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de Français, dont l'âme fùb toujours restée fermée aux douces émotions de la bienfaisance et de l'humanité; s'ib existait un homme, ou plutôt un esclave, qui n'eût jamais senti battre son coeur au noble nom de la liberté ; c'est ici qu'il devrait venir. Quelles sublimes inspirations ne lui seraient pas communiquées par tant de voix éloquentes! quel être indifférent ne frémirail

pas

d'horreur aux sombres et sanglans tableaux qui vont être tracés des cachots et de l'affreuse tyrannie! quel cour barbare ne serait pas attendri par tout ce qu'on va dire de touchant sur la sainte bienfaisance, bien volontaire et sacré de tous les hommes! quel être avili ne relèverait pas la tête , en entendant des citoyens et des Français parler d'indépendance et de liberté, noms magiques dont le plus bel éloge peut-être serait de dire qu'ils ont conservé leur puissance malgré l'abus qu'on en a fait!

Oui, Messieurs, nous les entendons déjà ces nobles accens, qui n'auront toutefois d'application à la cause, que celle

que l'art saura leur donner aux dépens de la réalité. Nous les entendons, et nous nons y joignons nous-mêmes avec enthousiasme. Oui , flétrissons et repoussons à jamais la tyrannie, puisque nous avons eu le bonheur de lui échapper. Oui, honorons la liberté, puisque nous sommes assez heureux pour vivre sous un gouvernement constitutionnel. Oui, protégeons et encourageons la bienfaisance , puisqu'elle est l'honneur de la civilisation et le devoir que nous enseignent chaque jour d'augustes exemples. - Mais, puisque nous voulons la conserver, cette précieuse liberté, cette liberté qui n'est jamais mieux prouvée

que par ceux qui se plaignent si hautement de ne l'avoir pas, sachons en conserver aussi les bases. Respectons les pouvoirs constitutionnels : ils sont notre garantie ; ils sont pour nous, la société vivante. Respectons les lois : elles sont notre sanve-garde ; elles sont l'ame de la société. Ah! n'allons pas nous replonger dans l'abîme dont nous sortons à peine !

Sans doute, l'ami sincère de la liberté a pu voir avec quelques regrets la loi forcée de déroger aux principes ordinaires. Mais, a-t-il dû oublier que cette loi n'est que temporaire ? N'a-t-il pas dû penser aussi que perdre le trône et l'État, c'était perdre en même temps la liberté? Un sang illustre fumait encore ! que ne pouvait-on pas craindre ? Fallait-il donc attendre que d'autres trépas , nous révélant d'autres vertus, vinssent arracher à la France les derniers rejetons de cette race auguste et éminemment française, qui a fixé pour nous le bonheur de l'avenir dans la Charte, comme elle a inscrit la gloire du passé dans l'histoire ?

Et qu'importe , aụ surplus, les opinions diverses qu'on peut avoir eues sur la nécessité d'une loi? La loi existe; chacun

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doit obéir. Disons-le, Messieurs, se déclarer ami de la liberté, c'est contracter l'engagement de respectes plus que per: sonne les lois , lors même qu'elles ne sont pas conformęs à nos opinions. Mais, s’insurger contre la loi , quand elle ne nous convient pas; l'attaquer par des voies illégales ; chercher à la paralyser; en appeler du législateur au peuple; provoquer les citoyens à la haine des pouvoirs constitutionnels et à la désobéissance aux lois ; ah! Messieurs, c'est étrangement s'égarer dans l'amoy.: de la liberté ; c'est la compromettre en en abusant; c'est la ruiner en y substituant la licence; c'est invoquer le despotisme, successeur nécessaire de la licence.

Ne nous le dissimulons pas, Messieurs, les choses ont bien changé de face depuis un demi-siècle. Dans tous les temps, sans doute, il est noble d'embrasser la cause de la liberté. Mais, n'est-il pas aussi des temps où le véritable courage consiste plutôt à défendre l'empire des lois contre la licence , et l'ordre social contre l'anarchie.

Ce courage , qui ne cherche pas la gloire , mais qui n'engendre pas les remords, la France le trouvera toujours dans ses magistrats. Les partis, quelles que soient leur audace et leur violence, ne les intimideront pas ; les écarts seront réprimés, quels que soient les noms qu'on ait la douleur d'y voir rattachés. Au milieu d'un peuple qui naît à une existence libre et toute nouvelle, les organes des lois ne doivent pas oublier que le cercle de leurs devoirs s'agrandit tous les jours, et qu'ils sont le plus ferme et le dernier appui de la société sans cesse attaquée par les passions.

Pour vous, MM. les jurés, associés aujourd'hui aux devoirs de la magistrature , vous y serez fidèles. Vous sentirez que

vous avez à décider du sort entier d'une loi toute récente. Vous examinerez si vous voulez en sanctionner la destruction. Vous verrez si vous voulez prendre sur vous la responsabilité de l'avenir, et paralyser entre les mains du Gouvernement une arme que les trois branches de la représentation nationale ont jugé nécessaire de lui confier pour le salut de la patrie. Vous verrez si vous voulez que l'esprit de désordre reçoive à jamais un éclatant encouragement, dont vous connaîtrez bientôt les fruits.

Non, MM. les jurés, vous ne trahirez pas vos sermens. L'éclat des noms ne vous en imposera pas ; vous ne vous laisserez pas séduire aux prestiges de l'art oratoire. C'est la vérité que vous chercherez; c'est elle que vous devez à vos concitoyens; c'est elle aussi que vous proclamerez. Nous vivons sous un gouvernement représentatif. Tous nous le voulons ; tous nous l'aimons. Sachons donc en remplir tous les devoirs ; sachons être électeurs ; sachons être jurés ; sachons défendre et conserver nos droits en citoyens courageux.

Vérité, conviction, bonne-foi : voilà toute la cause que vous allez juger. C'est à vos consciences que nous en appelons, et vos consciences nous répondront.

M. Jay, avocat de M. Bidault : « Messieurs, les éditeurs responsables de plusieurs journaux, et entr'autres l'éditeur du Constitutionnel, dont la défense 'm'est confiée, sont traduits devant vous comme prévenus d'avoir commis, 1° le dėlit d'attaque formelle contre l'autorité constitutionnelle du Roi et des Chambres; 2° le délit de provocation à la désobéissance aux lois.

Cette double accusation repose sur la publication d'un article ayant pour titre : Souscription nationale en faveur des citoyens qui seront ou qui seraient victimes de la mesure d'exception sur la liberté individuelle.

Plus l'accusation qui pèse sur l'éditeur responsable du Constituiionnel offre de gravité, plus il se félicite qu'elle soit soumise à la sagesse du jury, institution nationale et tutélaire, destinée dans les temps orageux à repousser loin des tribunaux l'influence de l'esprit de parti, à s'élever au-dessus des opi nions passionnées, à ne servir qu'un seul intérêt, celui de la justice, institution destinée dans tous les temps à protéger l'innocence.

Jamais cause ne fut plus digue de votre attention. Il s'agit de l'existence d'un droit constitutionnel, du droit qui permet à chaque citoyen d'exprimer librement son opinion sur les mesures du gouvernement, et même sur les lois. Il s'agit de la liberté de la presse, suspendue, il est vrai, mais qui n'avait pas encore été frappée à l'époque où le prétendu délit de la souscription a été commis. Il s'agit enfin de décider si les doctrines de l'arbitraire sont sacrées; si l'arbitraire lui-même est inviolable; si l'humanité est un crime: Oui, c'est là la véritable question ; car il ne faut pas s'y tromper, et je le prouverai sans effort , l'article qui sert de base à l'accusation, n'a été accueilli par les rédacteurs responsables des divers journaux, que comme un service rendu à l'humanité.

Avant d'entrer en matière , qu'il me soit permis de vous présenter encore une réflexion. Tous les droits constitutionnels se tiennent et se soutiennent réciproquement. C'est en prenant cette vérité pour regle de l'opinion, que les peuples libres conservent leur liberté ; que la morale publique corrige le vice des lois, et que les gouvernemens échappent aux désastres des révolutious.

La discussion à laquelle je vais me livrer se divise naturellement en deux parties : 1° je soumettrai à un examen impartial l'article de la souscription en lui-inême, et spécialement les passages qui paraissent repréhensibles au ministère public ; 2° j'examinerai l'intention dans laquelle ce même article a été publié, et les garanties que présentaient aux éditeurs de journaux les citoyens qui en ont occasionné la publication.

L'accusation est principalement dirigée contre les trois preiniers paragraphes de l'article incriminé. C'est là que le ministere public a cherché les preuves des délits d'attaque FORMELLE contre l'autorité constitutionnelle du Roi et des Chambres, et de provocation à la désobéissance aux lois. Voyons d'abord

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