces éloquentes paroles : Tout ce qui est beau, tout ce qui est bon, est renfermé dans l'idéc de sans culotisme. Le Moniteur et les procès-verbaux de la Convention sont remplis de ces monumens du zèle civique de Monseigneur. Il ne faut pas qu'il crie ici à la calomnie. Ses discours sont imprimés, ses rapports sont écrits. Ces pièces authentiques se trouvent dans toutes les bibliothèques. Ce n'est pas nous qui les avons fabriquées ; ce n'est pas nous qui avons rédigé un Essai sur les arbres de la liberté, où il y a sur la niort des rois des choses ineffables. Cet écrit est dans nos mains et sous nos yeux, et nous en pourrions citer tel passage, qui seroit à faire mourir de honte, dans ce moment, son auteur. Quelle est donc cette manie de vouloir faire songer à soi quand on a tant d'intérêt d'être oublié, de vanter sa constance quand on a encensé tour à tour tous les partis, de parler de son caractère et de ses principes quand on en a changé suivant les circonstances, et qu'on a juré tour à tour fidélité à toutes les constitutions, à la loi et au Roi en 1791, et à la république en 1792, puis haine à la royauté en 1796, puis de nouveau

> fidélité à un usurpateur? L'auleur prétend aujourd'hui qu'il a toujours été ennemi de la dernière tyrannie. Il assure qu'il a voté dans toutes les occasions contre les mesures désastreuses et injustes, contre l'impérialité, contre les conscriptions, contre le divorce. Cela est possible. Mais il se trouvera probablement des gens malins, qui diront que rien ne le prouve, que l'auteur se donne des éloges à bon marché, que son courage a été bien secret, et sa résistance bien prudente; qu'il avoit bien su parler plus haut dans un temps où il n'auroit pas mal fait de se taire, et qu'il s'étoit tu précisément quand il eût été à souhaiter qu'il parlât. Voilà ce que l'on pourra dire. Si l'auteur appelle cela de la calomnie, il sera tout seul de son avis. Il est juste que l'on rende à chacun selon ses oeuvres. Les pièces du procès sont là. Elles sont nombreuses et authentiques. On ne peut ni les faire disparoître ni s'inscrire en faux, et celui qu'elles accusent, n'a d'autre ressource que de passer condamnation et de s'avouer coupable. Si au milieu de ses torts il veut prendre des airs arrogans, s'il se vante, s'il est content de lui, sa jactance ne sert qu'à le rendre plus ridicule, et qu'à donner plus d'envie de rappeler les sujets de reproche qu'on est en droit de lui faire. Telles sont les vérités dont l'auteur de la brochure nous force à le faire ressouvenir. Le ton qu'il prepd lui est interdit par les rôles qu'il a joués. Il ne faut pas être si fier quand on a tant de raisons d'être modeste. Son écrit est d'ailleurs rédigé d'une manière bizarre. Point de suite, point de méthode, point de goût, point d'intérêt. Le style est brusque et haché, les digressions sont fréquentes. L'auteur semble en vouloir à tout le monde. Il attaque à droite et à gauche tout ce qu'il rencontre. Il inculpe tous les corps et tous les particuliers. Parce qu'il n'est pas pur, il ne veut pas, ce semble, que personne le soit. I

« PreviousContinue »