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1851.

L'ÉREINTEMENT UNIVERSEL.

« Il est vrai que c'est cet état d'effort qui maintient principalement l'équilibre, parce qu'il ÉREINTE les grandes puissances. »

MONTESQUIEU. Esprit des Lois.

De l'Augmentation des troupes.

11 mars 1851.

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A quoi sert d'écrire ? A quoi sert de s'appeler Montesquieu ? A quoi sert d'avoir publié l'Esprit des Lois, en 1748, pour entendre dire, en 1831, cent ans après, ce que vous allez lire :

ANGLETERRE.

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CHAMBRE DES COMMUNES.

Séance du 10 mars 1851. « M. FRANCIS BARING, premier lord de l'amirauté : L'importance des forces navales nécessaires pour défendre à fois notre commerce et notra littoral doit déterminer le chiffre des hommes nécessaires pour le service. Le gouvernement ne voit pas d’nn ceil jaloux ce que font à cet égard les gouvernements étrangers ; mais il nous est impossible de décider le chiffre de nos forces sans jeter les yeux sur les forces navales des autres pays. Nous avons eu l'année dernière la preuve suffisante qu'un peuple brave, capable et intelligent, non loin de notre littoral (la France), n'a en aucune manière négligé ses forces ni sa puissance navale. Nos dépenses pour la marine, en 1835, ont été de 4 millions 271,674 liv. st., et en 1850 de 5 millions 596,302 liv. st. Il y a là augmentatiou de 1 million 326,628 liv. st., tandis que l'augmentation dans les dépenses maritimes de la France est de 1 million 735,000 liv. st.

» M. HUME : Ce qui résulte de plus clair de ces états comparatifs, c'est que les Français entretiennent une marine plus forte, parce qu'il plait aux Avglais d'augmenter la leur, et que nous n'entretenous, nous, des forces considérables qu'à cause de l'état de la marine française : cercle vicieux dont il n'est pas possible de sortir, et qui, à coup sûr, ne peut aboutir à des économies. »

De ce qui précède, il résulte que, si la France donnait l'exemple, l'Angleterre le suivrait, ou que, si l'Angleterre le donnait, la France l'imiterait. Ce n'est donc qu'une question de priorité, rien de plus. Eh bien! puisque la diplomatie ne sert absolument à rien, et ceci le prouve, que le gouvernement anglais et le gouvernement francais tirent à pile ou face lequel des deux donnera à l'autre l'exemple de l'économie.

Est-ce donc là sérieusement de la politique ? N'est-ce pas là vraiment de la puérilité ?

1853

LA LIBERTÉ DE LA GUERRE.

« Quand il est question de juger si on doit faire la guerre et tuer tant d'hommes..., c'est un homme seul qui en juge, encore intéressé ! »

PASCAL, « C'est la faiblesse qui appelle la guerre : une résistance générale serait la paix universelle. »

MIRABEAL.

2 juillet 1853. Le principe de l'autorité admis, que sont les gouvernements ? — Les gouvernements sont les tuteurs nécessaires des peuples. Ceux-ci sont supposés manquer par nature du discernement, de l'expérience, de la prévoyance, que ceuxlà sont supposés posséder par essence. Les gouvernements, quelle qu'en soit la forme, héréditaire ou élective, monarchique ou républicaine, despotique ou transactionnelle, ont tous la prétention de personnifier chacun la raison humaine et d'être ainsi la sagesse des nations.

Cette prétention, comment l'ont-ils justifiée dans le passé, comment la justifient-ils dans le présent

Pour le passé, que l'histoire consultée le dise!
Pour le présent, que les événements interrogés répondent!

Le principe d'autorité n'a jamais eu en aucun temps, il n'a en aucun pays de plus haute incarnation que l'empereur de Russie, puisque, dépositaire de la puissance spiriz tuelle et de la puissance temporelle, pontife et souverain, il réunit en lui le double caractère d'une double infaillibilité. Eh bien! que doit-on penser de l'usage que fait en ce moment de son autorité sans bornes S. M. l'empereur Nicolas, exposant l'Europe à tous les désastres d'une guerre pour un motif qu'il n'ose avouer ou qu'il ne peut préciser ?

Les désastres des guerres sont-ils donc moins funestes que les désastres des révolutions ?

Dès qu'une guerre éclate, toutes les institutions de crédit ne tremblent-elles pas sur leurs bases ? Toutes les transactions de l'industrie et du commerce ne se ralentissent-elles pas ? Le revenu des États et le poids des impôts ne tendentils pas, en sens inverse, l'un à s'affaiblir, l'autre à s'alourdir ? Le sang qui coule n'est-il pas celui d'hommes tués par d'autres hommes ? Qu'ils aient été tués devant ou derrière une barricade, ou qu'ils aient été tués sur un champ de bataille, en sont-ils moins morts ? Que gagnent les peuples aux batailles gagnées ? Que perdent-ils aux batailles perdues ? Batailles gagnées et batailles perdues, ne sont-ce pas toujours les peuples qui payent les frais de la guerre, sans en retirer jamais aucun avantage ? Après la victoire de Waterloo, qui fut une défaite pour la France, Autrichiens, Prussiens, Russes, ont-ils été plus libres, plus riches, plus heureux ? Moins grande territorialement, la France a-t-elle été industriellement moins prospère ? Finissons-en donc avec les lieux communs et les non-sens. Où la liberté individuelle est un bien qui n'existe pas, l'indépendance nationale est un mot qui ne signifie rien. Comme tout est relatif, une guerre des Français s'armant tous pour se soustraire, au prix de leur sang, à la domination des Cosaques, une telle guerre s'expliquerait et se comprendrait parfaitement : la vie peut valoir moins que la liberté ; mais une guerre des Cosaques s'armant et se faisant tuer pour échapper à l'administration des Français, s'expliquerait-elle et se comprendrait-elle rationnellement ? Ne serait-ce pas un acte insensé ? Ne serait-ce pas préférer la barbarie à la civilisation, la servitude absolue à la liberté relative ? Il n'y a plus

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qu'un seul cas où la guerre ne soit pas un anachronisme, une absurdité, c'est le cas où la civilisation menacée par la barbarie s'arme et se défend contre elle. Toute autre guerre est une faute, un crime; mais ce crime, cette faute, est-ce la faute, est-ce le crime des peuples ? Avant de les envoyer se faire tuer, les consulte-t-on? Chaque jour on reproche amèrement aux peuples les révolutions qu'ils ourdissent: serait-il donc moins juste de reprocher aux gouvernements les guerres qu'ils trament? Pour une révolution sanguinaire que compte l'histoire, de combien de guerres sanglantes l'histoire n'est-elle pas remplie ? Le nombre des victimes que dix révolutions ont fauchées peut-il se comparer au nombre des victimes que mille guerres ont moissonnées ?

Mais il ne s'agit pas ici d'établir un parallèle entre les révolutions où le combattant volontaire risque sa vie pour la défense personnelle de sa propre cause, et les guerres où le soldat obligé se fait tuer pour une prétention dont il n'est pas juge; la civilisation, qui condamne les guerres, condamne aussi les révolutions.

Ni révolutions ni guerres !

Guerres et révolutions appartiennent au régime dont nous ne voulons pas, au régime de la force, qui est au régime de la liberté ce que la nuit est au jour, ce que l'être vivant qui ne raisonne pas est à l'être pensant qui raisonne.

L'homme seul raisonne.

Donc l'homme devrait raisonner toujours et ne se battre jamais.

L'animal ne raisonne pas.
Donc l'animal est excusable de se battre.

La raison de l'homme est à la fois ce qui constitue et ce qui limite sa liberté.

Veut-on restreindre sa liberté ? Il n'y a qu'à étendre sa raison.

L'homme qui recourt à l'argument de la force au lieu de recourir à l'argument de la raison; l'homme qui préfère le péril de la bataille ou du duel au risque de la discussion, de

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