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des enfants naturels; or, la moitié des voleurs et des meurtriers sont des enfants naturels. L'impunité nourrit le libertinage, énerve la race, bouleverse les fortunes et flétrit les enfants. L'impunité alimente la prostitution; or la prostitution détruit la santé publique et fait un métier de la paresse et de la licence.

L'impunité, enfin, livre la moitié de la nation en proie aux vices de l'autre : sa condamnation est dans ce seul mot. »

Ainsi s'exprimait M. Legouvé, il y a quelques années, dans l'HISTOIRE MORALE DES FEMMES. D'autres écrivains, non moins célèbres, ont critiqué, sur ce point, la loi française ; et nous-même, – si parva licet componere magnis, en étudiant dans un précédent ouvrage (1) les principes fondamentaux de notre Droit national, nous partagions l'avis de ces éminents publicistes; nous pensions, avec eux, qu'il existait une lucune regrettable dans notre législation ; nous disions que les séducteurs devaient être responsables devant la justice de leur pays, et que la loi, en gardant un silence complaisant, en témoignant trop de tolérance à l'égard de vrais coupables, encourageait tacitement des actes répréhensibles et favorisait, sans y prendre garde, l'accroissement des désordres sociaux.

(1) Manuel du citoyen français.

Depuis lors, une grave affaire a vivement passionné l'opinion publique. Un père, voyant sa fille séduite par un Lovelace vulgaire, s'est armé d'un poignard et a frappé ce libertin, qui refusait d'épouser sa victime, après l'avoir rendue mere,

Le séducteur n'est pas mort; mais on s'est ému à la vue du sang versé. On a commenté, discuté, avec ardeur, cette tentative de meurtre. Les journalistes ont livré ce drame à tous les bruits de la publicité. D'aucuns, sachant que la loi, en France, nie punissait pas la séduction, se sont demandé si Marambat avait eu tort de se faire justice lui-même. Un écrivain en renom a taillé sa plume académique pour défendre ce malheureux père et lancer, contre les séducteurs, les traits acérés de son indignation.

A la cour d'assises, Marambat a déclaré hautement qu'il avait eu l'intention de tuer le séducteur de sa fille, et, après cet aveu sincère, le jury la acquitté, aux applaudissements de l'auditoire !...

Au milieu du tapage suscité par cette affaire criminelle, des jurisconsultes, recueillis dans le silence de la méditation, se sont demandé si le séducteur pouvait être traité comme un coupable et devait être légalement frappé par le glaive de la justice.

La question s'est élevée, en quelque sorte, à la hauteur d'une thèse sociale. Le moment est venu, ce nous

semble, d'examiner s'il faut, en France, une loi contre la séduction - et quelle doit être cette loi.

Afin de mieux élucider le problème juridique que nous venons de poser, nous jetterons un rapide coup dæil sur les anciennes législations, et nous parcourrons ensuite les lois qui nous régissent actuellement ; puis, après avoir vu ce qui se passe chez nous

et chez nos voisins en inatière de séduction, nous chercherons le moyen rationnel de combler les lacunes qui peuvent exister, à cet endroit, dans l'arsenal de nos codes.

Notre essai sur la Séduction se trouvera donc logiquement divisé en trois chapitres principaux : Passé, - Présent, — Avenir. Un quatrième chapitre sera particulièrement consacré aux Objections que peut soulever la question, intéressante et délicate, qui fait l'objet de cette étude.

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La

Coup d'oeil sur le passé. La femme et la jeune fille.

séduction chez les Juifs. Loi de Moïse. - La séduction chez les Germains. Pouvoir absolu du père outragé.

La séduction chez les Romains. Une sage distinction.

Lorsqu'on jette un regard philosophique sur le passé, lorsqu'on examine les lois et les mæurs de l'antiquité, on se sent porté à plaindre le sort de « la plus belle moitié du genre humain. La femme, chez la plupart des peuples, paraît frappée d'une sorte de déchéance sociale. Les saintes lois du mariage sont presque partout méconnves; la femme

vit, généralement, dans la corruption du concubinage ou dans la promiscuité de la polygamie : ce n'est plus alors la compagne de l'homme, c'est son esclave!

En voyant la femme tombée dans un tel abaissement, on dirait que, fille d'Eve, elle devait encourir, pendant des siècles, les dures conséquences d'une chute originelle; on dirait vraiment qu'elle était condamnée à expier cette faute jusqu'au jour de la Rédemption, – jusqu'au jour où le christianisme, jetant sur les ruines païennes les bases d'une morale divine, devait remplacer le despotisme par la liberté, l'esclavage par l'égalité, l'égoïsme par la charité, puis devait, pour relever la femme, sanctifier l’union conjugale et faire de la virginité une vertu sublime l...

Cependant, alors même que la femme était courbée sous le joug des anciennes institutions, la jeune fille, – il faut le reconnaître, – était, dans maints pays, placée sous la protection des lois. La vierge, même avant la religion chrétienne, était entourée déjà d'une auréole, – témoin les vestales, - et, chez presque tous les peuples qui ont ouvert la voie de la civilisation, la jeune fille (virgo) apparaissait, aux yeux des législateurs, comme la plus belle image de la pureté; on la regardait comme une chaste créature qui devait imposer le respect, comme une enfant sans tache qui devait être soigneusement éloignée de toute souillure.

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