Page images
PDF
EPUB

du Roin, conclu à Paris, le 12 juillet 1806, et signé Ch.-Maurice Tailleyrand, baron de Gagern, etc., si ce n'est le germe de l'idée développée par l'auteur de LA POLITIQUE UNIVERSELLE? La même idée ne se retrouve-t-elle pas également en germe dans l'acte de constitution fédérative de l'Allemagne du 8 juin 1815 et dans l'acte du congrès de Vienne du 9 juin même année ? Le même moyen d'exécution n'est-il pas notamment écrit en toutes lettres dans le pacte fédéral du 7 août 1815, qui relie entre eux les vingt-deux cantons de la Suisse ?

Toutes les fois que j'ai proposé d'étendre le principe de l'assurance au risque de guerre, de former ainsi la ligue de la civilisation contre la barbarie, d'élargir le cercle de la Diete germanique, de la convertir en Diète pacifique ayant son armée fédérale, la raillerie la plus édentée est la seule arme que cette proposition si simple, si facile à transformer en fait européen, ait rencontrée devant elle, plus particulièrement dans le journal dirigé par M. Guizot, ancien président du conseil et ministre des affaires étrangères, d'octobre 1840 à février 1848; eh bien! à quoi ont abouti depuis deux ans tous les protocoles ouverts, toutes les notes verbales et non verbales, toutes les circulaires échangées entre les six gouvernements d'Angleterre, d'Autriche, de France, de Prusse, de Russie et de Turquie ? Railleurs, dites-le donc.

Heureusement, il y a pour les idées justes deux façons de prévaloir : ou par l'évidence de leur propre justesse, ou par l'évidence de la fausseté des idées opposées.

Ces idées paraissent, aux rédacteurs de l'Assemblée nationale, trop neuves pour qu'ils « se hasardent à leur opposer » des arguments puisés à la source de cette grossière faculté u de l'intelligence humaine qu'on appelle le bon sens, ou » plutôt le sens commun. » Singulier aveu de la part du journal qui est le drapeau de Henri V que ce désaveu de la politique de Henri IV et de Sully (1)! Si des idées qui ont plus

(1) « A vostre arrivée le roy vous embrassa par trois foys, vous conta tout de 250 années de date sont trop neuves, combien faut-il donc qu'elles comptent de siècles pour être mûres ?

haut ce qu'il avoit veu et sceu de plus remarquable au veu et sceu d'un chacun pendant son voyage ; et après vous avoir enquis de ses bastiments, de ceux que vous faisiez faire à l'arsenal, et de la quantité de canons, armes et munitions que vous aviez lors... il vous prist par la main, vous mena dans un jardin tout seul, fit fermer la porte et y tenir des archers de la garde, afin que nul n'entrast; et en se promenant il vous réitera, avec grande amplitication, tout ce qu'il vous avoit escrit touchant la feue reine d'Angleterre, et les projets qu'ils faisoient de se conjoindre ensemble, et associer à leur union les Vénitiens, les Pays-Bas et villes d'Allemagne protestantes pour travailler puissamment à la domination de cette tant ample domination de la maison d'Austriche par la délibération des Estats et peuples qui désiroient de s'en distraire... Puis, entrant sur le fait de vostre voyage, il vous dit : Mon royaume ressemble à ces boutiques de droguistes qui ne sont pas seulement remplies de choses douces et odorantes, mais aussi de poisons et mauvaises senteurs; et moy, à ces excellents médecins qui scavent si bien corriger et approprier les choses que ce qui de sa nature seroit poison, est rendu propre à conserver la santé, tellement qu'en visant des bons et des mauvais en cette manière, et les discernant comme il appartient, je ne laisse rien d'inutile. Mais pour tout cela les affections des partis formés de longue main n'estant pas entièrement arrachez des cæurs, il y a quelquefois de mes plus proches et plus employez serviteurs, lesquels, par des discours tirez de loin, que je ne laisse pas de descouvrir, voudroient bien essayer de me divertir d'une alliance et confédération tant restreinte avec les princes, Estats et communautez de religion contraire à celle dont je fais maintenant profession, et à me lier du tout avec les autres .. Je me résouds de me tenir plus uny que jamais avec les anciens alliez de cette couronne et mes amis intimes bien éprouvez, ne laissant pas néanmoins de faire bonne mine à chacun. Or, vous ay-je dit tout ceci pour ce que, désirant (comme je vous l'ay escrit) vous envoyer en Angleterre, il y a bien des choses générales à traiter

у desquelles je pourray discourir avec vous en présence de mes autres serviteurs, vous en donnant la charge et mesme leur faire dresser vos ins. tructions sur ce sujet, mais aussy y en a-t-il d'autres particulières que j'ay en l'esprit, lesquelles doivent estre tenues secrètes entre vous et moy, d'autant que je désirerais d'essayer s'il y auroit moyen de disposer ce nouveau roy (d'Angleterre) à suivre en tout et partout les projets et desseins que nous avions faits (comme vous le sçavez) avec la feue reine sa devancière, ma bonne seur... » Mémoires pour sçavoir de Sa Majesté sur lesquels des points il trourera bon que

M. de Rosny fasse des propositions seulement. a Premièrement, si ce ne seroit pas chose à désirer que chascun voulust suivre tout ce qui avoit esté convenu entre le roy de France et la reine d'Angleterre, en l'année 1601.

> Plus, s'il ne seroit pas à désirer que de tous les Estats et penples de la chrestienté d'Europe l'on pust former une seule république.

► Plus, s'il ne seroit pas à désirer que toutes les puissances terriennes d'icelle peussent estre réduites à quinze sortes de dominations souveraines, dans lesquelles et sous lesquelles peussent estre compris tous les peuples très chrestiens de l'Europe.

» Plus, s'il ne seroit pas à désirer de pouvoir rendre à peu près toutes ces quinze dominations esgales en estendue de pays, Estats, force, puis

IV.

15 avril 1855. Substituer à la PAIX ARMÉE la Paix ASSURÉE, au moyen d'une confédération pacifique entretenant à frais communs une armée fédérale (1), comme on entretient un corps de pompiers pour parer au risque d'incendie; tel est, on le sait, le moyen persévéramment exposé par la Presse pour combattre ration

sance et authorité, afin qu'ils n'eussent rien à craindre les uns des autres ny cause de se porter envie, jalousie ou haine.

» Plus, s'il ne seroit pas à désirer qu'il n'y eust jamais plus de disputes, noises, haines, troubles, ni guerres entre les diverses religions.

» Plus, s'il ne seroit pas à désirer de restablir l'empire de Germanie et les Électeurs, prélats, princes et villes d'iceluy en leur ancien droit de libre élection de leur empereur.

» Plus, s'il ne seroit pas à désirer de donner des bornes et limites si certaines et bien ajustées aux dominations limitrophes les unes des autres, qu'il ne pust jamais intervenir disputes, noises ny diversité de prétentions pour ce sujet.

» Plus, s'il ne seroit pas à désirer de vuider toutes les diverses prétentions des potentats très chrestiens en sorte qu'ils ne peussent jamais en disputer,

» Plus, s'il ne seroit pas à désirer de voir les plus grands potentats et le plus grand nombre d'iceux s'associer et confédérer, voire se rendre frères d'armes, pour maintenir et faire observer les choses proposées pour le bien universel de la république très chrestienne.

» Plus, s'il ne seroit pas à désirer de pouvoir en sorte descharger ces quinze dominations des despenses extraordinaires auxquelles elles estoient obligez à cause des dissensions où elles entroient les unes contre les aul. tres, qu'une telle espargne fust sultisante pour former et souldoyer des armées capables de mener une guerre continuelle contre les infidèles.

» Plus, s'il ne seroit pas à désirer que tous les potentats fussent obligez à nommer des arbitres pour composer tous les différends que pourroient intervenir pour leurs successions et partages d'icelles.

» Plus, s'il se trouve dans la chrestienté d'Europe quelques peuples, Estats ou provinces desquelles la domination fust prétendue par la pluralité de grands princes et par eux-mesmes sur eux-mesmes, et desquels la situation fust telle, que la possession d'iceux pust faire naistre de tels om. brages et jalousies aux potentats voisins, qu'ils pussent engendrer des guerres continuelles, dommageables à tous, s'il ne seroit pas à désirer de les pouvoir establir en une telle forme de gouvernement qu'elle peust estre commode au général de la chrestienté. »

ECONOMIES ROYALES DE SULLY, édit. d'Amsterdam, tome II, chap. XV. Mémoires des sieurs Arnault. (1)

CONFÉDÉRATION GERMANIQUE.

Armée fédérale. Les tableaux publiés par la commission militaire à Francfort montrent

nellement et mettre successivement fin au risque de guerre, moyen inconsidérément tourné en dérision par l'Assemblée nationale ; or, la feuille de la fusion aboutit à proposer en ces termes ce qu'elle avait commencé par

railler : a Pour sauvegarder réellement l'empire turc, il faudrait prendre la Crimée, élever à l'isthme de Pérécop une barrière infranchissable, et installer dans la presqu'île une puissance capable de la défendie....

» Le moyen le plus efficace, nous le disions il y a quelques jours, serait d'établir d'une manière permanente une station anglo-française, une sorte de garnison navale dans les eaux de Constantinople. Mais ce serait chaque année, pour la France et l'Angleterre, une dépense assez lourde, et, en outre, le sultan s'accommoderait mal peut-être d'une protection qui attesterait si hautement son impuissance. La diplomatie peut trouver d'autres moyens. Pourquoi les grandes puissances de l'Europe ne s'engageraient-elles pas toutes, par un traité, à garantir l'intégrité des États du

que la force totale de l'armée fédérale s'élève à 525,037 hommes, ainsi
répartis :
Corps d'armée.

Hommes.
I. II. III. Autriche..

153,295
IV. V. VI. Prusse...

170,509
VII. Bavière.

50,236
VIII. Wurtemberg, Bade , Hesse
Darmstadt.

47,557
IX. Saxe, Hesse électorale, Nassau,

Luxembourg, Limbourg... 35,336
X. Hanovre, Brunswick,Oldenbourg,

villes Anséatiques, Mecklen-
bourg ..

49,918
Division d'infanterie de réserve.

18,186

Tota).

525,037 Cet effectif se distribue entre les différentes armes de la manière sui vante : Infanterie...

404,502 Cavalerie.

71,149 Artillerie,

40,270 Génie.

5,745 États-majors

3,371

Total.....

525,037 Il faut ajouter à cette force 1,470 chirurgiens et 16,838 hommes du train des équipages.

L'artillerie de siége consiste en 250 bouches à feu, savoir : 122 canons, 31 obusiers et 97 mortiers.

L'armée fédérale se subdivise en 387 bataillons, 409 escadrons et 147 batteries qui comptent 1,122 cauons.

sultan, et à s'armer, à la première agression, contre le souverain qui tenterait d'y porter atteinte ? Cette coalition permanente de l'Europe en faveur de l'indépendance de la Turquie, devenue un principe d'équilibre, serait, ce nous semble, une sauvegarde plus puissante que la réduction de la flotte

russe. »

Toute la différence entre l'Assemblée nationale et la presse, c'est que l'Assemblée nationale se borne à proposer une coalition permanente de l'Europe à l'effet de préserver l'indépendance de la Turquie, tandis que la presse demande que cette coalition permanente s'étende à tous les risques de guerre qu'il est possible de prévoir et conséquemment de prévenir. A quoi servirait un corps de pompiers qui accourrait pour étouffer un incendie ayant pour cause un feu de cheminée, et qui refuserait d'aller éteindre un incendie ayant pour cause une explosion de tuyaux de gaz ou de machine à vapeur ?

Voilà à quelle hauteur s'élèvent les hommes d'État entre les mains desquels les destinées de la France ont reposé de 1830 à 1848!

Mais ce n'est pas seulement dans les colonnes de l'Assem-blée nationale que triomphe la politique de la Presse ; elle triomphe encore dans les colonnes du Constitutionnel, qui applaudit à l'abolition du karatch, abolition tardive. C'était en 1853, lorsque la Presse l'a demandée, que cette abolition aurait dû s'accomplir, car elle eût été un prétexte, c'est-àdire une arme enlevée à la Russie. Or, ne vaut-il pas toujours mieux désarmer son adversaire avant qu'après la lutte ? Il ne suffit pas de faire les choses qui sont bonnes en elles-mêmes; il faut les faire opportunément. Combien de temps encore aurons-nous donc le tort d'avoir raison trop tôt ?

[ocr errors]

V.

15 septembre 1856. On lit dans le Phare de la Loire :

« Décidément, quelques-unes des idées de M. Emile de Girardin pa

« PreviousContinue »