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Le droit ecclésiastique n'est pas moins nécessaire pour étudier le moyen âge et la civilisation de l'Europe. C'est par l'Église et en grande partie par ses lois et tribunaux que l'élément civilisateur a pénétré dans le monde. Dans l'ignorance de ce droit, la papauté a jusqu'ici presque toujours été calomniée, le moyen âge mal compris, les bienfaits de l'Église méconnus.

Le droit ecclésiastique offre de nos jours un intérêt tout spécial. C'est dans son domaine que s'agitent et s'agiteront longtemps les principales questions du droit public de la plupart des nations de l'Europe. Né au nom de la liberté, le protestantisme n'avait produit que la licence. Les réformateurs eux-mêmes sentirent bientôt le besoin d'une autorité; ils interposèrent la leur; mais cette autorité d'un jour et sans mission était impuissante. A défaut de la hiérarchie qu'ils avaient détruite, ils invoquèrent le pouvoir temporel et prostituèrent la religion aux souverains. De là un vaste système de despotisme organisé dans les pays protestants contre les confessions dissidentes, et surtout contre le catholicisme ennemi de toutes. De là une oppression d'autant plus lourde de nos jours qu'elle est plus contraire aux idées existantes et au besoin des peuples qui tendent à rentrer dans la majestueuse unité du catholicisme. Les luites engagées à ce sujet entre les gouvernements et la conscience des peuples sont sans contredit une des phases les plus curieuses de l'histoire moderne. Or comment les apprécier, sans connaître le terrain sur lequel elles s'agitent?

Dans ces derniers temps, quelques efforts ont été faits pour réhabiliter parmi nous la science du droit ecclésiastique. Mais les nouveaux écrils, uniquement calqués sur quelques-uns de nos anciens auteurs, ont été dès leur naissance en arrière comme eux de la science, et comme eux aussi sont restreints dans le cadre étroit du droit national.

Dans l'imperfection et l'insuffisance de nos auteurs, il fallait qu'un ouvrage étranger vînt nous communiquer la sève qui nous manque, et rétablir la science sur ses bases. L'ouvrage de M. Walter, qui, même en Allemagne, a donné une impulsion nouvelle à l'étude du droit ecclésiastique, m'a paru merveilleusement propre à ce but. En effet, il indique scrupuleusement les ouvrages utiles à consulter dans cette étude; par un exposé méthodique des sources de ce droit dans tous les temps et tous les pays, il met à même d'en

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embrasser la science dans toute son étendue et d’entreprendre sur chacune de ses parties les travaux les plus complets et les plus solides. Il prend les institutions à leur origine, et les suit dans lous les temps et partout, de telle sorte que chacun en voit la raison première, et, comparant leurs modifications diverses, s'élève au dessus des préjugés de son époque et de son pays. En chaque matière, les principes sont posés avec une clarté et une précision qui ne laissent aucun refuge à l'ignorance ou à la mauvaise foi. Nul ouvrage en un mot n'offre un guide plus sûr pour des études élémentaires ou approfondies.

Auprès du droit catholique, l'auteur expose sous chaque matière celui des confessions séparées. Cette étude, entièrement neuve pour la France, est d'un immense intérêt el féconde en enseignements. Rien de plus propre en effet à faire ressortir la beauté des institutions catholiques que le parallèle des droits dissidents, droits desséchés par la séparation de la souche qui communiquait la sève, ou tombés dans les rouages de l'administration civile.

En un ouvrage de cette nature, je devais surtout m’allacher à rendre scrupuleusement et dans toute leur simplicité les pensées de l'auteur. L'actif concours qu'il m'a prêté m'est garant que ce livre est l'exacte reproduction de l'original.

Je me suis abstenu de toute addition ou annotation relative aux modifications apportées par le droit français. Un tel travail, dont il eût été difficile de déterminer les limites, eût rompu l'unité du livre et déparé le plan d'un ouvrage de droit commun, où d'ailleurs l'auteur trace nettement la voie des études spéciales. Je laisse donc à d'autres le soin d'entrer plus avant dans le détail. Qu'il me suffise de poser la première pierre de l'édifice et de rouvrir une lice trop longtemps fermée. Si les intelligences se jettent dans la carrière, si elles réédifient sur la base que je leur présente, mon ambition sera satisfaite, et mon partage est assez beau.

La classification adoptée par l'auteur doit être à l'avance exactement connue pour l'intelligence parfaite de l'ouvrage : il suffira, pour s'en pénétrer, de jeter un coup d'oeil sur le sommaire.

Les signes typographiques usités dans les ouvrages scientifiques de l'Allemagne m'ont paru par cela même, et à raison de l'abréviation, utiles à répandre parmi nous. Ils ont donc été reproduits; ainsi la mort des personnages historiques est indiquée par une croix en tête de sa date.

A la suite de l'ouvrage allemand, sont réunis des textes du droit ecclésiastique de divers pays de l'Allemagne; ils sont remplacés ici par ceux des monuments du droit ecclésiastique français cités dans l'ouvrage, qui m'ont paru offrir un intérêt et une utilité réels.

Abbeville, seplembre 1840.

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Cet ouvrage à pour objet de présenter la discipline de l'Eglise en regard des idées primitives qui lui ont servi de base, et de démontrer par la comment ces idées se sont maintenues sous les formes les plus diverses, ou se sont modifiées dans le cours des temps. Un exposé raisonné et critique prête à cette science un charme particulier; il est même nécessaire dans la direction actuelle des esprits et pour l'exacte appréciation du sujet. Car le mérite de la législation et de la constitution ecclésiastiques, comme de toutes autres, réside dans l'harmonie de leurs détails et de leurs principes fondamentaux.

Partant de cette idée, je ne devais plus m'en tenir au droit du moyen âge, désigné par l'école sous le nom de droit canonique

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(*) La première édition de cet ouvrage a paru en 1822, la seconde en 1823, la troisième en 1825; la quatrième, publiée en 1829, ayait subi dans la classification et le contenu un remaniement total; la cinquième suivit en 1831, la sixième en 1833; la septième, à la date de 1836, était entièrement refondue; enfin la huitième, dont nous livrons la traduction au public, a paru en 1839 avec beaucoup d'additions et de corrections.

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