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» Il importe au bonheur de la France que » le fondateur de cette quatrième dynastie >> vieillisse environné d'une descendance directe

qui soit notre garantie à tous, comme le gage » de la gloire et de la patrie.

Lorsque ma mère fut couronnée devant » toute la nation par les mains de son au» guste époux, elle contracta l'obligation de » sacrifier toutes ses affections aux intérêts de » la France. Elle a rempli avec courage, no» blesse et dignité, ce premier des devoirs. Son » âme a été souvent attendrie en voyant en » butte à de pénibles combats le cæur d'un » homme accoutumé à maîtriser la fortune et à » marcher toujours d'un pas ferme à l'accom

plissement de ses grands desseins. Les larmes

qu'a coûtées cette résolution à l'empereur » suffisent à la gloire de ma mère. Dans la si» tuation où elle va se trouver, elle ne sera pas ,

étrangère par ses veux et par ses sentimens » aux nouvelles prospérités qui nous attendent, » et ce sera avec une satisfaction mêlée d'orgueil » qu'elle verra tout ce que ces sacrifices au» ront produit d'heureux pour sa patrie et pour

son empereur. »

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Telles furent les premières formalités auxquelles ce grand acte politique donna lieu. L'empereur avait bien pensé à faire lui-même une première communication à l'impératrice, mais il n'osa jamais; il craignait les suites de sa sensibilité : les larmes d'une femme trouvaient toujours le chemin de son cæur. C'était à Fontainebleau, comme je l'ai dit plus haut, qu'il avait cru rencontrer une occasion favorable ; on sait la cause qui provoqua cette espèce de scène de ménage, et comment elle se terminạ. L'empereur résolut de ne pas s'expliquer d'une manière précise avant l'arrivée du vice-roi, auquel il avait déjà fait dire de se rendre à Paris. Ce fut Eugène qui le premier parla à sa mère et l'amena peu à peu à ce grand sacrifice; il se conduisit dans cette occasion en bon fils et en homme reconnaissant et dévoué à son bienfaiteur, en lui évitant des explications douloureuses avec une compagne dont l'éloignement était un sacrifice aussi pénible pour l'un que pour l'autre.

L'empereur ayant réglé tout ce qui était relatif au sort de l'impératrice qu'il établit d'une manière grande et généreuse, pressa le moment

de la séparation qui devait avoir lieu, sans doute parce qu'il souffrait de l'état dans lequel était . l'impératrice elle-même, forcée de dîner tous les jours et de passer la soirée avec les personnes témoins des derniers inslans de sa royauté.

Le lendemain du jour où le message de l'empereur avait été porté, lu et développé au sénat, il y eut le soir , dans les grands appartemens, une réunion de hauts personnages dont l'entremise était nécessaire dans cette circonstance. On y remarquait Eugène Beauharnais, l'archi-chancelier, M. Regnault de Saint-Jeand'Angély, toute la famille impériale et la plupart des grands dignitaires et officiers de la couronne. Là l'empereur fit à haute voix la déclaration du projet qu'il avait formé de rompre son mariage avec Joséphine, qui était présente, et l'impératrice, de son côté, fit la même déclaration en fondant en larmes. Le prince archi-chancelier, ayant fait donner par un secrétaire d'état lecture de l'article du code, en fit l'application au cas présent et déclara le mariage dissous.

Pendant ce temps, nous étions dans le salon de service à attendre, non sans impatience, l'is

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sue de la séance mémorable qui avait lieu à quelques pas de nous. Personne ne disait mot; à peine osait-on interroger des yeux ceux qui allaient et venaient sans cesse. Nous avions vu passer l'impératrice qui se rendait au conseil; elle était soutenue par sa fille, la reine Hortense. Toutes deux portaient un grand chapeau blanc noué sous le menton; celui de Joséphine avait une forme si ample qu'il lui cachait une partie de la figure. Cependant il était aisé de voir qu'elle avait beaucoup pleuré; elle pleurait même encore : elle tenait à la main un mouchoir avec lequel elle essuyait à chaque instant ses yeux.

Une heure après l'ouverture de la séance, l'huissier ayant annoncé : l’Imperatrice! José. phine parut la première, donnant toujours le bras à sa fille et soutenue par son fils qui avait l'air profondément ému. Elle paraissait avoir peine à marcher, et présentait l'image de la douleur et du désespoir. Tout le monde était debout; le silence le plus profond régna pendant le peu de temps que Sa Majesté mit à traverser le salon de service.

Nous apprîmes le lendemain, par M. Re

gnault de Saint-Jean-d'Angély, qui jouait un grand rôle au conseil, tous les détails de cette séance. Il nous dit qu'en prononçant son discours, l'empereur avait éprouvé une telle émotion qu'il avait mis un assez long intervalle entre chacune de ses phrases. Quand était venu le tour de Joséphine, sa fille avait été obligée de la soutenir sous les bras pour qu'elle pût se tenir debout; les mots qu'elle avait prononcés avec peine ne paraissaient avoir aucune suite, sa voix était tremblante et oppressée, des larmes inondaient ses joues ; elle s'était trouvée mal lorsqu'elle avait fini de parler. Pendant ce temps l'empereur s'agitait sur son siége, parlait tout bas, ne perdait pas de vue l'impératrice, et semblait souffrir mille fois plus qu'elle. Il était facile de voir que cette scène le mettait au supplice. Tant que dura la séance, les assistans qui étaient tous assis tinrent constamment la tête baissée. L'empereur avait donné l'ordre qu’on allât sur-le-champ chercher Corvisart; mais Joséphine ayant repris ses sens à l'aide des sels que sa fille lui avait fait respirer, était sortie aussitôt le prononcé de l'acte de séparation. Cambacérès fut le seul qui se montra

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