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manoeuvrer, une escouade ou deux de gendarmerie parcoureront les habitations qui se trouvent momentanément privées, d'une partie de leurs blancs. Après les mancuvres, les deux demisections, avant de se dissoudre, feront une promenade militaire sur les habitations d'où elles sortent. Les autres demi-sections se conformeront à leur tour à cet ordre de choses.

La nomination des officiers et sous-officiers sera au choix des milices; ils recevront leurs commissions du vice-roi. Quand elles seront mécontentes de leurs officiers, elles pourront demander leur destitution au vice-roi, qui les autorisera à faire un nouveau choix, si leur demande est fondée.

Les milices à pied ou à cheval se pourvoieront de leur accoutrement, de leurs armes, de leurs chevaux et de leurs selles. En tems de grierre ou en cas d'insurrection, elles seront en activité et sous les ordres du vice-roi. Si les nègres d'une autre colonie venaient à se révolter, ou qu'un ennemi étranger menacât de l'envahir, la milice, dans ce cas, garderait et défendrait ses foyers dans l'abseuce des troupes de ligne que le vice-roi enverrait au secours de l'île menacée. Une fois le calme rétabli et l'ennemi chassé, le vice-roi laissera jusqu'à nouvel ordre, dans cette colonie, le nombre de troupes qu'il croira nécessaires pour y miaintenir la tranquillité, et le reste des troupes retournera à Saint-Domingue. Aussitôt leur retour, le vice-roi licenciera les milices.

Cet envoi ne doit avoir lieu qu'après avoir été mûrement pesé, et sous la responsabilité personnelle du vice-roi.

17o. Que le gouvernement abolisse l'égalité des partages d'une seule habitation, entre plusieurs enfans ou co-héritiers.

Ce partage, qui semble dicté par la nature et qui était nécessaire dans la formation des colonies, pour y fixer des hommes qui, pour la plupart, n'avaient quitté leur patrie que pour chercher à se former une propriété, ayant réduit les héritagés par une suite de population, de successions et de partages sous-divisés, à la juste mesure que demandent les facilités de la culture, feraient rentrer une division ultérieure de terreins dans leur premier néant; parce qu'en Amérique la nature des denrées, qui sont d'un grand prix , l'incertitude des récoltes peu variées dans leur espèce, la quantité d'esclaves, de bestiaux, d'ustenciles nécessaires pour une habitation, supposent des richesses considérables qu'on n'a pas dans les colonies, et qui se réduiront à rien, si le partage des successions continue à morceler, et à diviser de plus en plus les terres.

En effet, si trois enfans se partagent également une succession de trente mille livres de rente , ils seront tous ruinés , parce que celui qui aura les établissemens aura moins de terres et moins de nègres ; les deux autres seront également ruinés, parce qu'ils ne pourront pas exploiter leurs

portions sans faire båtir, et sans transgresser sur le terrein les uns des autres. Si, par suite de ce partage , les nègres des co- partageans venaient à perdre leurs places à vivres, leurs maisons et leurs petites commodités, ils ne manqueraient pas de voler des vivres, des bois

pour se construire de nouvelles chaumières, des poules et d'autres objets semblables, aux dépens des héritiers , ce qui mettrait bientôt la désunion parmi eux Et si , pour surcroit de malheur, l'hém ritage avait des dettes, que deviendrail-il

par

le partage ?

Il me semble qu'il serait plus avantageux pour l'état et pour le particulier, qu'un des enfans eût la totalité de l'habitation, après qu'on aurait fait l'inventaire des dettes, de la terre , des bâtimens, des meubles et des immeubles. Celui à qui l'habitation devrait rester, paierait aux créanciers, à chaque récolte, le quart des revenus jusqu'au parfait paiement, avec l'intérêt

que

la loi accorde; il ne garderait pour lui qu’un huitième des revenus,

il abandonnerait le reste aux deux autres co-héritiers , et leur paierait les intérêts de leur proportion dans le capital , jusqu'au parfait paiement. Parce moyen, on pourra forcer les habitations à se libérer des dettes dont elles sont obérées.

Ceux qui seraient dépouillés et sacrifiés en quelque façon à la fortune publique , trouveraient des dédommagemens convenables dans la sagesse

$

paternelle du gouvernement, qui leur accorderait de nouveaux terreins où ils employeraient leur industrie à augnienter les richesses de l'état.

Des hommes habitués au climat, familiarisés avec la culture de ce pays, encouragés par l'exemple, par les secours et par les conseils de leur famille ; aidés enfin

par

les esclaves , les instrumens aratoires que l'état leur aurait fournis, seront plus propres que des vagabonds ramassés dans la boue de l'Europe, à augmenter l'opulence et la prospérité d'une colonie. Quand la population deviendra trop forte , le gouvernement, alors, pourra encourager le superflu d'une riche colonie, à fournir le nécessaire à une peuplade naissante.

18o. Que le gouvernement supprime la contrainte personnelle , ainsi que la saisie-réelle de la terre et du mobilier!

L'idée qu'on s'était formée jusqu'à ce jour, que les Antilles ne pouvaient être cultivées que par des nègres à la houe, et non par de blancs avec des charrues , jointe à l'intérêt direct

que merce avait à propager une erreur de cette nature, et à ne point favoriser ceux qui desiraient essayer le second expedient, força l'habitant des îles qui avait peu, ou point de capitaux pour commencer les premiers établissemens, à recourir au commerce, pour avoir des nègres, des instrumens aratoires, et tout ce qui lui était nécessaire.

Ces secours onéreux accordés et acceptés avec trop de facilité ; la mortalité effrayante des nègres

le con

( 153 ) malsains, que le commerce vendait sans honte ; les marchés qu'il faisait avec l'habitant, payables à trois mois de vue , au lieu de l'être trois mois après la récolte; la mortalité naturelle ou forcée des nègres, des animaux ; les pertes occasionnées par les sécheresses , par les débordemens, par les insectes, par le feu et par les secousses convulsives de la nature, ont donné naissance à cette quantité de dettes qui se sont multipliées à mesure que les défrichemens se sont étendus. Dettes que quelques habitans ont encore augmentés par le peu de soins que certains d'eux prenaient des nègres nouveaux qui demandent à être assujettis à un régime tout particulier, jusqu'à ce qu'ils soyent parfaitement acclimatés.

L'égalité des partages entre différens co-héritiers, a formé des créanciers dans le sein des colonies, indépendamment de ceux du déhors. À mesure qu'elles s'enrichissaient, les créances augmentaient en raison de la multiplicité des partages, de sorte que la surabondance de la population est restée dans l'oisiveté, créancière des héritages qu'elle n'occupait pas, ce qui la rendit inutile et même onéreuse à la culture.

Une politique mal entendue voulut forcer les colons à ne dépenser qu'une partie de leurs revenus', pour consacrer le reste à l'acquit de leurs engagemens. Les commerçans ne considérèrent pas qu'il n'y avait rien de moins raisonnable que d'établir ce système de privations dans les colonies'.

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