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que créerait le travail do près de 500,000 hommes choisis dans ce qu'il y a de plus robuste parmi la population.

Or, ce qu'on vient de lire n'est emprunté ni à M. Cobden ni au Daily-News, ni même à la Presse, mais est textuellement extrait du Journal des Débats, numéro du 2 juin 1848.

Ograve et docte écrivain, vous écrivez et vous imprimez: « Depuis trente ans, on FAIT PROFESSION D'ADORER LA PAIX ; » on n'en pressure pas moins les populations pour tenir sur » pied des forces innombrables, » et ce que vous mettez en article, vous trouvez « baroque » qu'on le mette en discours! Où donc est, devant « le sens commun,

que vous mêlez, bien à tort, à cette querelle, la différence si grande entre un article de journal et un discours de meeting, le journal et le meeting tenant absolument le même langage? Brave homme, avant de bafouer M. Cobden et le Congrès de la Paix, commencez donc par rire de vous-même et du Journal des Débats, car ie Congrès de la Paix n'a été que le fidèle écho de vos paroles de juin 1848!

La feuille à deux visages : l'un tourné, en 1848, vers la paix, l'autre tourné, en 1853, vers la guerre, cite, en s'en moquant, les deux lettres suivantes échangées entre le général Brotherton et M. Cobden :

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Le lieutenant-général Brotherlon à M. Cobdo.

a Traveller's club, Pallmall, le 29 janvier 1853. » Monsieur, je vois, par le coinpte-rendu du discours prononcé par vous à la réunion du Congrès de la Paix, à Manchester, jeudi dernier, que vous y avez dit que, pour mettre à l'épreuve la sincérité de ceux qui sont d'une opinion différente de la vôtre, au sujet de la probabilité d'une invasion, vous étiez prêt à vous engager, par voie légale, à payer 10,000 liv. sterl., dans le cas où l'invasion aurait lieu, à celui qui se chargerait de rayer, à titre de souscription, 1 shilling par semaine à l'hôpital de Manchester, jusqu'au moment où l'invasion aurait lieu.

» Je suis du nombre de ceux qui sont d'une opinion différente de la vôtre sur ce sujet, et j'accepte votre proposition, en vous informant en même temps que je suis prêt à remplir l'engagement aussitôt que j'aurai reçu votre réponse.

» Je suis, etc.

» T.-W. BROTHERTON. »

Réponse.

« Manchester, le 2 février. » Monsieur, » En réponse à votre communication, je me permettrai de vous faire observer que, quoique mon offre, à laquelle vous faites allusion, ait été faite à une personne individuellement et non pas au public, cependant, comme cette personne n'a pas accepté mon défi, et comme votre lettre, adressée à deux endroits différents, m'est parvenue avant qu'aucune autre personne m'ait fait une proposition, j'éprouve la plus grande satisfaction et même de l'orgueil en transférant sur un général au service de S. M. une assurance contre le danger d'une invasion, assurance que j'ai inaginée dans le but de calmer les inquiétudes du rédacteur d'un des journaux influents de province.

» Je dois toutefois proposer une modification dans les termes de l'engagement énoncé dans votre lettre. Au lieu de payer les 10,000 liv. sterl., quand l'invasion aura lieu, à une personne dont le devoir, en sa qualité de militaire, serait de prévenir un tel événement, et qui serait ainsi placée dans la position défavorable d'être peut être obligée de conjurer les chances de sa propre défaite, je m'engage à payer la somme de 10,000 liv. sterl., non pas quand l'invasion française aura été effectuée, mais dès qu'elle aura été tentée, à condition que vous payerez, à titre de souscription, 1 shilling par semaine à l'hôpital de Manchester. Je joins à la présente le nom de mon notaire, et je désirerais que l'engagement légal fût conclu le plus tôt possible ; je pense que vous partagerez le même désir, et j'ni l'hon. neur d'être, etc.

» RICHARD COBDEN.

» P.-S. Je vais informer le caissier de l'hôpital de Manchester que ma souscription de 2 liv, sterl. 12 sh. par an (65 fr.) sera dorénavant payée durant votre vie ou jusqu'à une tentative d'invasion française dirigée contre les îles Britanniques. »

Que tous ceux qui liront ces deux lettres prononcent et disent : Jequel a le beau rôle, le rôle sérieux, de M. le militaire Brotherton représentant la guerre, ou de M. Cobden représentant la paix ?

IV.

16 avril 1853. Le grand railleur du Congrès de la Pair, le Journal des Débats, se contredit en ces termes :

« La Turquie est un vaste domaine qu'il faut mettre en tutelle et en régie européenne pour l'exploiter. Telles sont les idées qui se répandent partout en Europe, et qui empêcheront la vieille et peut-être la sage politique de faire entendre sa voix. Telles sont les idées qui favoriseront la dépossession de la Turquie, sans guerre, sans conquête, et par conséquent sans secousses financières. Cette dépossession est une opération tout à fait analogue à l'esprit de notre temps. L'industrie et le commerce prévalent. Les gouvernements ne sont plus que des actionnaires, et Richelieu aujourd'hui serait président d'un conseil d'administration de chemin de fer. La guerre n'a plus d'avenir aujourd'hui en Europe que les guerres civiles, ou bien les guerres d'insurrection que pourraient allumer dans la Turquie d'Europe l'impatience des chrétiens et le fanatisme turc, parce qu'il y a là des populations qui ne comprennent pas encore bien le mécanisme du crédit européen.-Saint-Marc Girardin. »

S'il en est ainsi, si la guerre n'a plus d'avenir en Europe que les guerres civiles, pourquoi donc l'Europe, à qui l'entretien de ses armées permanentes coûte trois milliards par an, n'en économise-t-elle pas au moins la moitié ?

1849.

L'IMPOT DU SANG, L'IMPOT DU TEMPS.

20 août 1849.

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Le Congrès de la Paix, nous le savons, n'est pas considéré comme une tentative sérieuse par les hommes qui se considèrent comme sérieux.

Les « hommes sérieux » sont ceux qui ne conçoivent l'avenir qu'à l'image du présent. A leurs yeux, toute innovation est une chimère, toute réforme est une perturbation. Supprimer un abus leur paraît pour le moins aussi coupable que tuer un homme. C'est un meurtre.

Les « hommes sérieux » trouvent tout simple que des États consacrent le quart, le tiers, jusques à la moitié de leur revenu (1) pour entretenir une armée en vue d'un risque de guerre dont trente-trois années de paix et plusieurs épreuves décisives ont démontré le peu de probabilité.

Les « hommes sérieux » trouvent tout simple que la France ait dépensé six milLIARDS HUIT CENT CINQUANTE MILLIONS, de 1831 à 1849, pour aboutir à une situation qui ne lui a permis

(1) En Autriche, la dotation de l'Armée est de plus du tiers de la dépense générale de l'Empire ; ,- en Prusse, près de moitié ;—en Russie, du quart du revenu. Dans les États de la Confédération germanique, cette dotation varie du liers à la moitié des revenus.

(Moniteur de l'Armée.)

d'élever la voix avec autorité sur aucune question, alors même qu'il s'agissait seulement d'invoquer les traités de 1815, comme dans l'incorporation de Cracovie.

Les « hommes sérieux » prétendent que cet argent n'eût pas été aussi bien dépensé si la moitié seulement de cette somme de sept milliards eût été employée :

A achever, depuis cinq ou six ans, notre réseau de chemins de fer;

A terminer nos canaux;

A persectionner toutes nos voies de transport et de communication;

A améliorer notre navigation fluviale et nos ports ;
A encourager notre agriculture;

A réduire les taxes qui sont obstacle au progrès de la consommation générale et du bien-être populaire;

A rendre l'impôt plus égal et moins lourd;
A étendre le crédit et à abaisser l'intérêt;

A détruire, enfin, les révolutions dans leurs prétextes, en les combattant dans leurs causes.

Les « hommes sérieur » nient l'évidence, qui montre que la guerre civile tend à s'universaliser par la paix armée et à dégénérer en guerre sociale.

Les hommes sérieur » n'admettent pas que l'Europe soit assez éclairée encore pour poser et débattre dans un congrès une question aussi simple que celle qui consisterait à admettre cette base-ci :

L'ARMÉE DE CHAQUE ÉTAT SERA PROPORTIONNÉE A SA POPULATION, ET NE DEVRA PAS EXCÉDER LE 200°.

Est-il cependant une question plus simple dans ses termes et dans son application ? Est-ce que le contingent militaire des États qui composent la Confédération germanique n'était pas fixé d'un commun accord ? Quel est l'État qui n'aurait pas intérêt à adopter cette base équitable, puisqu'elle laisse à chaque nation sa pesanteur spécifique dans les balances du monde, ne porte aucune atteinte à l'équilibre européen et permet d'abolir le recrutement, cet

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