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au bout de six mois. La dernière congrégation se tint le 7 Mai 1702, en présence du pape. Toutes les voix, sans exception, furent pour suspendre M. de Sébaste des fonctions de vicaire apostolique , et la sentence donnée dès lors lui fut signifiée quelque temps apres. L'abbé de Vaucelle , par une lettre du 12 tout suivant, manda que le vicaire aurait pu se tirer d'embarras , s'il n'avait pas marqué tanț de répuguance à signer le formulaire d'Alexandre VII. II ajoutait que plusieurs étaient d'avis qu'il aurait pa et dù même le faire. Il y en avait toutefois qui n'é

de cette opinion, soit par horreur du parjure , soit par respect pour les quatre évêques d'Alet, de Pamiers, de Beauvais , d'Angers, et pour les orphelins de Laviemur, autrement Port-Royal.

Les principaux du clergé batave ne surent pas plutôt ce qui s'elait fait à Rome , qu'ils dressèrent leurs batteries pour le faire révoquer. Ils eurent recours au grand pensionnaire Heinsius , et aux bourgmestres d'Amsterdam , dont trois étaient neveux de M. Codde ou M. de Sébaste. A ces puissantes sollicitations, les Etats-Généraux défendirent à M. Cook, nommé vicaire par interim, d'en faire aucune fonction , que le vicaire en titre n'eût été rétabli dans les siennes. C'est ainsi qu'à la faveur des puissances, non-seulement séculières, mais hérétiques, les étrangesdisciples de saint Augustin bravaient le saint siége, et se flattaient de lui forcer la main. L'usage que j'ai de la cour de Rome et du génie monacal, écrivit à ce sujet le moine apostat Driot, l'un des oracles du parti (!); l'usage que j'ai de la cour de Rome, me fait juger qu'on n'en aura raison que par la hauteur et le fracas. Mais avec toute la science de la cour et du monachisme , ses combinaisons se trouvèrent en défaut : l'insolence et le fracas ne purent être plus grands; et Rome s'étonna si peu , que sa froide gravité sur-tout , et sa marche égale , intriguèrent bientôt ceux qui avaient cru lui imposer.

Le provicaire Van-Hussen , qui tenait en Hollande

(1) Lettre du 12 Novembre 1702 , au P. Quesnel.

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la place et le parti de M. Codde, fut interdit à son tour. Cette sentence le mit au moins en de grands soucis. Il consulta le père Quesnel, qui, plus aguerri, répondit le 8 Janvier 1703, qu'il fallait aller son chemin, sans s'inquiéter de ce qui s'était fait à Rome. La raison tranchante qu'il en donnait, c'est que M. l'archevêque de Sébaste se trouvait suffisaniment justifié par ses défenses ; qu'il avait été condamné contre les règles par un tribunal incompétent, et qu'il appartenait aux Etats-Généraux de connaître de son affaire. Comme celle décision n'était pas tout-à

. fait conforme aux idées communes, on s'appliqua, sur les principes de l'apostat Driot , à soutenir le peuple , par des écrits vigoureux, contre la terreur des foudres du Vatican (1). On avait pour cela d'excellens modèles dans le

dèles dans le pays. Les prédicans, en Hollande aussi-bien qu'en France , n'avaient point trouvé de moyen plus efficace pour détacher à jamais les peuples du centre d'unité, que de leur rebattre sans cesse que le pape était l'antechrist. A leur exemple, l'augustinien Van-Hamme , par une lettre aussi vigoureuse qu'on pût la soubaiter, insinua d'abord

que la cour de Rome s'occupait beaucoup plus de sa domination que de la religion ; puis il certilia que l'antechrist serait un lomain. Il est vrai qu'il ne dit pas formellement que ce serait un pape; mais il n'y avait

que le mot d'omis, et tout concourait à le suppléer.

Cependant le parti se flaitait toujours que le pape ne tiendrait pas contre tant de vigueur, et qu'il serait sorcé de repyoyer M. de Sébaste avec ses premiers pouvoirs, ou du moins de les lui rendre bientôt après son retour. C'est ce qu'on voit par une lettre de l'apostat nominé plus haut (2), qui se persuada même que le saint père n'était plus arrêté que par la honte de revenir sur ses pas ; sur quoi il fait cette exclamation bien digne d'un tel orateur:Bon Dieu! qu'un aveu de faiblesse coûte à un pape , qui en est

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(1) Lettre du 8 Mars 1703. (2) Lettre de Driot, du 19 Avril 1703.

autant pétri qu'aucun autre humain ! Le voyant se fourvoyanéanmoins:le pontife, informé des procédés scandaleux du clergé hollandais, écrivit aux catholiques des Provinces-Unies et des pays voisins, pour les tenir en garde contre les guides qui les égaraient. Ce sont des brouillons, leur disait-il, ce sont des aveugles; et fasse le ciel que leur malignité ne soit pas le principe de leur aveuglement ! Ce sont des pasteurs intrus, dont le dessein n'est pas de garder le troupeau, mais de le diviser et de l'égorger. Ils affectent la réforme et le rigorisme ; ils sont bien aises de passer pour les docteurs de la morale sévère : mais tout homme sage pénétrera sans peine leurs vrais sentimens et leur malheureux dessein. Le pontife ajouta qu'il renvoyait l'archevêque de Sébaste en Hollande, mais sans espérance de le rétablir jamais dans l'exercice du vicariat apostolique. Ce bref mit les partisans de l'archevêque dans une véritable fureur; et l'on peut imaginer, sans que nous en souillions le papier , quelle fut l'énergie de leur style outrageux. Ils déférérent le bref aux Etats-Généraux, comme un libelle séditieux, comme une pièce infame, et ils en solliciterent vivement la suppression,

Dans ces entrefaites, le vicaire interdit arriva de Rome; et il eut à peine le pied en Hollande , qu'on y eut nouvelle que sa suspense avait été convertie en déposition absolue par un décret du 3 d'Avril 1704, qu'on n'avait rendu public à Rome qu'un mois après son départ. Ce fut un nouveau déluge de fiel et d'injures, de libelles audacieux et manifestement schismatiques , où l'on décidait effrontément

que

le vicaire , nonobstant sa déposition prononcée par Clément XI, jouissail de la pleine autorité atlachée au vicariat qu'il tenait d'Innocent XII; et pour apprendre à tout le monde chrétien , qu'en dépit du siége apostolique, on le tenait pour vicaire du siège apostolique, on fit frapper une médaille, avec cette légende : Non sumit aut ponit honores , arbitrio popularis auræ : il ne prend ni ne quitte les honneurs au gré du caprice de la populace. On ne se contenta point, pour honorer N. Codde, des monumens ré

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servés aux grands hommes; on lui décerna les honneurs des saints, et on le canonisa tout vivant. C'est ce que marque une estampe où l'on voit saint Pierre l'introduire dans le ciel. L'image était ornée de quelques vers belgiques ou gothiques , et des plus énergiques assurément, si la grossièreté peut s'appeler énergie. L'ignorante Rome , disait le Virgile batave, croit que les jansenistes suivent la voix large, parce qu'ils mettent avec joie la sainte écriture entre les mains des laïques: mais les jansenistes sont sincères, et le pape est un hypocrite superbe. L'archevêque de Sébaste vécut encore huit ans depuis les scandales , et mourut sans les avoir réparés. On ignore comment saint Pierre l'accueillit à la porte du ciel ; mais on sait que Clément son successeur défendit de prier pour lui, comme étant mort dans un attachement opiniâtre et notoire pour le schisme.

Le père Quesnel avait eu la plus grande influence dans la séduction des Hollandais catholiques , ainsi que dans l'obstination des jansenistes du reste des Pays-Bas , où il errait depuis long-temps. Il s'était retiré d'abord à Bruxelles, où il demeura caché quelques années avec le docteur Arnaud. Tous deux ensuite, sur un décret d'expulsion donné par le gouvernement , se réfugièrent en Hollande , où ils ne furent pas long-temps , M. de Sébaste ayant craint que

s'ils venaient à être découverts, cela ne fit tort à la mission. On jugeait d'ailleurs que leur présence n'y était pas nécessaire pour l'avantage de la cabale anti-romaine , qu'ils serviraient peut-être encore mieux s'ils n'en étaient pas si proche. Les circonstances les obligèrent à chercher un premier asile dans un château du pays de Liége , d'où ils relournèrent secrélement Bruxelles. La solitude où ils

у vécurent , occupés presque uniquement de leurs compositions clandestines, les fit jouer d'une assez grande tranquillité jusqu'à la mort du docteur , que l'Oratorien remplaça sur le champ en qualité de patriarche du jansenisme. Ainsi le parti ne s'aperçut presque point que son grand Arnaud fùt mort.

Son successeur ne fut pas plutôt investi de sa

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charge , qu'il remplit toutes les espérances qui la lui faisaient destiner depuis long-temps. Il entretint et forma des correspondances, non-seulement avec les catholiques équivoques des Provinces-Unies et de tous les Pays-Bas , inais avec ceux des états divers de l'Europe , dans les cours et les capitales , dans les villes et les bourgades, dans les châteaux, les universités, les chapitres et les monastères, sans négliger ceux des filles. Il s'assura les anciens amis, il en acquit de nouveaux ; il s'efforça d'attacher à sa personne ceux qu'il n'espérait pas de gagner au parti, et s'il ne pouvait pas s'en faire des partisans déclarés, il tâchait au moins de les rendre neutres. Ce fut à celte tin qu'il révisa officieusement l'histoire des congrégations de Auxiliis par le père Serry , et qu'il prêla sa plume à quelques zélateurs des missions étrangères , pour décrier les églises de Chine gouvernées par les confrères de ses antagonistes d'Europe. Des intérêts réciproques tinrent long-temps ce manège couvert d'ombres impénétrables ; et si le père Quesnel n'eût pas été enfin entêté avec ses papiers, on eût à jamais ignoré à combien de sortes de personnes s'étendaient ses bons offices.

Alais les libelles qui de jour en jour se répandaient avec plus d'abondance dans les Pays-Bas, engagèrent le métropolitain de ces provinces à prendre les mesures les mieux concertées pour arrêter ce désordre. Après avoir déféré sans effet à Rome le père Quesnel et le père Gerberon son plus digne émule, il eut recours à la puissance politique contre des schismatiques déterminés qui faisaient gloire de braver toute la hiérarchie , et que la force extérieure pouvait seule réduire. Sa majesté catholique expédia ses opdres au marquis de Bedmar , qui conuandait dans les Pays-Bas , à l'effet d'appréhender au corps ces perturbateurs. Ils reçurent des avis réitérés du danger qu'ils couraient; mais ils ne prirent conseil

que de leur enthousiasme , et continuant à se croire en sûreté à Bruxelles, ils ne tardèrent point à être pris. Les officiers du roi , accompagnés de ceux de l'ar: chevêque , prirent d'abord le père Gerberon dans son domicile ordinaire.

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