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faire redoubler de prudence & d'humilité, & à ranimer en nous l'efprit de pénitence & de prières, pour nous en préferver dans la fuite. A Dieu ne plaife, que le tableau de notre vie paffée, foit pour nous un germe de mélancolie ou de fcrupules inquiétans: pareils fentimens ne font bons qu'à refroidir la piété, & décourager le fidèle; ainsi, loin de leur donner entrée dans fon cœur, on doit, au contraire, s'en préserver avec foin, & les déraciner en cas qu'ils s'y foient infinués. En effet, Dieu veut être servi avec joie, & c'est ce qu'il nous recommande dans plufieurs endroits de fes divines Ecritures. N'eft-ce pas lui qui, le premier, eft venu au-devant de tant de Saints & de Saintes, qui avoient commencé par s'abandonner à tous les vices? Nous verrons, oui, nous verrons, que le nombre de ceux que la miféricorde aura fait entrer dans

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le Paradis, furpaffera de beaucoup celui des juftes. Que doit-on, après cela, penfer de certe timidité, de ces fcrupules, de ces inquiétudes, qui naiffent des péchés déjà commis, & de ceux qu'on peut craindre encore à chaque inftant de commettre? Qu'ils faAchent, ces hommes pufillanimes, que c'eft non-feulement une chofe agréable à Dieu, mais qu'il ordonne qu'on efpère en lui. Cette vertu furnaturelle, ainfi que les autres vertus morales, peut fe corrompre au point de devenir un vice, foit par notre préfomption, foit par manque de confiance en Dieu. Nous avons déjà fait remarquer qu'on ne peut regarder que comme des infenfés, tous ceux qui, plongés dans l'iniquité, ofent encore penser au Royaume des cieux; ce ne feroit pas une moindre folie, ou, pour mieux dire, une moindre impiété de la part de quiconque s'imagineroit,

avec fes propres forces ou fes mérites, pouvoir gagner la vie éternelle; d'une autre part, c'est faire injure à Dieu, & lui déplaire fouverainement, lorfqu'on a le bonheur d'être au nombre des justes, que de ne pas espérer en lui autant qu'on le doit, & de fe faire une idée fi fauffe de fa bonté & de fa clémence, qu'on ne le regarde que comme un Maître dur & inexorable. De pareils fentimens ferment entièrement nos cœurs à cette confiance en Dieu, qui, dans le fond n'eft que l'effet de la véritable espérance. Enfin, difons au Dieu de nos ames, que nous voulons toujours efpérer, & que nous ne nous en lafferons jamais, jufqu'à ce qu'il nous ait pardonné nos péchés, qu'il nous ait foutenu par fa grâce dans la voie de la juftice, & que nous n'efpérons que parce que lui-même nous a clairement affuré que qui efpère en Dieu, ne fera Pf. 70. v. 2. jamais confondu.

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Il est très-important de remarquer est ici que, quelque graves que foient nos fautes, dès qu'un véritable repentir nous a conduits au tribunal de la Pénitence, on ne doit point héfiter d'ouvrir fon cœur à l'efpérance chrétienne; nous en avons pour garant la parole même de Dieu. Quand nos péchés feront rouges comme la pourpre, ils deviendront blancs comme la neige. Que la miféricorde l'emporte fur le Jacques. c.facrifice. Que fi l'impie fe repent de fes péchés, il aura la vie, & que Dieu oubliera toutes fes iniquités. Nous devons encore croire comme article de foi, que la miféricorde de Dieu eft infiniment au deffas de tous les péchés que les hommes peuvent commettre; ainfi, que les pécheurs qui veulent quitter leurs défordres, aillent la tête baiffée, qu'ils ne ceffent de fe rappeler leurs fautes & leurs déréglemens ; mais qu'ils ne fe défient jamais de l'im

2. v. 13.

Ifaie. c. I.

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menfe bonté du Pafteur qui les rappelle au bercail. Il eft auffi impoffible de douter du pouvoir de celui à qui rien n'eft impoffible, que de la volonté de celui qui veut être appelé le Père de miféricordes.

JA

Le vice le plus coudamnable après celui de la défiance, feroit celui du défefpoir, puifqu'il eft le plus diamétralement oppofé à l'efpérance chrétienne. Il n'est pas d'état pire pour un Chrétien qui, victine du désespoir, s'imagine n'avoir plus de pardon à attendre, & que Dieu ne peut, ni ne veut lui pardonner. Ce fentiment est à la fois le plus grand péché qu'on puiffe commettre, & l'injure envers Dieu la plus fanglante. La conféquence la plus terrible, eft l'impoffibilité de fe réconcilier avec Dieu tant qu'on perfifte dans de pareils fentimens puifqu'au lieu de l'appaifer, on nẹ ceffe de l'offenfer, en lui refusant ses

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