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impassible tant que dura cette scène qui se passa de part et d'autre avec une dignité rare et une grande loyauté.

Les formalités du divorce une fois remplies, l'impératrice avait pris immédiatement congé de l'empereur; elle était descendue dans son appartement qui était au-dessous de celui de son époux. D'après les arrangemens convenus d'avance, elle partit le soir même de Paris, qu'elle ne devait plus revoir, pour aller s'établir à Malmaison. De son côté l'empereur alla le lendemain matin s'installer à Trianon. Joséphine, en descendant du rang suprême, fut obligée de se séparer de la plupart de ceux qui composaient sa cour; mais le coeur et les veux des personnes qui ne purent faire partie de sa maison suivirent dans sa retraite la femme aimable, l'indulgente souveraine qui venait de tout sacrifier à l'avenir de son époux.

Pendant les huit premiers jours la route de Paris à Malmaison fut, malgré le mauvais temps, couverte d'une foule de personnages de tous rangs, qui regardèrent comme un devoir sacré de se présenter encore une fois à celle qui, bien que dépouillée du diadême, n'en

!

avait pas

moins conservé son titre d'impératrice, et qui avait encore des droits au respect qu'impose toujours une tête couronnée.

L'empereur, de son côté, fit tout ce qu'il put pour s'accoutumer à vivre seul à Trianon, d'où il envoya souvent savoir des nouvelles de l'impératrice. Je crois que, s'il l'avait osé, il y serait allé lui-même tous les jours.

A l'occasion de cet événement, l'empereur avait appelé près de lui quelques membres de sa famille. Le roi et la reine de Bavière arrivèrent aussi à Paris à la même époque. Ce fut, de tous les souverains de l'Allemagne, celui qui resta le dernier dans la capitale.

Quoiqu'il en soit, l’hiver se passa assez gaiment en bals masqués, en spectacles et autres divertissemens de ce genre. L'empereur avait recommandé lui-même que l'on procurât le plus de distractions possible aux princes et princesses qui avaient quitté leurs petits états pour venir le visiter. Il avait pris un soin particulier de tout ce qui concernait la reine de Bavière, au service d'honneur de laquelle il avait fait attacher des dames du palais de l'impératrice. A la fin de janvier 1810, tous les princes étaient effet, que Joséphine l'avait tout-à-fait oubliée ; elle ne pouvait regarder le mot de divorce

prononcé par Napoléon que comme un mouvement d'humeur, un peu fort peut-être, mais qui ne renfermait aucune arrière-pensée. Quatre mois encore, et la malheureuse Joséphine devait céder à une autre et le trône de France et les caresses de son époux.

L'empereur venait d'ajouter à ses victoires, et, par cela même, de reculer les bornes de son ambition. L'idée que sa dynastie s'éteindrait avec lui le dévorait ; il ne pouvait plus espérer d'héritier de Joséphine, et le projet de divorce fut dès-lors irrévocablement fixé.

L'affaire ne traîna pas en longueur : le 18 décembre, un message de l'empereur fut apporté au sénat par les orateurs du conseil - d'état, comtes Regnault-de-Saint-Jean-d'Angély et Defermont.

Aussitôt qu'ils furent introduits , le prince archi-chancelier, président, prit la parole en ces termes :

« MESSIEURS, » Le projet qui sera soumis, dans cette » séance, à la délibération du sénat , contient

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»

» une disposition qui embrasse nos plus chers » intérêts.

» Elle est dictée par cette voix impérieuse, qui avertit les souverains et les peuples que, » pour assurer le salut des états , il faut écou» ter les conseils d'une sage prévoyance, rap

peler sans cesse le passé, examiner le présent, » et porter ses regards sur l'avenir. » C'est devant ces hautes considérations que,

, » dans cette circonstance à jamais mémorable, » S. M. l'empereur a fait disparaître toutes les » considérations personnelles, et réduit au si» lence toutes ses affections privées.

» La noble et touchante adhésion de S. M. » l'impératrice est un témoignage glorieux de » son affection désintéressée pour l'empereur, » et lui assure des droits éternels à la recon» naissance de la nation.

» C'est désormais au peuple français à se faire » entendre ; sa mémoire est fidèle comme son » cæur. Il unira , dans sa pensée reconnaissante, » les espérances de l'avenir et les souvenirs du

passé ; et jamais monarques n'auront recueilli

plus de respect, d'admiration, de gratitude et » d'amour que Napoléon immolant la plus

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»

» sainte de ses affections au besoin de ses su» jets; que Joséphine immolant sa tendresse » pour le meilleur des époux, par dévoûment

pour le meilleur des rois, par attachement » pour le meilleur des peuples.

» Acceptez, Messieurs, au nom de la France » attendrie, aux yeux de l'Europe étonnée, ce » sacrifice , le plus grand qui ait été fait sur la » terre, et, pleins de la profonde émotion

que » vous éprouvez, hâtez-vous de porter au pied » du trône, dans les tributs de vos sentimens, » le sentiment de tous les Français; seul prix

qui soit digne du courage de nos souverains, » seule consolation qui soit digne de leurs

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» cours. »

Le comte Regnault de Saint-Jean-d'Angély obtient ensuite la parole et soumet à l'assemblée un projet de sénatus-consulte portant : « Dissolution du mariage contracté entre l'em» pereur Napoléon et l'impératrice Joséphine.» Ce projet était ainsi

conçu : « Art. 1". Le mariage contracté entre l'em» pereur Napoléon et l'impératrice Joséphine » est dissous.

» Art. 2. L'impératrice Joséphine conser

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