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de luxe manquent jamais. On en sera quitte pour les payer ce qu'ils vaudront. Demandez à votre territoire et à votre budget les chevaux de cavalerie que l'un peut nourrir sans effort et l'autre payer sans rabais, et la proportion de vos armes se réglera d'elle-même par le nombre de vos chevaux. Il y aura, en France et en Europe, plus de chevaux qu'il n'en faudra lorsque tous les États auront admis d'un commun accord la base suivante, que la nécessité, si ce n'est la raison, les contraindra d'adopter : Réduction des armées au deux centièmes du chiffre de la population. La population de la France étant de 36,000,000 d'habitants, son armée serait de 180,000 hommes, ce qui suppose 30,000 chevaux au plus; mais nous portons ce nombre au cinquième, c'est-à-dire 36,000 chevaux. La France produira toujours facilement le nombre de chevaux annuellement nécessaire à la remonte d'une cavalerie restreinte à de telles proportions.

L'armée ne doit plus être qu'une transition.
Elle ne doit plus être un impôt; elle doit être une carrière.

Nul n'est contraint à se faire prêtre; nul ne doit être forcé de se faire soldat.

Le suffrage universel est la porte par laquelle s'en ira le recrutement militaire.

Le soldat ne doit pas voter, et cependant l'on ne saurait priver de son droit au scrutin le citoyen que la loi a arraché à l'exercice de sa profession pour l'incorporer dans un régiment. Comment sortir de cette double difficulté, qui paraît inextricable ?

On en sortira par l'enrôlement volontaire, car dès que l'État, sur votre demande, vous admet à servir, il est le maître de régler toutes les conditions de l'admission, comme vous êtes libres de ne pas les accepter.

Ainsi, la gendarmerie ne serait pas admise à prendre part aux élections qu'elle n'aurait pas le droit de se plaindre.

L'enrôlement volontaire équivaut à la réduction des armées.

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Qui veut la paix et qui craint les révolutions ne saurait donc trop insister sur l'abolition du recrutement, ce mode barbare qui ne peut s'exercer qu'en mettant les hommes en loterie, qu'en soumettant les recrues à l'inspection corporelle la plus minutieuse et souvent la plus embarrassante, et qu'en conservant le remplacement que (on aura beau le flétrir), l'on ne parviendra jamais à supprimer.

Eh bien ! donc, puisque vous ne pouvez pas absolument abolir le remplacement, abolissez alors le recrutement.

Réduire vos armées d'un commun accord, d'après le chiffre proportionnel des populations, au 200€, est une condition que vous impose impérieusement la nécessité d'arrêter la dégénération de l'espèce humaine.

Lorsque vous prenez les hommes les plus robustes de complexion, les plus hauts de taille, les plus sains, et que vous les incorporez sans tenir compte de la loi de mortalité, vous faites juste le contraire, pour l'espèce humaine, de ce que vous faites quand vous poursuivez à si grands frais l'amélioration de l'espèce chevaline (1). Améliorer celle-ci serait-il donc plus important que d'améliorer celle-là ? Oublierez-vous que la mortalité dans les casernes est du double à peu près de ce qu'elle est en moyenne dans la cabane du cultivateur, dans l'atelier de l'ouvrier, dans le taudis du pauvre et dans la maison du riche ? Elle est comme 19 est à 11; elle devrait être comme 11 est à 19.

(1) « Un appel à l'activité de 50,000 hommes amène, terme moyen, sous les drapeaux, 26,6,20 jeunes soldats servant pour leur compte. » Sur 70,000 fournis par le contingent : Appelés servant pour leur compte.

49,000 Remplaçants ..

21,000 » 310,000 jeunes gens composent le contingent annuel (80,000, c'est le quart).

» Sur 310,000 portés chaque année sur les listes du tirage au sort, il n'y en a pas 151,000, c'est-à-dire la moitié, qui soient aptes au service militaire.

» La moyenne pour toute la France, calculée sur dix classes, a donné 458 hommes sur 1,000, et il y a des départements dans lesquels on n'en trouve pas, anuée commune, plus du cinquième, du quart ou du liers, tels que la Dordogne, la Lozère, la Corrèze et l'Orne.'»

(Moniteur des 17 et 18 janvier 1843.) « Vous savez qu'il y a des pays qui souffrent beaucoup du mode actuel de répartition, parce que les contingents ne sont pas leves proportionnellement au nombre réel des hommes propres au service. Il résulte de là que, dans certains pays de fabrique, ou la force physique de la population diminue par suite de la vie que mene cette masse d'ouvriers entassés dans les fabriques, en prenant un nombre d'hommes proportionné à ceux ap. pelés au tirage, vous écrémez en quelque sorte annuellement cette population, et vous en abaissez graduellement la force. »

(DE FLAVIGNY. Moniteur 1847, p. 877.)

L'armée, qui est l'abâtardissement de la population, est aussi le dépérissement de l'agriculture, car c'est à la charrue surtout que le fusil enlève les bras robustes entre lesquels il se place. Or, de quoi manque le peuple ? Est-ce de tissus pour s'habiller, non; ce dont il manque, c'est de pain et de viande pour se nourrir.

Ou il faut le faire vivre, ou il faut le faire tuer!

Ainsi la question se ramène d'elle-même étroitement à ces deux termes : ou la paix organisée, ou la guerre déclarée.

La guerre contre qui et pour quoi ?

Est-ce qu'aujourd'hui la richesse se mesure à l'étendue du territoire et au chiffre de la population ? Lorsque la France s'agrandirait territorialement, est-ce qu'elle ne verrait pas aussitôt ses charges s'accroître proportionnellement? Si la Belgique, par exemple, était redevenue ce qu'elle fut, une possession francaise, est-ce que nous n'aurions pas à nourrir les deux Flandres, cette autre Irlande ?

La difficulté de gouverner a vaincu l'esprit de conquête.
Il faut en prendre définitivement son parti.
Il n'y a pas un instant à perdre pour organiser la paix.
La misère le prescrit et l'impôt le veut!

1849.

LES DÉPENSES DE LA GUERRE DE 1831 A 1849.

22 août 1849.

Ce chiffre s'élève à 5,648,479,000 fr.
Ne sont pas comprises dans ce chiffre :
1° Les dépenses extraordinaires.
2° Les pensions militaires.

410,000,000 792,000,000

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Ensemble.

1,202,000,000 En ajoutant cette somme à la première, on arrive à un total de 6,850,479,000 fr.

État-major. – Les états-majors prennent par an plus de 17 millions ! Le chiffre va croissant chaque année. La somme totale absorbée par l'état-major a été de 313,437,000 f.

Gendarmerie. – La gendarmerie figure chaque année pour 20 millions environ dans le budget de la guerre. Armée effective. - Sur les 5,618,479,000 fr. dépensés en

18 ans, l'armée effective ne figure que pour 3,518,000,000

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Différence.

2,130,479,000 Plus de la moitié de cette différence a été employée en frais généraux et en dépenses d'une utilité au moins contestable. Les états-majors absorbent en outre 1/7o de cette difference. En comparant les chiffres de l'effectif avec les

chiffres de la dépense nécessitée par cet effectif, on en tire des renseignements curieux.

En 1831, 192 millions susfisent pour 373,000 hommes et 82,828 chevaux. C'est une dépense de 510 fr. par homme.

En 1832, 235 millions, - et en 1833, 224 millions suffisent à peine pour 390,000 hommes et 82 à 84,000 chevaux. C'est une dépense de près de 600 fr. par homme.

En 1836, 153 millons suffisent pour 289,000 hommes. La dépense moyenne par homme retombe à 530 fr.

De 1843 à 1849, où l'effectif réel reste fixé à 318,000 hommes, et la dépense à 195 millions, la dépense moyenne par homme remonte à 600 fr.

Pourquoi ces différences ? Il y a là une élasticité de chiffres et d'évaluation qui permet toutes les suppositions.

Arsenaux : Salaires d'ouvriers et approvisionnements. Le chiffre total des salaires et approvisionnements dans les arsenaux est de 15,490,000 fr. Les approvisionnements fie gurent dans ce chiffre pour moitié à peu près. Les salaires pour moitié : 7,700,000 fr.

A 900 fr. par an pendant 18 ans, cela ne suppose dans tous les arsenaux de France que 475 ouvriers. Pour une telle armée industrielle, il n'y a pas un état-major moindre de 1,817 chefs et employés.

Manufactures d'armes. – A ce chapitre figure la fabrication des armes blanches, ainsi que l'abonnement des corps pour la réparation des armes. Le chiffre total du chapitre est de 84,056,000 fr.

La fabrication des armes entre dans ce chiffre pour 84 0/0, soit 80 millions.

Or, en 1846, pour 1,900,000 fr., on a fabriqué :
40,000 fusils à percussion:
1,000 fusils de rempart;
1,000 carabines;
4,000 mousquetons ;
2,000 pistolets ;
6,000 sabres ;
10,000 baïonnettes ;

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