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» Le moment est donc venu de constituer notre armée sur sa véritable base : l'engagement volontaire.

» Plus de conscription !
> Plus de loterie des hommes !
> Plus de remplaçants !
> Plus de traite des blancs !
v Plus d'esclavage militaire !

» Une armée réduite à 175,000 hommes au plus (175,000 soldats sont à 35 millions d'habitants comme 200 est à 1), composée de volontaires âgés de seize ans au moins, s'engageant pour dix années et pouvant ensuite se réengager de cinq années en cinq années, jusqu'à l'âge prévu pour l'époque de réforme et fixé pour la pension de retraite ; une telle armée vaudrait cinq fois plus et coûterait cinq fois moins que l'armée actuelle soumise au régime des appels, régime barbare en temps de paix, — régime qui arrache violemment tous les ans à leurs familles, à leur profession, à leurs travaux, à l'agriculture surtout, 80,000 hommes laborieux, âgés de 20 ans, choisis parmi les plus robustes et les mieux constitués, pour les rompre péniblement à l'babitude du désauvrement, les envoyer se corrompre l'esprit et le corps dans les faubourgs infects des villes de garnison, et les rendre ensuite à leur première profession et à leur commune, généralement déshabitués du travail, énervés, aépravés, souvent atteints d'un vice incorrigible, l'habitude de la débauche, et d'un virus héréditaire plus funeste au principe de la reproduction que s'il le frappait entièrement de stérilité.

» Avec l'encombrement qui obstrue l'accès de toutes les carrières, les engagements volontaires suffiront et au-delà pour recruter une armée réduite au deux centièmes de la population; ce qui le prouve, c'est le nombre actuel des engagements volontaires et des remplacements à prix d'argent. D'ailleurs, plus la durée de l'engagement sera longue et plus les avantages offerts pour les réengagements seront décisifs, et moins il y aura annuellement de vides à remplir. Est-ce que pour une place de gendarme vacante dans une brigaile, il n'y a pas vingt demandes ?

» Ne craignez pas de proclamer l'abolition de la conscription, qualifiée en ces termes par l'empereur Napoléon : « La conscription est la loi la plus » affreuse et la plus détestable pour les familles. »

» Ce sera un moyen tout simple de réorganiser l'armée, en lui donnant pour base le choix sur le nombre.

» Ce sera un véritable service rendu à l'agriculture.
» Ce sera une cause de pertnrbation de moins dans la société.
» Ce ne sera plus une atteinte qui blessera la liberté des vocations.

» Ce sera une carrière assurée pour les fils de famille qui arrivent à l'âge de seize à vingt ans ne sachant quel état choisir, et ne pouvant cependant rester plus longtemps à la charge de leurs parents.

» Le code militaire alors ne sera plus une monstruosité républicaine; ce scra un réglement librement accepté, car on en aura pris connaissanco avant de s'engager. »

Nous comprendrions qu'on allât signer cette pétition ; nous ne comprenons pas l'utilité de l'autre.

La réduction de l'armée au 200o de la population équivaut à la réduction de 200 millions par an sur le budget des dépenses.

Si de toutes parts des pétitions ne se signent pas pour demander l'abolition de l'esclavage militaire, on continuera de faire comme on a fait dans le passé, on continuera d'ajourner indéfiniment une économie dont l'impérieuse nécessité est unanimement proclamée.

C'est au bon sens des contribuables à prendre les devants sur la discussion de la loi qui devra organiser la rce publique.

Les militaires sont divisés, deux opinions tranchées sont en présence : l'une qui veut abolir le remplacement, l'autre qui veut le maintenir; l'une qui le flétrit, l'autre qui le justifie ; il est un moyen de mettre d'accord les deux opinions, c'est d'abolir le recrutement.

En abolissant le recrutement obligatoire, on supprime par le fait le remplacement militaire.

Le prix moyen d'un remplaçant est de 1,500 fr. ; le chiffre du contingent annuel est de 80,000 hommes; en multipliant ce nombre par l'autre, on a pour produit 120 millions. Sept années de service militaire équivalent donc, en argent, à un impôt de 120 millions; or, comme il résulte des documents officiels que, sur 100 jeunes gens faisant partie du contingent annuel, 66 appartiennent à la population agricole, demander l'abolition de la conscription, c'est demander pour l'agriculture un dégrèvement indirect de 80 millions de francs.

Les journaux de département, nous n'en doulons pas, comprendront l'immense et bienfaisante influence qu'ils peuvent exercer sur la solution de cette question.

Le moment est opportun.

II.

28 avril 1848.

Le journal la Réforme demande, au nom de l'application du principe de l'égalité, l'abolition du remplacement militaire. Nous allons plus loin : au nom de l'application du principe de liberté, nous. demandons, nous, l'abolition de la conscription et du tirage au sort. Les engagements volontaires suffiront, et au-delà, au recrutement de l'armée, dès que le service militaire ‘aura cessé d'être une obligation et une loterie, pour devenir une carrière à la fois honorable et lucrative.

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III.

22 mai 1848.

Toutes les idées qui ont fini par prévaloir ont commencé par être qualifiées « d'utopies et d'hypocondrie ; » ces mots, dont se sert M. le lieutenant-colonel Thomas pour nous répondre dans la Sentinelle de l'Armée, ne prouvent donc absolument rien, si ce n'est que nous avons pour contradicteur un aveugle ou un myope, qui n'aperçoit pas ce que nous voyons distinctement.

Utopies !... Napoléon, l'homme-guerre, disant qu'il avait le projet d'amener chaque puissance à une IMMENSE réduction des armées permanentes, était-il donc un utopiste?

Hypocondrie!... Montesquieu traitant de maladie nouvelle le nombre désordonné de troupes, était-il un hypocondria

gue ?

L'opinion que nous soutenons n'est pas nouvelle. On la trouve exprimée presque mot à mot par Raynal, dans ses Mémoires historiques de l'Europe, et par Voltaire.

Mirabeau, à qui un de ses amis, M. Dupont, disait peu de temps avant :

« La nature vous avait fait pour être un héros guerrier, un aventurier conquérant; on vous a mis des entraves. Eh bien! vous serez un paisiblc philosophe, et vos veilles seront plus utiles à l'humanité que n'eussent été vos exploits. »

Mirabeau écrivait en 1778 :

« 1° Je crois que les hommes, et par conséquent les rois, ne peuvent donner que ce qu'ils possèdent, le droit de faire et de commander des actions justes, conformes à l'ordre et aux lois immuables de la nature. Un homme vertueux doit donc être le seul juge de la légitimité de la guerre qu'il s'agit de faire ou de rfe pas faire. Cette philosophie, qui est et sera la mienne, n'est pas compatible avec un uniforme.

» 2° Les troupes réglées, les armées perpétuelles n'ont été, ne sont el ne seront bonnes qu'à établird'autorité arbitraire, el à la maintenir ; or je ne suis pas de ces mercenaires qui, ne connaissant que celui dont ils reçoivent la solde, ne se rappellent jamais que cette solde est payée par le peuple ; qui s'honorent de servir un homme, tandis qu'ils devraient se croire uniquement destinés à la défense de leur patrie ; qui volent aux ordres de celui qu'ils appellent leur maitre (mot infâme, injurieux au roi et à la nation), sans penser qu'ils se réduisent à porter une livrée plutôt qu'un uniforme, sans savoir que le plus vil, le plus odieux, le plus détestable des métiers est celui de satellite d'un despote, de geôlier de ses frères : le service ne me convient donc pas. (1)

Ces principes, ces idées que les philosophes du dix-huitième siècle s'accordaient à proclamer, l'expérience des soixante années de guerre et de paix armée que l'Europe a subies les a confirmés dans l'esprit et le cœur des peuples.

Si l'opinion de Raynal, si l'opinion de Voltaire, si l'opinion de Mirabeau, si l'opinion de Montesquieu, etc., etc., eussent prévalu, le peuple en serait-il où il en est ? Quels progrès n'eussent pas fait la civilisation, la fraternité entre citoyens et nations, si tous les milliards qui ont été employés à acquérir de la gloire avaient été consacrés à éteindre la misère, à honorer le travail, à améliorer l'existence du pauvre, à instruire le peuple, à développer l'énergie de son intelligence et la noblesse de ses instincts!

Qu'est-ce que l'armée ? - L'armée, c'est le peuple arraché violemment à sa famille, à sa commune, à sa charrue, à son

(1) Mirabeau, Lettres écrites du donjon de Vincennes, en 1777, 1778, 1779, 1780. Paris, 1820, in-8°. T. II, p. 196-197.

champ, à sa profession; c'est le peuple contraint de se mettre tout nu devant les membres d'un conseil de révision, qui passent l'inspection minutieuse de ses infirmités, absolument comme s'il s'agissait d'achat et de vente de nègres; c'est le peuple obligé de consacrer les sept plus belles années de sa vie, de vingt à vingt-sept ans, à apprendre à emboîter le pas et à exécuter la charge en douze temps; c'est le peuple condamné à toutes les rigueurs d'un code exceptionnel, à moins qu'il n'ait les 2,000 francs nécessaires à l'acquisition d'un remplaçant... De ceux qui défendent le peuple, il est donc faux de dire qu'ils attaquent l'armée, puisque l'armée c'est le peuple.

Non, nous ne sommes pas les ennemis de l'armée ; nous ne sommes que les ennemis de la guerre.

Toutes les raisons que donnent les officiers pour démontrer la nécessité de la conservation des armées permanentes, les prêtres aussi les donnaient pour démontrer la nécessité du maintien de l'inquisition. Selon eux, détruire l'inquisition, c'était détruire la religion !

Si on les avait crus, l'inquisition existerait encore.
La tolérance a aboli l'inquisition et le saint-office.
Le crédit abolira la guerre et l'armée.
Le crédit sera le rédempteur du peuple.

IV.

24 avril 1849. Le projet de loi sur l'organisation de la force publique se compose de 71 articles ; le rapport qui le précède a plus de 120 pages; c'est une æuvre importante, ne fût-ce que par son étendue et par le nombre des questions que soulève ce travail émané d'une commission comptant parmi ses membres les généraux Cavaignac, Laydet, Bedeau, Lafontaine, Rey, le colonel Culmann, le lieutenant-colonel Charras, le commandant Foy, le capitaine Lebleu, et ayant pour rapporteur le général Lamoricière.

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