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Avant un an, on reconnaîtra que j'avais raison !
Il sera trop tard.

Si je reviens si fréquemment sur cette question, c'est qu'il n'en est pas de plus importante. La question du désarmement, c'est la question d'où dépendent :

La Paix,
La Liberté,
Le Crédit,
Le Travail,
L'Avenir!

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16 août 1848. Qu'on le sache bien ! je fais la guerre à la guerre ; je fais la guerre à l'exagération des armées permanentes, mais je ne fais pas la guerre à l'armée. Je ne serais pas ce que je suis, si je ne savais pas apprécier à leur juste valeur et les immenses services qu'elle a rendus et l'admirable esprit qui l'anime. Je n'étais pas destiné, en naissant, à tenir une plume, mais une épée. Je m'en souviens: aussi personne n'a-t-il moins que moi l'ivresse de l'écritoire et l'engouement de la plume. Mais, pour moi, les faits sont les rayons de l'évidence, et, quand ils dardent, au lieu de fermer les yeux, je les ouvre.

Quiconque observe les faits, quiconque les étudie ne saurait nier que si l'Europe eût consacré à améliorer le sort des peuples la moitié seulement des sommes qu'elle a dépensées depuis trente-trois ans à user des uniformes, à brûler des amorces, à défendre des territoires que personne ne songeait à attaquer, l'Europe aujourd'hui n'en serait ni moins beureuse ni moins puissante. La Guerre ne serait pas plus proche, et la Révolution serait plus loin. Partout la Guerre tend à perdre du terrain, partout la Révolution tend

XII.

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à en gagner. Est-ce faux ? est-ce vrai ? Si cela est faux, j'ai tort; mais si cela est vrai, j'ai raison quand j'insiste sur la nécessité de réduire non la force, mais la dépense des armées permanentes.

Le grand Frédéric disait : « Une armée saps passe-droit en vaut dix. » Je répéte après lui : Huit mauvais soldats n'en valent pas deux bons. Un bon soldat coûte moins qu'un mauvais. C'est l'opinion des officiers les plus compétents, lesquels font passer le choix avant le nombre. C'était l'avis du maréchal de Saxe, qui l'exprimait ainsi : «Il vaut mieux » avoir un petit nombre de troupes bien entretenues et » bien disciplinées que d'en avoir beaucoup et qui ne le » soient pas. Ce ne sont pas les grandes armées qui gagnent » les batailles, ce sont les bonnes. >>

Si ces paroles sont vraies lorsqu'il s'agit pour un pays de défendre ses frontières ou ses conquêtes, bien plus vraies sont-elles encore lorsqu'il s'agit de défendre l'ordre et l'autorité dans les rues.

La question se réduit donc à savoir si la constitution de notre armée est ce qu'elle devrait être.

Je n'hésite pas à répondre négativement.

Le bon sens se révolte quand on voit, d'une part, des fils de laboureur qu'on arrache violemment à leur charrue, des travailleurs paisibles qu'on enlève malgré eux à l'exercice de leur profession, pour les incorporer dans un régiment, et, d'autre part, une multitude de jeunes gens sans vocation décidée, sans carrière, sans avenir, dont la société déclare ne savoir que faire ! Rendez moins imparfait le mode de recrutement par voie d'enrôlement, et le mode de recrutement par voie d'appel tombera de lui-même. Le service militaire est un impôt, est-il donc impossible d'en faire une carrière ?

Si cela est impossible, qu'on le démontre par d'autres arguments que des banalités usées. Dès que le service militaire cesse d'etre un impôt pour devenir une carrière, la durée du service se transforme; prétendre que deux soldats, dans ce système, en vaudraient au moins huit, c'est

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rester au-dessous de la vérité. Pour les officiers, quelle différence d'avoir à commander à des hommes parfaitement exercés ou à des hommes qu'il faut incessamment dégrossir, car à peine commencent-ils à être formés au maniement des armes que la loi les libère et les rend à leurs foyers.

Je ne veux pas m'étendre sur ces idées que j'ai tant de fois exposées. Empêcher qu'on ne les dénature est mon seul but.

Non, je ne demande pas la suppression de l'armée; j'en demande la réduction graduelle.

Je ne demande pas qu'on en réduise la force; je demande qu'on en réduise la dépense, en compensant ce qu'on perdra sur le nombre par ce que le choix fera gagner.

Je demande que l'économie opérée sur l'armée serve à achever rapidement notre réseau de chemins de fer, parce qu'il y a un lien étroit entre cette dépense et cette économie. Ce lien est facile à saisir : il est incontestable qu'étant donnée la nécessité de transporter vingt mille soldats de Paris à Lyon ou de Lyon à Paris, il faudra dix fois moins de temps par la voie des chemins de fer que par la voie des étapes. Donc, l'un des avantages , et ce n'est pas le moindre, du perfectionnement des voies de transport et de communication, est de permettre aux États de réduire leur effectif militaire sans cependant s'affaiblir. Eh bien! aussitôt qu'une ligne ou une portion de ligne importante de chemin de fer, celle de Paris à la frontière belge, par exemple, était livrée à la circulation, a-t-on retranché sur le budget de la guerre un seul régiment ? Non, loin de là; depuis 1840, la France n'a cessé d'augmenter et le nombre de ses régiments de ligne et le nombre de ses brigades de gendarmerie.

Cela s'appelle vulgairement brûler la chandelle par les deux bouts. Et puis l'on s'étonne de se réveiller un jour en sursaut aux bords d'une banqueroute ! Il n'arrive que ce qui doit arriver. Le crédit qui n'a pas de racines est renversé au premier souffle de l'ouragan. Le champ ne produit

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qu'à la condition qu'on ne portera pas au moulin ce qui appartient au sillon; si on donne tout à la mouture. il ne restera rien à la semence. Or, nous donnons tout à cette mouture qui s'appelle l'armée et la marine; aussi rien ne restet-il à cette semence qui s'appelle le crédit et le travail. Où sont les institutions de crédit que nous avons fondées en France depuis trente-trois années que la paix règne en Europe ? Où sont les encouragements efficaces que nous avons donnés à l'agriculture, cette mamelle de l'État? Où sont les dégrèvements d'impôts que nous avons effectués dans le but d'élargir la base de la consommation populaire, et d'admettre ainsi un plus grand nombre de convives au banquet, du bien-être ? Où sont les progrès que nous avons fait faire à la solution du grand problème de l'extinction du paupérisme ? Où sont, enfin, les abris que nous avons élevés en prévision de ces orages qui se nomment des révolutions?

Ouvrez le budget.
Le budget se divise en recettes et dépenses.
Il se subdivise ainsi :

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A moins de faire banqueroute, lorsque tous les fonds sont au-desscus du pair, peut-on réduire la dette? - Non.

Peut-on se passer de la justice, et la justice peut-elle se passer de tribunaux ? - Non.

(1) Plus : 38 millions 400,0

fr. pour les pensions militaires.

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