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Quant à moi, je me flatte qu'un jour nous aurons cette obligation au Souverain Pontife, dont le zèle & la viété font fi connus. Je defirerois encore que cette prière fût non-feulement en Latin, mais encore en langue vulgaire, afin qu'elle fût davantage à la portée du peuple. Quiconque connoît notre Sauveur J. C. doit s'attendre à la plus précieuse des récompenfes, lorfqu'il travaille à étendre fon culte, & à la fanctification du peuple de Dieu.

Je demande pardon pour la réflexion fuivante qui eft du même genre. Lorfque N. S. J. C. est exposé à l'adoration publique, fous les espèces facramentales, l'ufage, en plufieurs endroits de l'Italie, eft de chanter les Litanies de la fainte Vierge avant de recevoir la bénédiction. Cette coutume eft bonne, en ce que le peuple n'ayant point de prière particulière à

réciter, ne peut rien faire de mieux que de s'adreffer à J. C. par l'interceffion de fa fainte Mère; mais ne feroit-il pas plus à propos qu'il y eût

des Litanies confacrées à cette fonc-
tion particulière, qui ferviroient à s'a-
dreffer au Rois des Rois, qui est pré-
fent pour nous écouter? Les Litanies
de la Vierge furent faites pour être
chantées devant fes images, & non
devant Dieu préfent dans fon Sacre-
ment. Il femble qu'admis avec bonté
à l'audience de notre Maître, il est
plus dans l'ordre de lui adreffer direc-
tement nos prières. Un Prince de la
terre fe trouveroit choqué, fi, paroif-
fant pour donner audience à fon peu-
ple, & lui diftribuer des grâces, on
préfentoit les mémoires à fon favori
plutôt qu'à lui-même; une feule rai-
fon
peut juftifier cet ufage, c'eft que
nos prières peuvent contracter une nou-
velle valeur & un plus grand prix,

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étant présentées par la fainte Vierge; mais en voulant trop prouver on ne prouve rien. Il s'enfuivroit de-là qu'on n'oferoit jamais prier J. C. fans invo quer préalablement la fainte Vierge; ce que perfonne n'oferoit avancer. Les perfonnes vraiement religieufes, & tous ceux qui s'approchent de la fainte Table, ne s'entretiennent qu'avec leur divin Rédempteur, & les fruits de vie qu'ils recueillent font toujours en raison de leur ferveur & de leur piété. Nous tenons ces promeffes de notre Rédempteur lui-même, qui s'exprime ainsi : Si vous demandez quelque chofe en Jean. c. 14. mon nom je vous l'accorderai. Il ne dit

V. 14.

Hebr. c. 4. Y. 14.

pas au nom d'autrui, mais en mon nom. La confiance & la voix peuvent-elles nous manquer pour parler à un Maî tre fi bon & fi miféricordieux? Ecoutons l'Apôtre à ce fujet.

Ayant donc pour Pontife Jefus » Fils de Dieu, qui eft monté au ciel,

در

» demeurons fermes dans la foi dont » nous avons fait profeffion; car le 33 Pontife que nous avons n'eft pas tel, qu'il ne puiffe compatir à nos infirmités, puifqu'il a été éprouvé com>> me nous, quoiqu'il fût fans pé

» chés. Préfentons-nous donc avec con» fiance devant le trône de fa grâce, » afin d'y recevoir miféricorde, & d'y » trouver grâce pour être fecourus dans » nos befoins ». Qui doit-on croire qui aime le plus le peuple chrétien de la Vierge, des Saints, ou de J. C.? Seroit-il permis d'héfiter en pareil cas? Celui qui eft mort pour nous, qui nous nourrit de fa chair & de fon fang, celui qui n'attend nos prières que pour les exaucer, pourroit-il laiffer dans nos cœurs une place à la crainte & à la défiance? Auffi croirois-je très propos qu'il exiftât une Litanie faite exprès pour prier notre divin Saulorfqu'il eft expofé fur nos Au

à

veur,

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tels; c'eft de l'Eglife que nous devons la recevoir; & fi un jour elle nous fait cette grâce, nous devons bénir la Providence, qui nous donne tous les moyens de pratiquer la piété véritable & néceffaire à tout Chrétien. J'ajouterai encore que les ennemis de notre Religion ne pourroient manquer d'être fcandalifés, s'ils voyoient le peuple dans nos Eglifes baiffer la tête avec refpect lorfqu'on dit fainte Vierge priez pour nous, & ne faire aucune démonstration à ces paroles: Sainte Trinité un feul Dieu, ayez pitié de nous. La fainte Vierge, diroient-ils, estelle donc au-deffus de Dieu ? Cette bienheureufe créature ne reçoit que de lui tout fon éclat, toute fa lumière, tout fon pouvoir. Auffi un des principaux devoirs des Pafteurs, feroit de bien inftruire leur peuple des regles de la vraie piété, en les exhortant à louer la fainte Vierge, à

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