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guesseau. Il y disait avoir appris avec douleur

que sa sainteté pensait que sa constitution contre les erreurs janseniennes n'avait pas été reçue avec le respect et la soumission qu'on lui doit; inais qu'il déclarait que l'assemblée avait prétendu la recevoir avec le même respect, la même obéissance et la même soumission qu'on avait reçu les bulles de ses prédécesseurs sur la même matière ; que l'assemblée en disant que les constitutions des souverains pontifes obligent toute l'église quand elles ont été acceptées des pasteurs, n'a point voulu établir la nécessité d'une acceptation solennelle, pour obligér tous les fidèles à les regarder coume des règles tant de leur créance que de la manière dont ils doivent s'expliquer; qu'elle n'a usé de ces expressions que pour forcer les jansenistes dans leur dernier retranchement, et faire servir une maxime dont ils conviennent eux-mêmes à leur fermer les faux-fuyans par lesquels ils tâchent de s'échapper; qu'elle n'a point prétendu que les assemblées du clergé eussent droit d'examiner les décisions des papes, pour s'en rendre les juges, en les soumettant à leur tribunal; qu'elle a seulement voulu y confronter les sentimens qu'elle a sur la foi, et qu'elle a reconnu avec une joie extrême , que les évêques de France, ainsi qu'ils 'écrivaient autrefois à saint Léon, avaient loujours cru et pensé de la même manière que sa sainteté s'exprime dans sa bulle; enfin, que l'assemblée avait été très-persuadée qu'il ne manque rien aux décrets des papes contre Jansenius ; qu'on n'en peut appeler en aucune façon, et qu'on ne peut pas attendre qu'il s'y fasse aucun changement.

Quoiqu'il soit clair par cette lettre , avouée au. moins équivalemment du clergé, que son assemblée n'avait pas prétendu juger le jugement du souverain pontife, on ne doit pas conclure de lå

que

les évêques ne soient pas les juges de la doctrine, et de la doctrine même sur laquelle aurait prononcé le premier pasteur. Leur juridiction ne s'exerce pas sur son jugement même, mais sur les mêmes matières qu'il a jugées : ils consultent les mêmes règles que

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lui , l'écriture , la tradition, et spécialement la tradition de leurs propres églises, afin d'examiner et de prononcer, selon la mesure d'autorité qu'ils ont chacun reçue de Jesus-Christ , si la doctrine proposée lui est conforme ou contraire. La bulle Vineam Domini Sabaoth est du 16 Juillet 1905.

Le 28 Décembre de l'année suivante, la mort délivra la république chrétienne du fameux Pierre Bayle , auquel survécurent malheureusement ses oeuvres. Génie vaste et pénétrant, écrivain laborieux, facile et poli, plein de finesse , de lumière et d'érudition , ayant lu tout ce qu'un homme peut lire , et retenir tout ce qui peut entrer dans une mémoire , le fruit principal de tant de talens et de travaux fut , sous le nom de dictionnaire , un répertoire universel, où le libertinage et l'impiété ont trouvé leurs matériaux tout prêts pour former le monstrueux système du philosophisme , qui dans notre malheureux siècle fait regarder comme peu de chose tous les scandales donnés par ce déluge de sectes qui avait infecté les siècles précédens. Les mécréans de toute classe et de tous les grades successifs , théistes , déistes , athées, matérialistes, impies , impudiques, tous ont tiré leurs premiers élémens du dictionnaire historique et critique, ou plutôt sceptique, romanesque et burlesque ; à quoi mit la dernière main ce prétendu poëte de la raison , qui n'excella que dans les raisonnemens propres à convaincre une jeunesse libertine à qui le quolibet et le sarcasme tiennent lieu de démonstration.

Qu'on apprenne donc, et d'une bouche non suspecle , d'un protestant plus décidé que Bayle , qui fut d'abord calviniste, catholique ensuite , puis encore huguenot ; qu'on voie ce qu'on peut accorder de confiance à ce prothée sans forme et sans caractère , à cet oracle nébuleux qui donne à l'évidence même l'air du paradoxe. Bayle, dit le ministre Saurin, était un de ces hommes contradictoires que la plus grande pénétration ne saurait concilier avec lui-même , et dont les qualités contraires l'une à l'autre laisseront toujours en suspens entre les deux

و

tions que

extrémités opposées , sur celle où on doit le placer. D'un côté, grand philosophe, sachant démêler le vrai d'avec le faux, voir l'enchaînure d'un principe, et suivre une conséquence; de l'autre, grand sophiste, prenant à tâche de confondre le faux avec le vrai, de tordre un principe , et de renverser une conséquence. D'un côté, plein de lumières et de connaissances, sachant tout ce qu'on peut savoir; de l'autre, ignorant ou feignant d'ignorer les choses les plus communes , avançant des difficultés qu’on a mille fois mises en poudre , et proposant des objec

les apprentis de l'école rougiraient d'alléguer. D'un côté, embarrassant les hommes les plus habiles, ouvrant un champ vaste à leurs travaux, les conduisant par des routes pénibles , et par les détours les plus difficiles , et s'il ne les vainc pas, au moins leur donne-t-il beaucoup de peine à vaincre; d'un autre côté, s'étayant des plus minces esprits leur prodiguant son encens , et souillant ses écrits de noms que des bouches savantes n'avaient jamais prononcés. D'un côté, exempt , du moins en apparence, de toute passion contraire à l'esprit de l'évangile , chaste dans ses moeurs, grave dans ses entretiens, sobre dans ses alimens, austère dans son genre de vie ; de l'autre, employant toute la pointe de son génie à combattre les bonnes moeurs , à attaquer la chasteté, la modestie , toutes les vertus chrétiennes. D'un côté, appelant au tribunal de l'orthodoxie la plus sévère, puisant dans les sources les plus pures, et empruntant les argumens des docteurs les moins suspects; de l'autre, suivant toutes les routes de l'hérésie , ramenant les objections des plus anciens et des plus odieux hérésiarques , leur prêtant des armes nouvelles, et réunissant dans notre siècle toutes les erreurs des siècles passés.

Bayle confirma lui-même en quelque sorte la vé. rité de ce portrait. En répondant au reproche que lui fit un savant religieux, de ce qu'il tournait contre le ciel les talens qu'il en avait reçus avec tant d'abondance , pour toute justification, il se compara au er d'Homère , au nom duquel ce poëte ajoule presque toujours l'épithéle, Nephele guereta , c'est-àdire , qui amasse les nuages (1), marquant , par cet emblème , la propriété fatale de son génie aussi habile à répandre les ombres sur la vérité qu'inhabile à les dissiper.

Un protestant équivoque fournissait des armes à l'incrédulilé contre les premiers principes de la foi cbrétienne , et une académie entière de protestans rigides rendait à la foi romaine un témoignage de première importance. La princesse de Brunswick ' étani recherchée en mariage par l'archiduc Charles d'Antriche, depuis empereur sous le nom de Charles vi, voulut pour le repos de sa conscience savoir des docteurs de sa religion, si elle pouvait abandonner la confession d'Ausbourg en considération de cette alliance. Les docteurs luthériens de l'université d'Heln:stadt répondirent aflirmativement, et motivant leur décision, ils déclarèrent qu'on peut se sauver dans la communion des catholiques ; qu'ils ne sont pas dans l'erreur pour le fond de la religion; qu'ils ont le même principe de la foi que les luthériens, croyant en Dieu le père qui nous a créés , au fils de Dieu qui nous a rachetés , et au Saint-Esprit qui nous a éclairés; qu'ils ont encore le même déculogue , et font les mêmes prières ; que l'église catholique est véritable église , puisqu'elle est une assemblée qui écoute la parole de Dieu, et reçoit les sacremes institués par Jesus-Christ. C'est ce que personne ne peut nier, ajoutaient ces docteurs; autrement il faudrait dire que tous ceux qui ont été, et qui sont encore dans l'église catholique , seraient damnés; ce que nous n'avons jamais ni dit, ni écrit.

Un assez grand nombre de protestans , ențr'autres Pictet , ministre de Genève , parurent scandalisés de cette décision: mais les consulteurs d'Helmstadt, en déclarant que les catholiques sont en voie de salut , n'avaient-ils pas autant de raison que les calvinistes , qui avaient reconnu la même chose à l'égard des luthériens dans leur fameux synode de Cha

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(1) Lettre de Bayle au P. Tournemine , jésuite.

renton, où ils se dirent leurs frères ? Long-temps avant tout cela , Melanchton, dans son ouvrage intitulé, Abrégé de l'Examen, que les docteurs d' Helinstadt pe manquerent pas de citer, avait soutenu et prouvé que l'église catholique a toujours été la veritable eglise. L'église catholique , dit-il, enseigne qu'on ne peut-être sauvé que par Jesus-Christ, médiateur entre Dieu et les hommes , et que les péchés ne peuvent être remis que par ses mérites. A l'égard de la pénitence et des bonnes oeuvi' $ , poursuit-il , je crois que les protestans et les catholiques conviennent des choses , et ne different que dans les expressions. La consultation d'Fielmstadi pouvait s'étayer de Luther même, qui s'exprime ainsi (1): Nous savons que dans le papisme se trouve la vraie écriture sainle, le vrai baptême, les vrais sacremens , le vrai pouvoir des clefs pour remettre les péchés, le vrai ministère de la parole de Dieu, la vraie mission pour l'annoncer, le yrai catéchisme , le vrai christianisme, et bien plus, le noyau du vrai christianisme.

Il est temps de revenir à la question fameuse des cérémonies chinoises qu'on a vu s'engager depuis long-temps, et dont l'on s'étonne peut-être de n'avoir pas encore vu la suite : mais pour traiter cette matière avec intérêt, il était expédient de ne la point morceller, d'en rassembler toutes les parties sous un même coup d'oeil, et pour cela, de la prendre à son dénouement, qui, par bien des cascades, arriva sous le pontificat de Clément XI. On a vu en 1645 , sous Innocent X, que sur le rapport du P. Morales , dominicain , la congrégation de la Propagande avait défendu provisoirement quelques-unes des cérémonies chinoises, jusqu'à ce que le saint siége en eût autrement.ordonné. En effet, sur les remontrances du père Martini , jésuite , il en fut ordonné autrement sous Alexandre VII, par un décret de la congrégation de l'Inquisition , qui permit en 1656 ces mêmes cérémonies , c'est-à-dire , les honneurs que les Chinois se font un devoir capital de rendre

(1) Lutber, t. IV, p. 320.

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