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vait ne plus vouloir continuer de concourir à cette assurance, qu'à toute époque il soit libre d'y renoncer, car il n'y a jamais rien à gagner de maintenir dans l'indivision celui qui n'y veut point rester. Mais le cas d'une telle séparation serait contraire à toutes les probabilités, à toutes les vraisemblances, car l'État qui s'isolerait ne pourrait jamais avoir qu'à y perdre. Si forte qu'on suppose une fraction, elle sera toujours moindre qu'un entier. Est-ce inexact?

Les termes du contrat sont si simples, que ce qu'il y a de plus court, c'est de les transcrire : ASSURANCE INTERNATIONALE CONTRE LES RISQUES DE GUERRE (1).

Article premier. Une assurance spéciale contre le risque de la guerre territoriale et maritime est instituée entre les divers États qui auront adhéré à la présente convention.

A cet effet, une armée de 000,000 hommes et une flotte de 00,000 canons seront entretenues aux frais communs desdits États; l'enrôlement militaire et maritime sera volontaire.

La dépense sera proportionnellement supportée par chacune des nations contractantes, à raison de 1 soldat par 000 habitants et de 1 canon par 000 tonneaux.

Les proportions ci-dessus fixées, à raison de 1 soldat par 000 habitants et de 1 canon par 000 tonneaux, seront réglées le 1er janvier de chaque année ; elles décroîtront à mesure que s'accroîtra le nombre des nations assurées entre elles.

Article II. Les nominations et promotions dans l'armée et dans la flotte auront lieu d'elles-mêmes par la voie hiérarchique.

Les commandements en chef de l'armée seront confiés par l'élection à la majorité des voix de l'universalité des généraux de division et de brigade.

Le même mode de désignation aura pareillement lieu pour les commandements en chef de la flotte.

Sans spécifier les cas, ce contrat les prévoit tous.
Preuve :

La Gazette de France suppose le cas où une nation employerait les armes pour soutenir une prétention. Eh bien! dans ce cas, qu'arriverait-il ? Il arriverait que cette nation

(1) POLITIQUE UNIVERSELLE.

entamerait une lutte si inégale que ce serait de la démence. La démence peut exister, mais elle ne se suppose pas. Si, en janvier 1853, la Russie avait été matériellement certaine d'avoir à lutter seule contre toutes les forces réunies de terre et de mer des divers États dont se compose l’Europe, la Gazette de France croit-elle que l'empereur Nicolas n'eût pas compté avec lui-même plus d'une fois avant de donner à ses troupes l'ordre de passer le Pruth et d'occuper les Principautés moldo-valaques au mépris de tous les traités ? Et en admettant même qu'il s'y fût décidé, la Gazette de France croit-elle qu'une telle lutte eût été longue et un seul instant incertaine ? Ce n'eût pas été une lutte, ce n'eût été qu'une douche; ce n'eût pas été une guerre, ce n'eût été qu'une leçon.

Où la Gazette de France a-t-elle lu que j'aie jamais écrit que si plusieurs nations refusaient de souscrire le contrat d'assurance en question, on les forcerait, en leur faisant la guerre, à s'assurer contre la guerre ? M. de Lourdoueix estil donc si dénué d'arguments qu'il n'ait pu se dispenser d'en fabriquer de pareils qui sont matériellement faux ? Le procédé qui consiste à se jeter à l'eau de peur de se mouiller n'est pas à mon usage. Si plusieurs nations refusaient de s'assurer contre le risque de guerre, elles seraient, relativement aux autres nations assurées, exactement dans la même position que des propriétaires de maisons non assurées contre l'incendie relativement aux autres propriétaires assurés. Où la Gazette de France a-t-elle donc vu que les compagnies d'assurances mutuelles incendient les maisons des propriétaires qui ont refusé de se faire assurer ? En vérité, je suis honteux de n'avoir à réfuter que de si pauvres objections. M. de Lourdoueix est quelquefois mieux inspiré quand il me répond.

Point d'équivoque! Repousser la guerre, est-ce faire la guerre ? Eteindre l'incendie, est-ce l'allumer ? Que font l'Angleterre et la France en s'unissant à la Turquie contre la Russie ? Elles protégent le faible contre le fort; elles rétablissent l'équilibre entre deux nations de forces inégales en faisant contrepoids à la faiblesse. Agir ainsi, c'est se servir de la force pour en régler l'exercice et pour en réprimer l'abus; c'est condamner cet abus sans appel; et comme, en définitive, la guerre n'est que le triomphe du plus fort, c'est condamner la guerre; ce n'est point la faire. Où serait la nécessité que la France et l'Angleterre signassent un traité d'alliance par lequel elles s'engageraient à ne jamais faire la guerre ? On ne s'impose point des obligations superflues. Mais, je le demande à M. de Lourdoueix, qu'en coûterait-il de signer cet engagement réciproque? Ne voit-il donc pas qu'où la civilisation entre par une porte, la guerre sort par l'autre? Ne voit-il donc pas que les principales causes de guerre ont déjà disparu et que toutes tendent finalement à disparaître. Il n'y a plus de guerres de succession, il n'y a plus de guerres de religion, il n'y a plus de guerres de conquête (1).

Pourquoi donc maintenant, entre nations civilisées, se ferait-on la guerre ? Qu'y gagnerait-on ? La France s'emparatelle de la Belgique, les Français en seraient-ils plus riches? Travailleraient-ils et consommeraient-ils plus ? De même que le risque d'incendie tend à devenir de plus en plus rare, depuis que la tuile, le zinc, le fer ont remplacé, dans la construction des maisons et des usines, le chaume, le bardeau, le bois; de même le risque de guerre tend à devenir de plus en plus rare depuis que les échanges de produits et les moyens rapides de transports jouent un rôle plus important que les agrandissements de territoire et que les obstacles naturels servant de frontières ? Que sont les montagnes percées par les tunnels des chemins de fer! Que sont les fleuves traversés par la multitude des bateaux à vapeur !

La Gazette de France nie que la guerre soit un risque. Si la guerre n'est pas un risque, qu'est-ce donc que la guerre?

(1) « J'aime à le proclamer hautement, le temps des conquêtes est passé sans retour; car ce n'est pas en reculant les limites de son territoire qu'une nation peut désormais être honorée et puissante, c'est en se met. tant à la tête des idées généreuses, en faisant prévaloir partout l'empire du droit et de la justice, »

L'EMPEREUR NAPOLÉON III. Discours du 2 mars 1854.

Est-ce une nécessité ? Par nécessité, on entend ce dont on ne peut se passer. Les Peuples, ces grandes légions de travailleurs, ne pourraient-ils donc se passer de la guerre ? Qu'est-ce que la guerre leur rapporte ? Qu'y gagnent-ils ? Sans compter les blessures, les bras et les jambes emportés, les yeux crevés, ils n'y gagnent jamais que de payer des impôts plus lourds, se soldant par un surcroît de privations ou par un surcroît de travail. La guerre ne s'allume pas toute seule ; elle n'éclate que par la volonté des gouvernements, lesquels, s'érigeant en tuteurs des peuples, se prétendent plus éclairés qu'eux. Le jour où les souverains qui président aux destinées de l'Europe conformeront leurs actes à leurs paroles (1), c'en sera fini de la guerre, puisque tous la réprouvent, la flétrissent, la condamnent. Comment la Gazette de France peut-elle concilier cette superstition qui lui fait considérer la disparition de la guerre comme une utopie, avec cette autre superstition qui lui fait considérer l'hérédité du trône comme une garantie ? Une de ces deux superstitions exclut et condamne l'autre. Si les rois sont les tuteurs éclairés des nations, ils doivent se conduire en hommes civilisés et non en barbares (2). Or, qu'est-ce que la guerre, si ce n'est pas la barbarie ? Lorsque 100,000 Russes et 100,000 Turcs auront été tués de part et d'autre, lorsque Sébastopol, Nicolarew, Odessa, Cronstadt, auront subi le sort

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(1) « Je ne désire pas la guerre, je L'ABHORRE aussi sincèrement que de Sinope, lorsque tous les vaisseaux russes auront été brûlés ou coulés à fond, à titre de représailles et pour venger les vaisseaux turcs impitoyablement coulés à fond ou brûlés, en quoi cela simplifiera-t-il la question religieuse entre grecs et musulmans ? Ce qu'on fera après s'être battu, qui empêche de le faire avant de se battre ? L'aveuglement, la démence de l'empereur Nicolas, direz-vous; mais si vous admettez cet aveuglement, cette démence, que devient ce grand et tutélaire principe d'autorité dont il est le dépositaire, ce principe devant lequel vous fléchissez dévotement le genou ? Pour traiter de chimère l'opinion qui qualifie la guerre de dernier vestige de l'époque de barbarie appelé à disparaître entièrement, il faut que vous reniiez ce que vous adorez ! Il faut que vous admettiez que l'autorité peut être l'aveuglement, la démence, la barbarie ! Justifier l'existence de la guerre, c'est condamner l'institution de la royauté. Lorsque j'entends des êtres doués de la faculté de raisonner prétendre que parce que la guerre a existé dans le passé elle ne saurait cesser d'exister dans l'Avenir, je ne puis que les comparer, j'en suis fàché pour M. de Lourdoueix, à des Caraïbes ne comprenant pas qu'il soit possible de se dispenser de faire rôtir et de manger ses prisonniers : ce sont des raisonnements de la même force et de la même sorte.

vous. »

L'empereur Nicolas aux membres de la députation de la Société religieuse des Amis de la puit : JOSEPH STURGE, de Birmingham; ROBERT CHARLESTON

de Bristol; HENRI PEASE, de Darlington. a Sa Majesté l'empereur a reçu l'adresse présentée par la deputation de la Société des Amis de la paix avec une vive satisfaction, comme l'expression de sentiments entièrement conformes à ceux dont il est animé lui-même. Sa Majesté a HORREUR, comme eux, DE LA GUERRE, et désire sincèrement le maintien de la paix...

» NESSELRODE. » Saint-Pétersbourg, le 13 février 1854. »

(2) On lit dans la Gazelle de France du 2 mars 1854 : - « Les Russes, en 1849, non-seulement ont désarmé les paysans, mais ils leur ont retiré jusqu'au fer de leurs charrues. Ils ne leur ont laissé qu'une charrue pour quatre familles. »

Si M. de Lourdoueix se fâchait que je le comparasse à un cannibale, il ne se fàchera sans doute pas que je le compare à Aristote, qui n'admettait pas qu'une société pût exister sans l'esclavage. « Il est des travaux, disait-il, auxquels un » homme LIBRE ne saurait s'occuper sans s'avilir lui-même : >> ce sont ceux pour lesquels l'énergie physique est seule» ment nécessaire. Mais pour ces travaux la NATURE CRÉE » une CLASSE SPÉCIALE D'HOMMES; et ces êtres particuliers » sont ceux que nous nous soumettons, afin de travailler » corporellement à notre place sous le nom d'esclaves. » Or, n'en déplaise à Aristote, les sociétés nouvelles ont montré qu'elles pouvaient se passer facilement de l'esclavage. Encore un pas dans cette voie, et les sociétés futures montreront qu'elles peuvent se passer non moins facilement de la guerre.

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