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On peut apprécier, par cet épisode, le caractère de l'insurrection des Jacques, qui devint générale dans les campagnes. Ce fut la guerre des chaumières contre les châteaux, des blouses contre les habits, du pauvre contre le riche, du fainéant contre le travailleur, du lâche contre le vaillant. Les nobles de toutes les provinces, avertis de leurs horribles exploits, se fortifièrent dans leurs demeures. Ils se concertèrent et se rallièrent. Des chevaliers étrangers vinrent au secours des grands propriétaires de France. Ces chevaliers et leurs hommes d'armes attaquèrent, combattirent, détruisirent en détail cette multitude insurgée, qui n'avait de force que pour l'assassinat, le pillage et le viol. Le roi de Navarre, dans un seul comhat, extermina, près de Beauvais, trois mille de ces misérables, dont le chef, nommé Guillaume Caillet, fut pris et pendu.

Lorsque la masse de ces hordes fut dispersée, on en poursuivit partout les débris. En vain ils voulurent chercher un refuge dans les villages même d'où était partie la révolte, les habitants redoutant leur approche, s'entouraient de fossés, de remparts, pour se garantir de toute communication avec elles, et la repoussaient à coups de pierres et de piques. Tout fut pris et tué.

Voilà précisément la guerre que les socialistes, ces Jacques du xixe siècle, voulaient recommencer contre la civilisation, à l'imitation des Jacques, ces socialistes du xive siècle. Seulement, les démagogues de 1851 ne peuvent même pas invoquer le peu de circonstances atténuantes qui militent en faveur des pauvres serfs d'autrefois ; les inégalités sociales ont disparu. Restent les inégalités naturelles qu'il n'est donné à personne d'effacer de ce monde, et contre lesquelles les communistes se sont révoltés vainement.

Toutes ces fureurs, toutes ces haincs, toutes ces cupidités, toutes ces bassesses s'étaient ajournées au mois de mai 1852. Cette époque venue, la guerre eût éclaté simultanément sur tous les points du territoire; l'incendie eût allumé toutes les maisons, et livré aux démagogues la fortune et la vie de tous los honnêtes gens. Le gouvernement, attaqué avec furie dans les grands centres de population, à Paris, à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, à Rouen, à Lille, à Strasbourg, et forcé, par conséquent, de concentrer ses troupes, eût nécessairement dégarni tous les points secondaires, dont l'insurrection s'emparait sans coup férir. Dans quel torrent de sang et de souillures se fût étouffée d'elle même cette épouvantable conflagration, c'est ce qu'on ne peut calculer sans frémir.

La Providenca n'a pas permis que les lois divines et humaines subissent une pareille atteinte. Elle a suscité le bras du prince Louis-Napoléon ;. et la France délivrée à jeté un cri d'allégresse. Mais le monstre du socialisme n'a pas été écrasé sans combats.

C'est le récit de ces luttes courtes, mais douloureuses, que nous mettons aujourd'hui sous les yeux du public. Enseignement triste, en même temps que fécond; car c'est à la grandeur du péril évité qu'il faut mesurer l'étendue des actions de grâce.

Tout bon Français qui lira les pages qui vont suivre saura mieux ce que la Religion, la Famille et la Propriété, ce que la Morale et la Civilisation doivent à l'Héritier de l'Empereur.

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Nous ne pouvons mieux faire, pour expliquer l'action persévérante et redoutable des sociétés secrètes, que d'emprunter à un éminent écrivain, M. Cucheval-Clarigny, les documents instructifs qu'il a publiés dans un des organes les plus importants de la presse. On ne saurait donner trop de publicité à de pareilles conceptions de la perversité humaine. Nous leur donnons surtout la nôtre, afin de prémunir les malheureux ouvriers et les honnêtes habitants de la campagne contre les piéges infames que les meneurs socialistes tendaient à leur crédulité. ,

On faisait appel à leurs sentiments généreux, et en réalité on les poussait, à leur insu, à l'assassinat et au pillage

Que les derniers événements les éclairent donc, et leur apprennent qu'ils n'ont à attendre du socialisme que le déshonneur et le crime.

La réorganisation et la multiplication des sociétés secrètes datent de la présentation à l'Assemblée constituante, en avril 1849, du projet de loi qui a interdit les clubs. On voulut continuer dans les ténèbres l'æuvre qu'on ne pouvait plus poursuivre au grand jour. Il existait à ce moment, à Paris, depuis le mois de janvier 1849, une association intitulée la Solidarité républicaine, fondée expressément en vue de la propagande démocratique. Cette association, qui était présidée par le représentant Martin Bernard, qui avait ses bureaux rue Coquillière, 15, et rue des Bons-Enfants, 1, et qui avait pour organe un journal à elle, devait avoir des succursales dans toutes les villes de France.

Elle devint naturellement et immédiatement le centre d'un vaste réseau d'associations qui enveloppait le territoire entier. Elle eut en très peu de temps des ramifications à Marseille, à

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Tarasconi, à Orange, à Nimes, à Chalons-sur-Saône, à Issoudun, à Blois, à Tours, à Loudun, á Poitiers, à Niort, à Rochefort, à Bordeaux, au Havre, à Rouen, à Saint-Quentin, etc., etc.

Il n'est pas de ville en France qui n'ait compté une ou deux de ces affiliations, et le nombre total dépasserait plusieurs milliers. Il faut donc se borner à donner la nomenclature des titres adoptés par ces affiliations à Paris et dans tous les départements, qui relevaient directement de Paris. Si quelques-uns des noms qu'on va lire paraissent inoffensifs,

d'autres, en revanche, sont significatifs :

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Des Travailleurs.

Humanitaires.
Des Chasseurs Montagnards. Des Communes.'
Boutiques sociétaires. Epiceries sociétaires.
Auberges socialistes.

Chambres du travail, etc., etc. Ventes de charbonnerie.

Les amliations socialistes recherchaient, d'ailleurs, les dériominations les moins alarmantes. Beaucoup d'entre elles se sont dissimulées sous le nom de cercles littéraires, ou même de réunions musicales; par exemple : Association de l'Orphéon, ou

association des ouvriers chanteurs. Un grand nombre, en outre, n'étaient désignées que par le nom du café ou de l'établissement public où elles se réunissaient. D'autres enfin se cachaient sous le nom de loges maconiques. Il en est une qui avait pris pour titre la Robe du Christ.

La Solidarité républicaine fut la dernière tentative faite pour embrasser la France entière dans une seule affiliation. Depuis la ruine de cette société, il y'a toujours eu pour centres d'action, en correspondance entre cux, mais distincts, Paris et Lyon. Quant à l'Algérie, elle relevait plutôt de Lyon que de Paris. Expliquons successivement ces trois organisations, puis nous ferons connaftre leurs points de contact.

I.

· A la fin de 1849, les chefs de clubs constituèrent dans chacun des quatorze arrondissements de la Seine un comité, dont les délégués, réunis en comité supérieur, constituèrent le gouvernement révolutionnaire du socialisme. Ce comité directeur fut en rapport, d'une part, avec Lyon et les autres grandes villes de l'intérieur; de l'autre, avec Londres et la Suisse, et tous les foyers de conspiration extérieurs.

C'est à Paris que s'établirent successivement, comme autant de centres d'action, le Comité des Réfugiés, la société secrète l'Union des Communes et le Comité central de Résistance, dirigé par deux représentants de la Montagne, dans le sens des idées communistes, et dont les bulletins révolutionnaires, imprimés clandestinement avec des têtes de clous, ont donné lieu à des poursuites judiciaires. Les affiliations du nord et de l'est, et celles beaucoup plus nombreuses et beaucoup plus puissantes du centre, relevaient directement de Paris.

Dans l'organisation parisienne, il convient de distinguer les sociétés en correspondance quotidienne avec Paris, et celles qui se groupaient autour des centres secondaires suivants : Lille, Reims, Rouen, Nancy, Colmar ét Nevers. A la première catégorie appartiennent les sociétés secrètes de Meaux, Provins, Auxerre, Avallon, Joigny, Bléneau, Saint-Fargeau et SaintSauveur, Ces sociétés, organisées sur le même plan que le carbonarisme, étaient divisées en sections de onze membres. Depuis l'insurrection du val de la Loire, c'est-à-dire depuis le mois d'octobre dernier, elles déployaient'une activité extrême et vraiment alarmante. Montargis et toutes les sociétés du Loiret recevaient aussi directement le mot d'ordre de Paris.

A la fin de 1849, il n'y avait pas moins de soixante sociétés politiques à Lille ; il y en avait également un nombre considerable à Tourcoing et à Roubaix, et quelques-unes à Douai;

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