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l'équipage, reste exceptée. Tous les effets et marchandises qui ne sont pas nommément spécifiés dans l'article, ne pourront être réputés munitions de guerre ou navales, ni étre sujets à être confisqués. »

« Art. 30. Par dérogation à l'art. 29, l'art. 30 stipule qu'en cas de guerre les sujets de la Puissance restée neutre pourront librement acheter ou faire construire pour leur propre compte, et en quelque temps que ce soit, autant de navires qu'ils voudront, chez la Puissance en guerre avec l'autre partie contractante, sans être assujettis à une difficulté de la part de celle-ci, à condition que lesdits navires soient munis de tous les documents nécessaires pour constater la propriété légale des sujets de la Puissance neutre.

L'art. 31 règle le mode de visite en mer des bâtiments du commerce par les bâtiments armés ; il se termine par les mots suivants :

« Mais en cas que ces navires marchands fussent escortés par un ou plusieurs vaisseaux de guerre, la simple déclaration de l'officier commandant l'escorte, que lesdits navires n'ont à bord aucune contrebande de guerre, devra suffire pour qu'aucune visite n'ait lieu. »

L'art. 32 porte que, dès qu'il aura apparu par l'inspection des papiers des navires de commerce (ou par l'assurance verbale de l'officier commandant leur escorte, quand ils navigueront sous convoi), qu'ils ne sont point chargés de contrebande de guerre, ils pourront aussitôt continuer leur route ; mais que s'ils sont molestés ou endommagés, les commandants et capitaines des bâtiments visiteurs répondront en leur personne et leurs biens, de toutes les pertes qui auront été occasionnées, et qu'il sera de plus accordé une réparation pour l'insulte faite au pavillon.

L'art. 33 reproduit en partie les stipulations de l'art. 28 du traité de 1786, entre la France et la Grande-Bretagne, et ajoute en terminant :

« Le patron ne sera point obligé d'attendre, malgré lui, la fin de la procédure ; mais il pourra se remettre en mer librement avec son vaisseau, tout son équipage et le reste de sa cargaison, aussitôt qu'il aura livré volontairement la contrebande de guerre qu'il avait à bord. »

« Art. 34. En cas de guerre de l'une des hautes parties contractantes contre quelque autre État, les sujets de ses ennemis qui se trouveront au service de la Puissance contractante, qui sera restée neutre dans cette guerre, ou ceux d'entre eux qui seront naturalisés ou auront acquis le droit de bourgeoisie dans ses États, même pendant la guerre, seront envisagés par l'autre partie belligérante, et traités sur le même pied que les sujets nés de la Puissance neutre, sans la moindre différence entre les uns et les autres. »

§ 2. Déclaration de la première neutralité armée entre les États

maritimes du Nord.

Vers la fin de l'année 1778, en présence du traité du 6 vrier, entre la France et les États-Unis qui venaient de déclarer leur indépendance, et du réglement français du 26 juillet de la même année (voir titre III, § 38 du Livre I), les cours de Stockholm et de Copenhague eurent la pensée de s'unir pour faire prévaloir les principes posés en faveur des neutres par ces deux documents publics ; elles s'en ouvrirent à la cour de Russie qui fit des réponses évasives, soit qu'elle ne voulut pas se donner l'apparence d'agir sous l'inspiration de Puissances tierces, soit qu'elle ne crût pas le moment encore venu de prendre l'initiative dans une question qui n'avait pas pour elle le même intérêt.

Les hostilités qui avaient éclaté entre la Grande-Bretagne et la France, à laquelle se joignit bientôt l'Espagne en vertu du pacte de famille de 1761, et les dispositions manifestées par la Hollande qui se refusait à donner à la Grande-Bretagne les secours réclamés par celle-ci au nom des traités (chap. IV), firent comprendre au cabinet de St.-James la nécessité, pour lui, d'avoir des alliés sur le continent ; l'Autriche était liée avec la France, la Russie avec la Prusse. Faire naître la désunion entre ces Puissances pouvait paraître difficile : le cabinet de St.-James ne recula pas devant la difficulté.

Il fit partir pour St. Petersbourg le chevalier Harris (depuis, Lord Malmesbury).

Ce diplomate anglais n'ignorait pas que le comte Panim, chancelier de l'empire, était prévenu contre toute alliance avec l'Angleterre ; l'alliance de la Russie et de la Prusse était l'ouvrage de cet homme d'État qui redoutait toute innovation dans la politique de son pays à l'étranger.

Le chevalier Harris ne s'adressa donc point au comte Panim.

Adroit et connaissant le langage que comprend l'amour-propre, tour à tour il flatta les passions et la vanité du favori de l'im

pératrice, le prince Potemkin, et caressa les pensées ambitieuses de Catherine sur Constantinople. 1)

On persuaderait difficilement à quiconque a suivi attentivement la marche des événements politiques contemporains, que l'Angleterre (qui, pour l'accroissement de sa prospérité commerciale et industrielle, a besoin de la tranquillité chez elle et de l'agitation au sein des autres nations), soit restée entièrement étrangère à ce qui s'est passé en France et dans une partie de l'Europe, depuis la fin de l'année 1847.

Il faut avant tout à l'Angleterre l'amoindrissement de l'influence de la France, et de sa prospérité; elle s'est de tout temps préoccupé de ce résultat et a cherché à le déterminer ; partout où la France a éprouvé ou éprouve des difficultés, ou subit un échec, on peut être persuadé que des intrigues dirigées par le cabinet de St.-James ont agi dans l'ombre. Quelle mauvaise volonté le cabinet britannique n'a-t-il pas montrée à la France, en 1823, lorsque le roi Louis XVIII voulut rétablir le pacte de famille, en brisant et comprimant, par la force des bayonnettes françaises, la rébellion qui retenait captif le roi Ferdinand VII ; en 1830, quand il s'agissait, pour le roi Charles X, de venger l'injure faite à son représentant et de soumettre le Dey d'Alger ; en 1846, et depuis, à l'occasion du mariage de la reine d'Espagne avec un de ses cousins du sang de Bourbon, et du mariage de M. le duc de Monpensier, le plus jeune des fils du roi Louis-Philippe, avec l'infante, seur de la reine Isabelle II ......!

Depuis la même époque, l'Espagne elle-même, alliée de la France, était sourdement agitée ; que l'on compare: de quel calme n'a

pas joui cette nation depuis le moment où le cabinet de Madrid

?) 01 ne saurait trop s'étonner de trouver les Anglais aussi différents d'euxmêmes, qu'ils le deviennent toutes les fois qu'il s'agit d'exercer une influence ou une pression diplomatique sur les cabinets qu'ils ont intérel de gagner à leur politique: froids et orgueilleux, en général, à l'égard des étrangers, convaincus comme ils le sont de leur supériorité sur tous les autres peuples, dont pour ce motif ils tiennent les habitudes, les meurs et la civilisation pour fort peu dignes de leur attention, ils savent cependant dans leurs négociations diplomatiques avec les gouvernements forts, déployer toutes les ressources de l'adresse, de la souplesse et du savoir-faire ; ils possèdent à un haut degré, dans ces circonstances, le talent de faire entendre à chacun le langage le plus propre à l'entrainer vers le but que le cabinet britannique veut atteindre. — Quelle immense influence n'a pas exercée, en 1817 et en 1848, sur les événements qui se sont développés en Suisse et en Italie (et delà partout en Europe ! ...), le voyage de Lord Minto à Berne, à Turin, à Rome, a Naples ! Dans ces diverses localités, toutes les espérances, tous les yeux se tournèrent vers l'Angleterre, les conseils de ses agents furent seuls écoutés, et bientôt un sentiment de défiance contre la France germa dans tous les esprits. L'Angleterre qui cherche des avantages commerciaux en tous lieux, l'Angleterre protestante l'emporta dans l'opinion et les sentiments des Italiens sur la France loujours désintéressé dans l'appui qu'elle prête à des alliés, sur la France catholique.

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prit le parti de rompre toutes relations diplomatiques avec le cabinet anglais 1.1) Comment l'Espagne qui était redevable de ce repos intérieur au renvoi de l'envoyé britannique, a-t-elle pu prendre, en 1850, l'initiative du rétablissement des relations interrompues ? Avec quelle hauteur, Lord Palmerston a répondu, le 23 avril, à la lettre que lui a écrite à cet effet le 30 mars précédent, le ministre espagnol, M. Pedro Pidal ..... ! Le ministre d'État au département des affaires étrangères de S. M. britannique ne semble-t-il pas, par son langage orgueilleux, accorder pardon à l'Espagne repentante ?

Est-il donc préférable d'avoir l'Angleterre pour ennemie avouée que pour amie ?

En 1850, est-ce le rôle d'une Puissance amie et protectrice de la Grèce qu'elle a joué ? La Grande-Bretagne qui a contribué à fonder le royaume hellénique ne semble-t-elle pas avoir voulu tout faire pour le détruire ? Sont-ce les réclamations du juif Pacifico qu'elle avait sérieusement en vue de protéger ? Nous ne le croirons jamais : un but secret se cachait derrière le but avoué. (Voir chap. XXXVII.) La marine commerciale grecque était en progrès ! Il fallait arrêter son développement.

Le cabinet anglais est persévérant dans ses rancunes, comme dans les plans qu'il forme, et dont il poursuit l'accomplissement avec une merveilleuse tenacité, dans l'intérêt du commerce britannique et de la suprématie de la marine nationale, militaire et commerciale.

Le système continental adopté, par voie de représailles, par Napoléon (chap. XXVI) a failli renverser la fortune de l'Angleterre, qui prodiguait des subsides à tous les États européens ; de quelle haine l'Angleterre n'a-t-elle pas poursuivi Napoléon !

Napoléon vaincu une seconde fois, en 1815, par les forces réunies de toute l'Europe, abdique la couronne pour la seconde fois. Par une lettre d'une grande noblesse de style et de pensée, adressée au Prince-Régent du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne, Napoléon réclame l'hospitalité de son ancienne ennemie ; il est reçu à bord du Bellérophon : il croit s'asseoir aux foyers britanniques sous la protection des lois de la Grande-Bretagne, en se plaçant volontairement, de bonne foi, sous le pavillon qui flotte sur le Bellérophon; mais il n'y est reçu que pour être transporté, par ordre du cabinet de St.-James, sur le rocher de Ste.-Hélène, où il meurt cinq ans après, abreuvé de mille dégouts, de mille

") On voit que ces lignes n'ont pas été tracées en 1854 !

persécutions mesquines de tous les instants, de la part du général anglais, son géolier - Sir Hudson Lowe! 1)

Combien il est regrettable de voir, en tant de circonstances, le ministère d'une grande nation, si digne d'admiration pour son esprit public, pour son patriotisme, pour le respect qu'elle professe pour les traditions nationales qui ont fait sa gloire et sa grandeur, se livrer à une politique astucieuse, mesquine, égorste, vindicative même, qui n'a d'autre guide que sa jalousie, d'autre pensée que le triomphe des intérêts du moment, d'autre loi que les caprices de sa volonté .....!

Mais revenons à la mission du chevalier Harris à SaintPetersbourg.

Le diplomate anglais était parvenu à fasciner en quelque sorte l'esprit de l'impératrice : Catherine était sur le point de céder et de contracter une alliance avec la Grande-Bretagne, lorsque le comte Panim, informé en temps utile de ce qui se passait, parvint à détourner son illustre souveraine de l'accomplissement de la résolution à laquelle elle s'était arrêtée.

Le chevalier Harris ne se rebuta point; un événement fortuit vint même ranimer son ardeur et relever ses espérances.

Deux bâtiments russes, la Concordia, d'Archangel, et le St.Nicolas, de St.-Petersbourg, furent arrétés dans la Méditerranée, par des corsaires espagnols, sous prétexte qu'ils étaient destinés à approvisionner la forteresse de Gibraltar; ces bâtiments furent conduits à Cadix et leur cargaison fut confisquée.

Cet événement occasionna une grande irritation dans l'esprit de l'impératrice : elle n'y vit pas seulement une atteinte portée à la liberté du commerce maritime des neutres, mais une insulte faite à son pavillon.

Le chevalier Harris était trop habile pour laisser échapper l'occasion de ramener l'impératrice à ses premières dispositions, en aigrissant son esprit contre les ennemis de l'Angleterre.

Par ordre de sa souveraine, le comte Panim fut obligé de porter officiellement plainte au chargé d'affaires de la cour d'Espagne en Russie, au sujet de la capture de la Concordia et du St.-Nicolas.

Sans consulter le comte de Panim et poussée à prendre cette

1) Quinze ans après le piège tendu à la bonne foi de l'empereur, se rendant à bord du Bellerophon, nous avons vu des larmes remplir les yeux du loyal capiaine Maitland (qui commandait, en 1815, ce vaisseau de guerre), en nous parlant,

Corfou, du rôle que le cabinet anglais lui avait fait jouer, à son insu, en cette cironstance : le capitaine Maitland croyait recevoir un hôte, et non un prisonnier d'Etat, Cussy. II.

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